27/02/2007

Les années club (5ème et dernière partie)

Épisode précédent

Où tout se termine et tout recommence.

C'était une boulimie rôlistique. Nous répondions présents les mercredis après-midi au lieu de réviser pour le bac. Les samedis soirs, nous désertions les soirées Malibu du New Land pour lutter contre un sorcier Pan Tangien ou une menace chtonienne. Nous nous éclipsions autant que possible des mornes repas familiaux dominicaux pour parcourir la Marelle ou redonner naissance à l'Arcane XIII. Même le réveillon de fin d'année était une occasion de grapiller quelques XP en visitant un donjon made in Casus. Cette boulimie nous incitait à jouer à outrance, sans considération aucune pour la qualité de nos parties. Peu importe si le MJ était à chier, si le scénario tenait sur un post-it, si l'univers de jeu était merdique : nous avions faim de JdR. Mais avec le recul, ces séances étaient parfois pitoyables... peut être aurais-je dû moi aussi draguer les membres de l'équipe féminine de basket.

À Werewolf, nous, PJs, sommes peinards en train de boire une bière au bar du coin. Le MJ nous annonce alors qu’en regardant la bouteille de bière de plus près, nous nous rendons compte qu’elle est faite dans du verre non recyclable. Le MJ nous explique que cela nous plonge dans une rage folle car c’est pas bien de polluer la Terre ainsi et que nous nous mettons à frapper le barman. Le MJ décrit alors une scène de baston de bar sanguinolente où TOUS les habitués de l’établissement meurent sans pouvoir se défendre car nous sommes sous forme Crinos et que d’après le MJ lui-même « Y’a un truc magique qui fait qu’ils ne peuvent pas vous voir sous cette forme donc en fait vous êtes invisibles ». Le bilan a été de 47 morts pour une bouteille de bière non recyclable.

À
Stormbringer, nous sommes en train de naviguer paisiblement sur une mer tranquille loin de tout emmerde. Le MJ réclame un jet de navigation : un PJ s’exécute et fait un 99. Le MJ nous annonce que nous sommes en perdition et que finalement nous nous échouons sur les plages sablonneuses de Melnibonée (qui rappelons-le est une île volcanique entourée par un dédale de récifs infranchissables). Nous sommes alors attaqués par des abeilles géantes. La scène de bataille qui suit donne l’occasion au MJ d’annoncer par 17 fois « réussite critique ». Nous mourrons tous. Pour faire plaisir au MJ, nous refaisons des persos. Afin de les « tester » (selon ses propres mots) il organise une scène de combat contre des personnages prétirés qu’il a trouvés à la fin de son livre de base. Lesdits personnages nous explosent la tronche en un seul round. À la question « Mais qui sont ces brutes ? », le MJ réplique placidement « Ben juste des personnages comme vous, des aventuriers. Ils se nomment Elric et Tristelune je crois… »

À
Kult. Les personnages : un moine bénédictin, un ancien GI reconverti en psychologue et un flic. Les lieux : Los Angeles. Le MJ procède à l’amorce du scénario en introduisant le personnage du moine : « Tu viens de terminer ta messe, il est minuit et tu dois rentrer au monastère. Tu décides donc de prendre le bus ». Dans le bus se trouve déjà l’ex-GI (qui est habillé en tenue camouflage et possède un sac contenant divers armes dont un fusil d’assaut). Le bus roule tranquillement et vient le tour de l’intégration du personnage du flic : « Votre bus est arrêté par un flic qui se tient debout au milieu de la rue et vous montre sa plaque de Police. Pour que vous vous arrêtiez, il tire un coup en l’air ». Là, le MJ demande un jet de compétence au joueur et il a le malheur de faire un échec critique. Le MJ d’interpréter la scène « Ok le flic se trompe et tire dans le réservoir du bus qui explose ». Le souffle nous expulse du véhicule sans dégâts et nous voilà tous 3 réunis. Nous remarquons à ce moment-là que nous sommes devant une banque et qu’il y a de la lumière à l’intérieur (alors qu’il est minuit, rappelons-le). Nous décidons d’entrer dans la banque pour tirer les choses au clair. Nous tombons nez à nez avec un voleur que nous immobilisons. À ce moment le directeur de la banque arrive en Limousine et nous remercie chaleureusement pour notre intervention (nous venions à peine d'attacher les mains du voleur et n’avions prévenu personne). Pour nous remercier, il nous invite chez lui pour nous confier une mission délicate. Il nous explique que le lendemain matin, il y aura une vente aux enchères et qu’il voudrait que nous achetions un objet pour lui. Pour cela il nous confie une mallette contenant 10 millions de dollars. Nous allons à la vente aux enchères en question et nous achetons l’objet désiré pour 1 million. Avec les 9 autres millions, nous achetons d’autres objets occultes dont le Graal. Le moine en profite pour boire dans le Graal et le MJ lui accorde l'immortalité pour cette brillante idée. La suite est plus confuse dans mon esprit mais en gros un démon nous contacte pendant la vente aux enchères et exige que nous trouvions 3 ingrédients pour qu’il se réincarne définitivement dans notre monde. Il réclame donc : un cœur puissant, un bébé et du sang de vierge. Pendant que le flic utilise sa plaque pour entrer dans une maternité afin de voler un bambin, l’ex-GI psychologue attend un boxeur à la sortie d’un gymnase et le tue avec son couteau de Rambo afin de récupérer son cœur. Le moine, lui, simule un accident de la route devant un couvent de Nonnes et leur demande de faire un don du sang pour sauver les victimes. Les ingrédients sont livrés au démon qui s'incarne, nous distribue une flopée de pouvoirs plus débiles les uns que les autres. Le MJ a été très déçu que nous n’essayions pas d’empêcher le démon d’obtenir un corps d’accueil.

À
Pendragon, nous sommes conviés au tournoi annuel de chevalerie de la bonne cité de Camelot. Le MJ nous explique, sourire en bouche, qu’au total nous sommes 1024 chevaliers en lice. Premier tour, boom, nous faisons tous nos jets pour savoir si on réussit notre assaut. Une mauvaise surprise attend les perdants puisque le MJ annonce que ceux qui sont désarçonnés sont mis à mort (ben oui, nous explique-t-il sur le même ton que l’on emploie quand on parle à un enfant, c’est des combats à mort). Il reste 512 chevaliers (dont quelques PJ), puis 256, puis 128, puis 64, puis 32, puis 16, puis 8, puis 4, puis 2. À ce stade des opérations nous étions tous morts (difficile de faire illusion longtemps face aux chevaliers de la Table Ronde). Le duel final a opposé Lancelot à Gauvain. Je ne sais plus lequel a tué l’autre mais toujours est-il que nous avons appris ce jour là que le Roi Arthur organise chaque année un tournoi de chevalerie pendant lequel les 1023 plus braves chevaliers de son royaume sont exterminés.

Je passe sous silence les parties de Chill inspirées par le film de cul de Canal+ de la veille au soir, les parties de Bitume sans scénario où l'on faisait du CarWars sans plateau, les parties de Rifts où les fous rires débutaient dès la création de personnages, les incompréhensibles parties de Jorune où le MJ n'expliquait rien de son univers, les parties de Runequest où l'apparition de Dragons-Escargots du Chaos nous donnait l'impression d'être sous LSD, les parties de Rolemaster avec des feuilles de perso de 7 pages, les parties de Vampire parasitées par des échanges de cartes Magic...

Et puis un jour, l'obtention du bac vient chambouler cet équilibre de vie. Il faut partir pour la grande ville universitaire afin de poursuivre d'impossibles études en droit. Alors sans s'en rendre compte, du jour au lendemain, on tourne le dos à ses potes de jeu de rôles, sans dire au revoir. Un lundi matin, on monte dans un car qui nous emporte de l'autre côté de la montagne sans savoir que plus jamais on ne jettera les dés avec ces compagnons d'infortune qui vous ont accompagné pendant toutes ces années d'adolescence ludique. Vous êtes perdu dans votre nouvelle vie estudiantine, en train de galoper pour trouver l'amphithéâtre de droit constitutionnel, quand au coin d'un couloir, vous croisez une simple affiche qui parle du club universitaire de jeu de rôles. Et tout recommence, mais 100 fois plus fort.

5 commentaires:

  1. Je dois avouer qu'une partie de ces anecdotes a déjà été publiée sur http://www.saladdin.net/

    Ensuite, les Années Club se terminent ici car les gens que j'ai croisés au club de jeu de rôles de l'université sont encore des amis (malgré la distance Montréal-Chambéry). Je ne peux donc tout simplement pas raconter ici les petits travers de notre club car je dois à cette association beaucoup trop de choses. Ce n'était pas seulement un club de JdR, c'était avant tout un lieu de rencontre, avec du lien humain et de l'amitié qui se fâche. Le blog permet de rire de l'adolescence, mais je jette un voile pudique sur mes amis et mon amour mort.

    Merci d'avoir lu cette petite chronique sans conséquence.

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  2. Pfff... quelle putasserie ! Il suffit que 2 ou 3 groupies énamourées se plaignent pour que l'on revienne à ses fondamentaux bassement commerciaux ;-!

    Encore, encore... !

    Ah bah non. Bon alors : merci pour ces sourires et ces souvenirs émus au travers des 5 épisodes de cette jolie chronique.

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  3. En fait, c'est la peur qui me fait agir de la sorte. Les éventuels survivants de mon club de campagne de JdR ont peu de choses à raconter sur moi, à l'inverse, les rôlistes de Chambéry ont un long dossier sur mes frasques avec eux. Je n'ai pas envie qu'ils dévoilent mes campagnes jamais terminées, mon rôlisme cyclothymique (J'arrête tout et je vends ma ludothèque - Je replonge pendant un an - Je perds à nouveau le goût au profit de l'impro...) et mes mesquineries.

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  4. magnifique, comme d'hab'

    on croit vivre des choses uniques et puis on s'aperçoit qu'on est 875 a avoir la même histoire ^_^

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  5. Comment ça, déjà fini ? Bon, ben il va falloir que je décrive les miennes, alors, comme tu le suggérais, Cédric... :)

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