19/10/2009

The Terror

Cette fois-ci, c'est moi qui réactive un de nos anciens billets, pour ajouter mon avis à celui déjà exprimé par Cédric à l'époque (2 nov. 2008). The Terror, la blogosphère en a pas mal parlé :
On trouve par ailleurs d'excellentes critiques sur :
Et, pour avoir un autre son de cloche, une moins bonne sur :


L'avis de Cédric

Pour tout dire, je ne suis pas un fanatique de Dan Simmons à la base. J'ai passé du bon temps avec L'Échiquier du mal mais Hypérion/Endymion n'avait à mes yeux rien de transcendant (mais bon, je fais une allergie à tout ce qui passe dans l'espaaace, je ne suis pas un vrai geek). Et je n'avais rien lu d'autre de l'auteur.

Sauf que... la couverture de The Terror (tiré du tableau de François Biard intitulé "Magdalena Bay") m'a accroché l'oeil et la lecture du 4ème de couverture m'a convaincu de tenter l'aventure. En 1846 le Terror et l'Erebus, deux navires anglais, se retrouvent pris dans la glace alors qu'ils cherchent un passage maritime. Heureusement, l'équipage est très bien préparé : il y a des vivres pour trois ans dans les cales et les bateaux sont équipés de moteur à vapeur. Il ne reste donc plus qu'à être patient et attendre que la glace relâche son emprise. Mais les mois passent et tout va de mal en pis pour les deux équipages, surtout quand une créature indicible commence à roder autour des deux navires et à dévorer les fiers marins engoncés dans leur prison arctique.

Le récit alterne les points de vue en suivant tantôt les capitaines, tantôt un jeune chirurgien, tantôt un officier naïf... Au début, l'auteur use de flashbacks pour expliquer les raisons de l'échec de l'expédition, mais une fois la situation bien en place, la narration prend une tournure bien plus linéaire, oscillant entre le quotidien très terre-à-terre des équipages occupés à tuer le temps en attendant la fonte et les attaques effrayantes du monstre qui vient marauder sauvagement. Il se dégage du livre une réelle terreur (que résume bien le titre) tant la catastrophe semble inévitable. On se doute dès la première page que l'on va assister à la lente élimination implacable des marins du Terror et de l'Erebus. Bien qu'ils disposent d'une technologie de pointe (les officiers disposent d'un robinet d'eau chaude dans leur cabine), les réalités arctiques s'imposent à eux : un Anglais n'est pas fait pour vivre sur la banquise.

Dan Simmons se plait à prendre son temps pour massacrer son petit monde. Les hivers sont longs. Très long. Les looongues périodes de nuit aussi. Et les 770 pages du livre rendent parfaitement cette lente agonie ponctuée de tragédies humaines. Les personnages sont délicieux et leur quotidien est superbement rendu. Je ne pensais pas accrocher à un roman maritime, mais le microcosme de l'équipage est très tangible sous la plume de Dan Simmons. Bien évidemment, la présence du fantastique rend l'histoire encore plus saisissante. Sans devenir du H.P. Lovecraft du Grand Nord, The Terror est totalement angoissant car il allie le surnaturel à la catastrophe. De plus, il met en avant une infime partie de la culture inuit et c'est réellement intéressant, d'autant qu'il y a une allégorie très écologique derrière tout ça.

Bref, c'est un livre qui m'a glacé le sang par son ambiance arctique. Alors que les premiers flocons de neige tombaient sur Montréal et que le vent faisait plonger la température en dessous du zéro, mon corps frissonnait rien qu'aux images évoquées par l'auteur. Je regrette presque de ne pas l'avoir lu en février en plein milieu d'une tempête de neige...

L'avis de Munin

The Terror, c'est pour moi un mélange parfaitement réussi entre les récits de marine façon Patrick O'Brian (Master & Commander), les grands récits d'exploration ou d'ethnographie, et le fantastique. Pas un fantastique omniprésent, qui donnerait une espèce de version XIXe de The Thing de Carpenter, mais un fantastique qui se distille lentement, qui sourd à travers le récit. On pense évidemment à Poe, auquel un chapitre entier fait référence, mais aussi à la nouvelle Par-delà les montagnes hallucinées de Lovecraft. Ceci dit, la touche fantastique est peut-être l'élément le moins important de ce récit, qui frappe surtout par la rigueur de sa reconstitution historique, et l'avancement implacable vers la destruction des équipages des deux vaisseaux. Cela faisait très longtemps que je n'avais pas été happé comme cela par un livre, au point de rêver de banquises des nuits entières d'affilée. The Terror m'a, au sens propre, pris aux tripes, et c'est un de mes très grands moments de lecture de ces dernières années. Bravo Mr Simmons, pourtant j'étais loin d'être fan de vos livres d'habitude.

12 commentaires:

  1. Ah, encore un avis positif, décidément ce livre plaît à tous les blogueurs de ma connaissance. \o/

    Il est sur ma pile de lecture en bonne position. J'aime beaucoup les atmosphères d'hiver implacable. J'attends beaucoup de ce livre. Trop peut-être mais Simmons met la barre toujours plus haut.

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  2. Chef-d'oeuvre.

    Chef-d'oeuvre, chef-d'oeuvre, chef-d'oeuvre.

    Oui, je sais, je me répète.

    Pô grave.

    Chef-d'oeuvre.

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  3. Chef-d'oeuvre, je ne sais pas.
    Mais livre fascinant, oui, sans conteste.

    En plus, j'en découvre un peu plus sur l'expédition Franklin en lisant Wikipédia et c'est très intéressant de voir de quelle réalité historique est parti Simmons pour bâtir son récit.

    http://fr.wikipedia.org/wiki/Exp%C3%A9dition_Franklin

    Car bien évidemment, je ne savais absolument pas que c'était inspiré d'une histoire vraie. C'est en vendant le pitch du livre à un membre anglophone de ma famille que celui-ci m'a répondu : "Hum, it seems to me like the Franklin's lost expedition...". Toute l'étendue de ma crasse ignorance m'a éclaté au visage.

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  4. J'ai adoré et jusqu'à présent je n'ai lu que de bonnes critiques. Mon avis doit donc être un peu impartial ;-)
    Je le conseille sans réserve à tous ceux qui ne l'ont pas encore lu. Ca serait dommage de passer à côté.

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  5. Je vais me laisser convaincre par le choeur unanime des blogueurs, alors. J'avais déjà lu les critiques sur les blogs de Nebal, Gromovar et Efelle, mais si Cédric s'y met aussi... :)

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  9. J'en profite pour répondre ici aux deux réserves principales de BiblioManu :
    1°) trop de flashback, récit éclaté : OK, mais cela n'est utilisé que pour les 150 premières pages, pour jeter le lecteur directement dans l'histoire sans le saouler avec les préparatifs de l'expédition. Après la mort de celui dont on sait qu'il va mourir, on retrouve un fil chronologique linéaire. Et, personnellement, j'ai aimé le procédé.
    2°) les personnages en carton-pate : là, on a pas la même sensibilité : le capitaine, le médecin, le jeune lieutenant, le vieux steward, tous sont campés avec beaucoup de profondeur psychologique, et sont très nuancés. Au contraire, je me suis attaché aux personnages, ce qui rend leur mort - que l'on sait inéluctable - d'autant plus touchante.

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  10. Sinistre ironie de l'Histoire : le passage Nord-Ouest est maintenant libre presque toute l'année et les compagnies maritimes envisagent d'en faire une ligne régulière.

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  11. Oui, c'est un développement assez cynique des conséquences du réchauffement...

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