17/09/2011

Stéphane Beauverger - le Déchronologue


Hop, je fais remonter un billet de Philippe. Je vous résume son avis : il a arrêté la lecture du Déchronologue au milieu du livre car il a eu l'impression de lire le même livre 3 fois de suite. Comme je suis plus têtu que lui, moi je suis allé au bout du voyage. Et j'ai donc eu l'impression de lire 6 fois le même livre.

Je suis assez client des histoires de pirates, mais quand ils se mettent à écouter du Johnny Cash sur une platine-disque, je décroche assez vite. Quand un sous-marin entre dans la danse (ne faites pas les surpris, la couverture est sans équivoque là-dessus), je baille. Quand en plus l'histoire est racontée dans le désordre chronologique, mon cerveau déjà en peine se met à patiner dans la choucroute. Parce que mélanger l'ordre des chapitres, c'est un artifice narratif qui n'apporte rien dans ce cas précis. Certes, le livre traite de la manipulation du temps, mais il ne suffit pas d'intervertir les chapitres pour faire du David Lynch maritime.

Le capitaine Villon n'est jamais arrivé à décrocher chez moi un brin de sympathie. Je l'ai regardé boire son tafia, errer en mer et collectionner les disques de rock sans jamais m'intéresser à sa vie.

Le pire, c'est que racontée dans l'ordre et débarrassée de ses éléments SF grossiers qui la font ressembler à un remake de Nimitz, retour vers l'enfer digne des soirées nanar de M6, cette ambiance pirate aurait été géniale. Car Stéphane Beauverger sait très bien raconter la vie des boucaniers. C'est juste que là, à cause du mélange des genres et du récit déconstruit, ça ne prend pas.

Cédric




J'ai essayé le Déchronologue, dont tout le monde a dit partout beaucoup de bien, et j'aurais voulu l'aimer. Un récit de pirate, une déconstruction audacieuse de l'histoire, un bel effort d'écriture, et un auteur rôliste ayant pigé dans le milieu (il a collaboré à la gamme Archipels d'Oriflam).

Malgré toute ma bonne volonté, ce livre m'a ennuyé. Je n'ai pas accroché au style, trop écrit et alourdi de métaphores pas toujours maîtrisées. La déconstruction temporelle m'a donné l'impression de relire plusieurs fois le même événement, et une meilleure utilisation de l'ellipse aurait permis d'éviter de repasser par la narration de moments dont on connaît déjà les tenants et les aboutissants. Du coup, le récit, émaillé de petites anecdotes historiques un peu gratuites, semble traîner. Enfin, le thème central de l'histoire repose sur un mélange entre SF et récit de piraterie, qui de mon point de vue ne prend pas.

J'ai finalement reposé le livre sans le finir, ce qui m'arrive assez rarement. Peut-être que je passe à côté d'un final époustouflant, mais j'en doute vu que je pense l'avoir déjà lu 2 ou 3 fois au cours des chapitres présentés dans le désordre.

Quitte à lire des jeux sur le sens du récit, je conseille plutôt l'Usage des armes de Ian M. Banks (dans le cycle de la Culture), ou au cinéma Memento.

Quelques autres critiques pour vous faire une idée : chez Efelle, chez Nebal, sur Book en Stock, chez le Naufragé Volontaire, ou chez Big Luna et Mme Charlotte (qui ont un avis proche du mien).

Philippe

7 commentaires:

  1. C'est marrant effectivement de voir comment on peut avoir des vions différentes d'un même livre ;)

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  2. Avec sa déconstruction chronologique, cette critique, j'ai l'impression de l'avoir lue deux fois :)

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  3. Personnellement c'est plutôt L'usage des armes qui me fait fuir...

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  4. BouquetdeNerfs20/9/11

    La critique de Cédric m'échappe. Chaque chapitre du Déchronologue demande de se remuer les méninges, et de cette manière, le lecteur (moi en tout cas) se sent investi de la reconstruction de ce puzzle dont le désordre pourrait bien apporter des réponses à d'autres mystérieuses incongruités et anachronismes qui sont eux bien ancrés dans l'histoire. La référence à Lynch pour la déconstruction temporelle n'est vraiment pas pertinente à mes yeux. Et présenter cette déconstruction comme compliquée et ennuyeuse me paraît surprenant pour un passionné de jeux (je suppose que vous n'avez pas essayé de lire Vélum, qui lui, devrait vous faire beaucoup plus souffrir). Je ne comprends pas qu'on puisse parler d'un artifice narratif à propos de ce titre rhématique (désigne les titres qui renvoient à la forme du texte) alors que Beauverger réussit à allier le fond et la forme de l'histoire : des canons qui crachent du temps pour faire succinct. Et même si le style parfois trop en rondeur peut ennuyer, le déchronologue, c'est avant tout : de l'aventure, de la souffrance, des batailles, des personnages impitoyables, des hommes à la sensibilité rude, des mystères, des mayas, des morts, des vivants presque morts, du voyage temporel, de la flibusterie... du bonheur. :-)

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  5. Le livre est vendu au lecteur comme un journal intime retrouvé après la bataille finale.
    C'est un livre, il n'y a donc aucune raison que ses chapitres soient mélangés quand ils sont lus par le lecteur. Au pire, les feuillets ont été retrouvés dans le désordre, mais l'éditeur pouvaient alors les remettre dans l'ordre.
    Si le roman avait été la transcription d'un récit verbal, je comprendrais à la rigueur que la narration soit mélangée parce que Villon est devenu fou et qu'il raconte son histoire dans le désordre. Mais non, il écrit un journal intime dans l'ordre chronologique avec les dates écrites en début de chapitre. Et on me les fourgue dans le désordre juste pour se donner un style. Ça ne marche pas.

    Et le jeu de piste n'est pas venu me chercher. Je n'ai pas trouvé ça particulièrement ludique. Inutilement alambiqué, oui, mais pas immersif.
    Ça me fait rire chez Tarantino quand il deconstruit son histoire parce que son univers m'intéresse, mais dans le cas de ce livre, comme le mélange des genres pirates+SF+communisme+Jonnhy Cash m'a rebuté dès le départ, le procédé narratif m'a très vite bloqué.

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  6. BouquetdeNerfs20/9/11

    Communisme? Jonnhy Cash? C'est si abondant?

    Soit. "L'éditeur" se contenterait bien remettre les feuillets dans l'ordre quand le raconteur, lui, met tout en œuvre pour entretenir le mystère en mélangeant ici les chapitres "pour que les conséquences apparaissent avant les causes" (comme Beauverger le speech ici : http://www.youtube.com/watch?v=UiosiscDHqQ).

    Comme vous faites références au cinéma, j'ajoute à la liste des déconstructions du récit particulièrement réussies après Reservoir Dogs et Mémento (déjà cités): Usual Suspect, mais aussi dans des films de science-fiction: Cronocrimines, Primer, Eternal Sunshine... Tout ceux là m'amusent beaucoup.

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  7. moi je viens de le lire et j'ai bian aimé l'aspect des description cradak !

    voilou

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