23/12/2008

[Best of : Fantasy] Roger Zelazny - le Cycle d'Ambre

Tous les mondes ne sont que le reflet... d'Ambre, le seul monde authentique, celui où je vais retourner après m'être évadé d'un asile psychiatrique. Car je suis un prince de ce monde magique, comme mes sept frères ennemis et ce superbe Eric qui se disputent la couronne. Mais attendez donc que mon heure sonne !
Ce sont ces mots et cette énigmatique couverture de la première époque de la collection Présence du Futur qui m'ont attiré vers ce curieux livre de la collection de mon oncle, quand j'avais 12 ans... Je venais de finir la Gloire de mon père, et je cherchais un truc à lire. Autant dire que j'ai pris une belle claque : un héros amnésique, un univers fantastique, une guerre dynastique, de la magie, des batailles, et des personnages plus grands que natures. Mais mon oncle n'avait que le premier tome, et je ne suis tombé sur la suite que plusieurs années plus tard.
Entre temps, j'étais passé par Dune, le Seigneur des Anneaux, et le Monde des A, et je savais un peu mieux à quoi m'attendre. Mais je n'ai pas été déçu, et j'ai au contraire adoré l'ambiance Agatha Christie du huis-clos présenté dans le Sang d'Ambre, le troisième tome de la série. Je ne cessais d'être fasciné par l'inventivité de Zelazny, le charisme de ses personnages, et son talent qui rendait rédible les postulats fantastiques de son univers - au point de permettre au lecteur de les prendre en compte en réfléchissant sur les whodunits du cycle. Si ces romans n'ont pas l'originalité de ses bouquins écrits sous acide - comme Royaumes d'Ombre et de Lumière, que j'ai lu à la suite d'Ambre dans l'espoir de trouver une nouvelle dose pour mon imagination - ils sont bien plus accessibles et riches en rebondissement. On peut tordre le nez en accusant Zelazny d'avoir écrit des bouquins plus "commerciaux", on ne peut pas lui reprocher de les avoir réussis.
J'ai découvert le 2e cycle, celui de Merlin, sous les couvertures de Florence Magnin, au même moment que le jeu de rôle, déjà sorti depuis quelques temps. Loin d'y voir un succédané du cycle de Corwin, j'y ai trouvé l'inspiration pour mes scénarios. La partie test que nous avons mise en place a débouché sur une campagne de plusieurs années, avec plusieurs groupes de joueurs, basée sur l'improvisation et les expérimentations heureuses. Ambre a été l'une des bouffées d'oxygène de mon service militaire, grâce à mes camarades de chambrée qui acceptèrent d'y créer à leur tour des personnages.
Pendant ces années de jeu, j'ai lu, relu et annoté plusieurs fois le cycle, déchiffré avec mon pauvre anglais les exemplaires d'Amberzine sur lesquels je tombais, et lu les livres sur Ambre écrits par d'autres auteurs. J'ai même possédé les atouts de Magnin et son livre d'illustrations ! De celui-ci, je retiens surtout l'image de la forêt d'Arden qui l'ouvrait. Je ne l'ai plus, en effet : j'ai prêté plusieurs fois les livres, les ai perdus, puis rachetés sous leurs couvertures "arty" chez Folio SF.
Ca fait un paquet d'années que je n'ai pas relu ces romans, mais j'ai tellement vécu dans l'imaginaire de Zelazny que Corwin, Benedict, Flora et les autres sont des personnages incontournables de mon imaginaire de l'époque. J'aurais dû rester là-dessus plutôt que de céder à la tentation de retrouver cet univers dans les "prequels" écrits par un tâcheron de la fantasy sur commande. Mais j'ai craqué en les trouvant d'occasion, et je les ai finalement lus. Las. Mes préjugés étaient fondés. Non seulement l'histoire de cette trilogie, qui met en scène un Oberon jeune juste avant la fondation d'Ambre, viole sans aucun scrupule la cosmologie de Zelazny, mais l'écriture est poussive, l'histoire inintéressante et d'une pauvreté qui touche au contemplatisme zen (le 2e tome se passe dans un hôtel particulier vide, dans laquelle rien n'arrive), et les personnages tellement creux qu'ils résonneraient s'ils n'étaient pas en carton. Bref, évitez cette prequel si vous voulez rester indemne. :-) Zelazny et Wucjik (l'auteur du réovlutionnaire jeu de rôle) sont morts, la saga est finie, restent les monuments de la fantasy et du jeu dans lesquels on peut toujours se plonger.
Fin de la séquence nostalgie, et spéciale dédicace à tous mes joueurs, et particulièrement à Scythale, Myrddin et Sro Anasthot.

L'avis de Cédric

Une fois de plus, malgré les kilomètres qui nous séparent, c'est dingue comme je me reconnais dans les souvenirs de Philippe. Pour moi aussi, Ambre a été une formidable découverte de lecture à l'adolescence puis une expérience rôlistique unique en son genre (QUOI ? Un jeu de rôles sans dé ? Mais c'est pas possible...) sublimée par le talent graphique de Florence Magnin. J'ai arpenté les Ombres par la lecture et par le jeu, et avec le recul je reconnais que c'est Ambre qui a été l'univers imaginaire le plus marquant. 10 ou 15 ans plus tard, je me souviens encore de la Marelle, du Logrus, des atouts, de la Roue spectale, de Rebma, de Lewella, de Random, de Corwin... comme si c'était hier.

Petite question à nos lecteurs : est-il vrai qu'à la base Zelazny souhaitait raconter la même histoire mais racontée dans chacun des romans du point de vue d'un prince différent, ou bien est-ce une de ces légendes urbaines ?

6 commentaires:

  1. Chouette billet, merci de faire le tour de tes lectures.
    Ambre est un souvenir merveilleux et le jeu de rôle Ambre un des trucs les plus originaux jamais inventés pour ce loisir. Ce jeu mériterait un billet à lui tout seul, d'ailleurs...

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  2. C'est vrai. Je regrette d'avoir perdu mes notes de campagne, j'aurais pu essayer de les mettre en ligne. Mais mes anciens joueurs ont monté leur site consacré entièrement à notre campagne, et celle qu'ils ont continué après mon départ :
    http://marcheombre.free.fr/

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  3. Je partage le même vécu que vous par rapport à Ambre, par contre je n'ai réellement apprécié le cycle de Merlin qu'au travers du jeu de rôle.

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  4. HS : JOYEUX NOEL §§§

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  5. Quel éditeur publiera une intégrale d'Ambre, comprenant également les nouvelles à ce jour inédites en français ?
    * Prologue to Trumps of Doom (1993)
    * The Salesman's Talev (1994)
    * The Shroudling and The Guisel (1994)
    * Coming to a Cord (1995)
    * Blue Horse, Dancing Mountains (1995)
    * Hall of Mirrors (1996)

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