13/07/2010

Kraken


Billy est conservateur au British Museum de Londres. Quand il promène des visiteurs dans les salles du musée, ceux-ci sont invariablement estomaqués lorsqu'ils posent les yeux sur le réservoir en verre qui contient la dépouille d'un énorme calamar. Billy connait bien cette créature de tentacules car il a participé au procédé permettant sa conservation. C'est un peu lui qui l'a embaumé, finalement. Or un jour que Billy débarque dans la salle du calamar avec sa traditionnelle brochette de visiteurs, le réservoir et le calamar ont disparu. Pfiout. Et personne n'a rien vu. Pourtant, un réservoir de cette taille, c'est immanquable. Il faudrait une grue pour déplacer une masse pareille. Et quand la police débarque au musée pour poser des questions au personnel, Billy trouve que les policiers ont un comportement bien étrange. Quand ils se mettent à lui parler de l'Église du Kraken, Billy est complètement dépassé. Et pourtant, son voyage dans le bizarre ne fait que commencer...

Le Kraken de China Miéville est un roman d'urban fantasy. Comme bien souvent dans ce genre de livres, un héros d'une grande banalité voit sa petite vie ordinaire exploser en vol quand l'existence de la magie devient une réalité impossible à nier. Non seulement le monde n'est pas ce qu'il semblait être, mais en plus il faut rapidement apprendre à survivre dans un environnement où l'ignorance vous place tout en bas de la chaîne alimentaire. Et donc, fort prévisiblement, Billy apprend vite que Londres est bien différente de ce qu'il croyait. Elle grouille de cultes tous plus étranges les uns que les autres qui ont toutefois un point commun : ils prédisent tous la fin du monde. Mais chacun à sa vision du truc et travaille fort pour que sa petite apocalypse soit celle qui gagne. Et la disparition du Kraken est le McGuffin qui va expliquer pourquoi Billy va démarcher ou être confronté à toutes les cliques de cultistes que compte Londres.

Impossible d'associer Londres et urban fantasy sans penser à Neil Gaiman. Le rapprochement est d'autant plus facile que Miéville met lui aussi en scène un couple de tueurs aussi dingues que sadiques, ce qui n'est pas sans rappeler Neverwhere. Mais là s'arrête la filiation : China Miéville est aussi proche du style de Gaiman que Sid Vicioux l'est de celui de Richard Clayderman. Sa Londres magique est bourrée d'idées folles : une grève des familiers, un magicien habillé en trekkies, un spécialiste de l'origami capable de plier plus que du papier... Comme à l'accoutumée chez Miéville, il y met sa petite touche personnelle d'ex-rôliste. Cette inventivité culmine avec les Nazis du Chaos, hommage à Moorcock, et l'ombre permanente de Cthulhu et de ses sbires. C'est également bourré d'argot londonien qui m'a échappé.

Sauf que.
C'est trop. Billy est embarqué dans une course folle pour découvrir qui a volé le calamar, mais son personnage est aussi lisse que la peau du visage d'une star reliftée. Je n'arrivais pas à me sentir concerné par ses tribulations. Les rencontres iconoclastes se multiplient, les personnages hauts en couleurs s'entassent mais la sauce tarde à monter. Pire, je me suis étouffé au milieu du livre, j'ai dû me faire violence pour continuer. Je me demande sir le roman ne devrait pas avoir 100 ou 200 pages de moins. D'habitude, la plume de Miéville est superbe d'évocation, mais là, je me suis proprement ennuyé. Je dois confesser que je n'ai pas lu les premiers écrits urban fantasy (Looking for Jake) de Miéville, donc je ne sais pas si c'est ce roman qui est faible ou bien si je ne suis tout simplement pas le lecteur idéal pour ce genre de littérature. J'attends beaucoup de China Miéville. Perdido Street Station, Les Scarifiés, The City & the City m'ont habitué à l'excellence. Là, je n'ai pas eu ma dose. Kraken est indubitablement un bouquin urbain qui met en scène Londres, mais cette ville ne me fait pas rêver, même quand Miéville s'improvise guide touristique un peu foldingue.

7 commentaires:

  1. J'attendais une chronique pour me décider. Merci.

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  2. Je me demande si le même bouquin, traduit par une bonne plume, ne m'aurait pas enthousiasmé. Ce n'est pas la première fois que j'essaye de lire Miéville en VO et que je me casse le nez sur son style. En dehors de The City & the City, que j'avais trouvé très abordable d'un point de vue niveau de langue, l'écriture de China est quand même au-dessus de ma maîtrise de la langue de Benny Hill.

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  3. je n'ai pas encore osé attaquer Mièville en VO! J'ai peur de passer à coté de la richesse de son langage et de son univers.Il faudrait que je me lance un de ces jours quand meme. Visiblement je ne dois pas commencer par celui ci! ;)

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  4. Looking for Jake est un recueil de nouvelles. Le livre auquel tu fais allusion est King Rat, une première oeuvre prématurément vieillie (l'auteur revisite le mythe du joueur de flûte de Hamelin en utilisant Londres et le drum & bass). Inutile de le déterrer, ça n'est pas très intéressant.

    Par contre, la fadeur de ses personnages est le principal défaut de Miéville. A part peut-être Isaac Dan der Grimnebulin et Yagharek (et encore), les autres ne sont pas très intéressants (Bellis Coldwine dans The Scar ou Cutter dans Iron Council, par exemple). Je pense que s'il arrivait à faire qu'on s'attache davantage à ses personnages, ses livres paraîtraient moins longs.

    Munin,
    Et pourtant fan de.

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  5. J'avais moyennement aimé Perdido Street Station. Ce livre pourrait m'intéresser à cause du calamar géant, cela dit. Est-ce qu'il joue un rôle important ? Y a-t-il un quelconque rapport avec La Cité des Saints et des Fous de Jeff VanderMeer ?

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  6. > J'avais moyennement aimé Perdido Street Station.

    Quel dommage. Tu ne vas donc plus avoir le droit de laisser des commentaires sur ce blog.

    > Ce livre pourrait m'intéresser à cause du calamar géant, cela dit. Est-ce qu'il joue un rôle important ?

    Comme je le dis dans le billet, c'est un McGuffin.

    > Y a-t-il un quelconque rapport avec La Cité des Saints et des Fous de Jeff VanderMeer ?

    Aucune idée, je ne connais pas ce bouquin.

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  7. Je ne sais pas si je vais avoir envie de continuer à laisser des commentaires si tu ne connais pas "La Cité des Saints et des Fous". ;-)
    Bon, j'ai été bonne pour chercher la définition de McGuffin et je suis un peu déçue, les calamars sont des animaux tellement sensibles et intelligents, méritant de tenir le premier rôle !

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