04/11/2009

Les Puissances de l'invisible


Je fais remonter à la surface le tout premier message de ce blog (2004, mazette) qui était signé par Philippe (voir plus bas) et j'en profite pour donner un autre son de cloche.

Comment résister à une couverture de Benjamin Carré et à un roman de Tim Powers ? Je me suis jeté sur Les Puissances de l'invisible comme un chien sur son os. 700 pages plus tard, le bilan est mitigé.

Le roman débute comme un pure livre d'espionnage avec un jeune homme qui est chargé d'infiltrer une organisation communiste à Londres pour les bienfaits des services secrets de sa majesté. Ce n'est pas James Bond, il se contente d'émettre des messages codés pour Moscou. Sauf que, il s'est embarqué dans le ce Kipling appelait le Jeu, et notre jeune homme un brin naïf va découvrir que rien n'est ce qu'il paraît, surtout pas dans le monde de l'espionnage où tout n'est qu'illusion d'illusions illusoires.

Pour donner une métaphore , ce roman ressemble à une partie d'échecs. Sauf que c'est une partie un peu spéciale où les pièces changent plusieurs fois de couleurs en cours de partie (je ne savais jamais pour qui bossait un personnage, les retournements de veste étant légion). Autre détails : la partie n'est pas linéaire, on saute dans le temps en avant/en arrière : c'est déjà pas facile de suivre une partie de haut niveau, si en plus on déconstruit l'enchaînement de coups, ça devient difficile de se rappeler quand telle pièce est devenue blanche, pourquoi le roi noir a mangé sa propre tour... Et pour rendre l'exercice encore plus corsé, au bout d'un moment, on s'aperçoit qu'un fou avance horizontalement, que le roi peut se déplacer de plusieurs cases (bon, c'est un livre de Tim Powers, on se doute bien que le surnaturel va être présent). Bref, c'est pas une lecture qui repose.

J'aime bien l'espionnage, mais quand je comprends les enjeux et les intervenants. Là, j'ai été bombardé d'infos contradictoires, de plan qui se cache derrière des plans, de trahisons qui n'en sont pas, de changements d'allégeance de dernière minute, de faux semblants... ça été très vite l'overdose parce que je n'arrivais pas à me situer dans l'intrigue. Oh, je suivais bien les tribulations du héros, et je devinais qu'il y avait une autre réalité derrière celle, très prosaïque, de la lutte idéologique, mais franchement, les discussions remplies de sous-entendus, les intrigues alambiquées et les citations omniprésentes m'ont très vite lassé. Je me suis accroché pour avoir le fin mot de l'histoire, mais j'ai trouvé ça laborieux au possible, plus chiant que romanesque.

La réécriture de l'Histoire en ajoutant du surnaturel, ce n'est pas nouveau, mais les idées de Powers sont expliquées de manière parcellaire. Une allusion ici, une scène étrange là. Si au début ça fait monter la tension dramatique, il y a un moment où ça devient artificiel. Il tricote très bien son récit avec des personnages réels (Lawrence d'Arabie, ce social-traître de Philby, Burgess...) mais ça m'a laissé de glace. Peut être est-ce la faute des relations interpersonnelles des personnages que j'ai trouvées non crédibles.

Je l'avoue, je suis passé à côté du roman. Je ne savais pas qui couchait avec qui, qui trahissait qui et pourquoi, et quelque part, je m'en foutais un peu. Même pendant les scènes d'action, j'avais du mal à comprendre ce qui se passait de si renversant. Restait un fond vaguement nephilimien, mais là encore, je n'ai rien compris à ce qui était dit à demi-mots.

Contrairement à Philippe, je ne suis pas un überfan de Tim Powers, j'ai même souvent jeté l'éponge sur ses romans (sauf Poker d'âmes). Ce n'est pas donc une surprise pour moi que cette indifférence pour ce style espionaturel. Ceci-dit, si je n'ai rien compris à cette histoire, c'est que les personnages ont réussi leur mission puisqu'ils sont obsédés par l'idée de mentir et de cacher la vérité derrière un voile de fumée.

Cédric

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J'inaugure ma première entrée sur ce blog bicéphale pour parler de mon dernier livre lu, d'un écrivain qui me tient à coeur. D'ailleurs, certains doivent être saturés à force de m'entendre en parler. Le bouquin en question, c'est "Les Puissances de l'Invisible" (DECLARE en V.O.), de Tim Powers. On ne peut pas reprocher à M. Powers d'écrire toujours le même genre d'histoire, puisque ce livre est un hommage appuyé aux romans de John le Carré, et part des zones d'ombre dans la vie de la célèbre taupe anglaise Kim Philby, pour raconter une lutte occulte entre des services très très secrets (au point que les services secrets des pays en question ne sont même pas au courant de leur existence), en pleine guerre froide. L'histoire se passe à la fois en 1945, 1948 et 1963 et le personnage principal est un agent anglais embauché à l'âge de ... 7 ans. Le livre est à la fois un roman d'espionnage froid et politique (ambiance John le Carré, justement), et un livre fantastique aussi barré que l'est la trilogie de la Californie fantastique (Poker d'Ames, Date d'Expiration et Earthquake Weather). L'aspect fantastique se découvre par petites touches, dans les aspects bizarres de la vie professionnelle des espions dont on suit la trajectoire erratique et le chassé-croisé à travers l'Europe et le Moyen-Orient. On découvre progressivement, à mesure que les différents flash-backs se rapprochent d'un événement déterminant s'étant produit en 1948, la dimension surnaturelle du livre. C'est brillant, les références sont nombreuses (à Lawrence d'Arabie, à Rudyard Kipling, etc.), et contrairement au dernier livre du même auteur, le suspense et le rythme sont accrocheurs. Je recommande très fortement !
Par contre, ça sera plus dur à utiliser en JdR. Les rares jeux d'espionnage disponibles sont quand même plus orientés "James Bond" que "Realpolitik et Endiguement", quand ils ne sont pas épuisés (Top Secret S.I., James Bond). A part Spycraft et son supplément sur les 60's ou le futur Ghosts des auteurs de Godlike (qui devrait sortir avant 2014), il n'y a rien à se mettre sous la dent. Rien ? Rien sauf Unknown Armies, bien sûr ! Remplacez les cabales par des branches semi-clandestines des services secrets des grandes puissances, mêlez occultisme et politique internationale, placez tout en 1960 et hop ! Vous avez votre jeu "spy-fan". Que demande le peuple ?
Le lien Noosfere de la version poche.

Philippe

6 commentaires:

  1. C'est un de mes livres préférés. A la fois roman d'espionnage à la John le Carré, et en même temps, subtilement, s'instille un surnaturel dans les franges inexplicables de l'histoire.
    D'habitude, ça me fruste quand le surnaturel reste insaisissable, mais là, ça m'a tenu en haleine... magique.

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  2. Mon premier billet de blog ! 5 ans après, je reste complètement en phase avec ce que j'ai écrit. "les Puissances de l'invisible" est un des tout meilleurs Powers avec Pokers d'Ames et les Voies d'Anubis. N'écoutez pas Cédric qui cherche juste à me provoquer pour voir si je suis encore connecté au web. :)

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  3. D'autant que je suis plutôt de ton avis que de celui de Cédric...

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  4. Dans mes bras Cédric !
    Tu as mis des mots sur ce que j'ai subit en lisant ce livre.
    Les Voies d'Anubis et Poker d'Âmes m'ont happé, le reste... Je ne suis définitivement pas fan de Tim Powers.

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  5. Merci Trickster, je croyais que le virus Powers avait contaminé tous les lecteurs et que j'étais le seul à ne pas en ressentir les effets secondaires.

    Quand au point de vue de Philippe, peut-on prêter foi aux dires d'un homme qui a plus souvent les mains dans les couches que les yeux dans un livre ?

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  6. L'avis de Trickster ne compte pas, Cédric : ce triste individu ne vient sur ce blog que dans le but de me contredire. ;)

    Et, OK, je ne lis pas des masses en ce moment. Mais j'accumule de l'expérience pour le jour où je ferai un blog sur les techniques de changement de couches (la nuit, à une main, pour un garçon, pour une fille, avec un point d'eau à côté, sans point d'eau, avec du coton, avec des lingettes, en cas de fesses irritées, etc.).

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