27/04/2009

The Wire / Sur écoute


Je fais une mise à jour sur ce billet que j'avais écrit initialement en novembre 2007 après avoir vu la première saison de cette série. J'ai regardé les 4 saisons suivantes depuis, il me semble donc indispensable de revenir sur cette série.

The Wire (en VF : Sur écoute) c'est 5 saisons. Une tuerie pour le petit écran signée HBO, comme bien souvent. L'action prend place à Baltimore. Dans une cité HLM très pauvre, des blacks dealent tranquillement. De leur côté, les flics des Stups et de la Crim' s'allient pour monter une opération conjointe afin de faire tomber le gang qui domine les lieux. Surveillance, mise sur écoute, indics, enquête de voisinage, infiltration : tout y est. On s'insinue dans la vie criminelle en suivant dealers, petit caïds, roi de la pègre, flics à la dérive, hommes politiques corrompus, journalistes perdus... Baltimore se transforme sous nos yeux en théâtre. C'est une ville pauvre, peuplée à 60% par des Noirs, avec des quartiers à l'abandon, une industrie en déclin, un communautarisme nord-américain. C'est pas CSI: Miami : pas de plan au ralenti sur une voiture de sport avec une fille siliconée au volant. Baltimore pue. Baltimore craint. Baltimore sent la pisse au petit matin, le vomi de flic irlandais qui s'est murgé. Ça suinte la misère des quartiers populaires. Et paradoxalement, dans cette noirceur de béton, le petit dealer de 14 ans qui crache sa rage aux passants devient touchant.

The Wire donne autant la parole aux flics qu'aux dealers, au maire qu'au chef de la police, à l'avocat véreux qu'à l'assistant du procureur. La caméra alterne les points de vue et le scénario n'est pourtant pas manichéen pour deux sous : les magouilles policières sont omniprésentes entre les luttes inter-services, les petites mesquineries carriéristes et la bêtise crasse de certains flics bas de plafond. La série est technologiquement réaliste : pas de matériel magique, les micros sont gros et les ordinateurs lents. Le respect de la loi oblige les flics à une gymnastique permanente pour monter un dossier béton avant d'aller voir le juge. Et pour une fois, les méchants dealers sont intelligents : méfiants, voire même paranoïaques par endroit, ils sont terriblement crédibles et pour certains, attachants.

Il n'y a même pas réellement de héros. McNulty, le flic qui sert de fil rouge au fil des saisons, est saisissant d'inconstance : il ne devient un bon détective que quand il détruit sa vie privée méthodiquement. La psychologie de ses collègues évoluent au fil des saisons à mesure que les enquêtes sont conclues positivement ou non. Ils prennent du grade, perdent leur illusion, s'enferment dans les excès, bidouillent les rapports pour s'en sortir. Les junkies tentent de survivre au quoditien. Certains, comme Bubbles, vivent à la frontière entre le monde de la rue et celui des flics. Il n'y a aucun espoir d'échapper à la rue. Les dealers sont dans une structure plus compétitive que le pire reality show : les guerres de territoires, les changements d'allégeance, la connerie humaine : les raisons de creuver d'une balle en pleine tête sont nombreuses. Et puis, bien évidemment, il y a l'échiquier politique. La Mairie est le pivot de tout : magouilles, politiques scolaires, nominations de complaisance, plan d'urbanisme foireux, fausse politique sécuritaire...

Difficile de décrire la série tant elle couvre différents angles de Baltimore. Disons pour faire simple que chacune des saisons appuie un aspect de la ville en particulier, sans pour autant ignorer les précédentes intrigues :

1ère saison : le traffic de drogue.
2ème saison : les activités illégales du port
3ème saison : la pression des chiffres dans la hiérarchie policière
4ème saison : le système éducatif et la course à la Mairie
5ème saison : la crise dans le milieu de la presse

La série relance à chaque saison avec une nouvelle intrigue générale mais se paye le luxe de suivre quand même tous les personnages des saisons précédentes qui ont survécu. Ils se croisent, s'opposent, s'allient, entrent en guerre... Il faut parfois attendre 2 saisons avant qu'un meurtre ne soit résolu par les flics. Comme certains personnage sont de jeunes adolescent, on voit leur évolution, fascinés qu'ils sont par le Jeu qui se déroule dans les rues.

J'ai avalé les 60 épisodes, et je reconnais qu'il y a un manque qui s'est créé depuis quelques jours. Omar, le braqueur gay dont la spécialité est de s'attaquer aux dealers qu'ils dépouillent sans vergogne, me manque. Un mot, au passage, de l'incroyable casting : tournée réellement à Baltimore, la série a pour figurants de véritables arpenteurs de la rue. On sent que certains ont réellement un casier judiciaire, que leur crédibilité n'est pas le fruit de l'actor's studio. De même, de nombreux figurants flics sont de vrais policiers. De manière générale, plusieurs personnages clefs de la série sont directement inspirés de personnes réelles qui ont vécu/travaillé dans les rues de Baltimore. La chanson du générique est elle aussi spéciale : les paroles ne changent pas d'une saison à l'autre, mais le style musical change.

David Simon, le créateur de The Wire, est persuadé que sa série est un cri d'amour pour Baltimore. Une chose est certaine : ce n'est pas une publicité sponsorisée par le syndicat d'initiative de la ville. Mais des tas de grands réalisateurs et de scénaristes de talent ont collaboré à cette série (dont George P. Pelecanos).

Bref, si vous aimez les histoires de flics qui écoutent The Pogues en claquant leur paye en whisky, si le réalisme social est pour vous plus important que le nombre de fusillades, si vous aimez les scénarios où le crime n'est pas résolu en 40 minutes, si pour vous un laboratoire de police scientifique est un endroit crade où une recherche ADN doit attendre des semaines et donner des résultats incertains, si vous n'avez pas peur de plonger dans un tableau de Jérôme Bosch baltimorien, si l'idée de vous attacher à une racaille ne vous fait pas peur, si vous aimez les histoires qui prennent leur temps dont le montage n'est pas clipé comme sur MTV, alors The Wire est fait pour vous.

13 commentaires:

  1. Hé, ça a l'air pas mal du tout, ça ! :)

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  2. Excellente description de cette série qui, selon moi, se place au-dessus de toutes les autres.

    C'est effectivement à conseiller à tout un chacun qui aura la volonté de passer les deux premiers épisodes de la saison 1 peut-être un peu pénibles puisqu'ils posent le décor pour un cycle qui va durer un moment. A commencer comme on commence une bonne série de bouquins je pense :]
    Où la plupart des séries de ce type font "un épisode = une enquête" (excepté The Shield, qui joue dans un registre très élevé aussi), on a droit ici à "un saison = une enquête".
    Approche pragmatique, personnages très travaillés et scénarisation à tomber par terre.

    Et très bonne inspi pour COPS en effet ;)

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  3. J'ai appris que the Wire était produit et scénarisé par Pelecanos !!!!
    http://en.wikipedia.org/wiki/George_Pelecanos#The_Wire

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  4. Peu amateur de série policière pour toutes les raisons que tu invoques au cours de ton billet, je me laisserai aller à découvrir celle ci à l'occasion. L'éloge que tu en fais, forçant à la découverte.

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  5. MaëL28/4/09

    J'ai découvert grâce a vous et je ne le regrette pas ! Merci ! J'en suis a la saison 3.

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  6. Je suis converti ! Je la veux !

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  7. Une des meilleures séries policières que j'ai pu voir. Vraiment.
    Cela dit la série devient excellente sur la longueur. j'ai un souvenir relativement mitigé de la première saison. Et j'ai bien fait de persévérer...

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  8. C'est vrai que la première saison est (rétrospectivement) une saison de présentation, du coup elle est peut être un peu aride en comparaison des saisons suivantes.

    Mais c'est la série préférée d'Obama, ce qui n'est pas un hasard pour un ancien travailleur social noir qui s'est lancé en politique.

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  9. tout à fait affriolant !!
    J'ai a-do-ré The Shield, elle a l'air clairement d'être dans la même veine, je note, je note :D

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  10. Si je peux me permettre, Madame Charlotte, the Wire n'est pas dans la même veine que The Shield. Là où The Shield est visuellement violent, c'est le sujet traité qu'il est dans The Wire. Là où Vick est sa clique sont (presque) tous des salauds avec juste ce qu'il faut d'humanité pour nous les rendre attachants, McNulty et les siens sont avant tout profondément humain, capable du meilleur comme du pire. Et surtout là où the Shield est percutant, rythmé, The Wire est plus posé ce qui rend d'ailleurs plus intense les surprises scénaristiques.

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  11. Je suis d'accord avec Trickster. Je dirais même qu'après 4 saisons de The Shield, je trouve que la série tourne en rond. The Wire a l'énorme avantage de relancer l'intérêt chaque saison avec un point de vue différent sur la ville.

    Par contre, je sens que je vais tenter l'aventure "Homicide: Life on the Street" qui se déroule aussi à Baltimore puisque c'était la précédente série de David Simon. Si c'est aussi bien que NYPD Blues et Hills Street Blues, ça risque de me plaire.

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  12. Anonyme29/4/09

    Et tant qu'on est dans les séries sur le monde du crime, je me permets de vous conseiller l'excellent Breaking Bad...

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  13. Et pour aller jusqu'au bout du processus judiciaire, Oz, bien sûr. Créée et scénarisée par Tom Fontana, également derrière Homicide : Life on Street de David Simon (tirée de son propre livre).

    (Vu Oz, pas vu Homicide)

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