27/12/2010

L'autre Dumas


Je ne connaissais pas le fond historique du film L'autre Dumas avant de le visionner. Il appert qu'Alexandre Dumas, le père, s'est beaucoup fait aider pour écrire ses romans à feuilleton. Quand je dis "beaucoup aider", c'est un euphémisme : son coauteur Auguste Maquet faisait tout le sale boulot tandis que Dumas pavoisait dans les salons. Un peu comme ces grands maîtres de la peinture qui faisaient faire le gros du travail par des élèves doués avant d'y ajouter une touche de génie et la signature qui fait vendre. L'autre Dumas raconte précisément la période de l'écriture des trois premiers chapitres du Vicomte de Bragelonne. À la suite d'un imbroglio, Maquet se fait passer pour Dumas afin de séduire une jeune beauté venue quérir un appui politique pour faire libérer son anarchiste de père.

La relation Maquet/Dumas n'est pas une histoire de nègre, c'est bien plus que cela. Dumas délègue la sale besogne mais se sert également de Maquet comme d'un spectateur permanent de son petit théâtre vaniteux. Dumas jouit d'autant plus de son statut d'Auteur que Maquet mène une petite vie bien sage de monarchiste peureux. Maquet n'a pas de place pour exister, Dumas bouffe tout l'oxygène autour de lui. En même temps, on a du mal à croire que seul, Maquet aurait été capable de flamboyance. Dumas est insupportable de suffisance, bouffi de gloriole, déconnecté des réalités sociales de son temps, mais en même temps, les rares fois où il met le groin dans le manuscrit, c'est pour le magnifier.

Gérard Depardieu en Dumas, ça fonctionne. Il ripaille, trousse des ribaudes et plastronne à qui mieux-mieux : Gégé a vraiment la gueule de l'emploi. On sent bien qu'il n'a pas à se forcer beaucoup pour incarner un type insupportable d'égocentrisme qui mène sa barque sans se soucier de son entourage. Par contre, Benoît Poelvoorde en Maquet, c'est un vrai contre-emploi réussi. Il est tout en retenu alors qu'habituellement il cabotine et accapare la caméra. C'est une superbe prestation qui me réconcilie avec Poelvoorde. Les rôles féminins ne sont pas en reste, qui plus est.

Pour aller plus loin, la page Wikipédia d'Auguste Maquet narre des anecdotes supplémentaires sur la paternité méconnue de Maquet, c'est saisissant. Pauvre bonhomme.

Bon, loin de moi de nous comparer à ce duo, mais j'ai beaucoup penser à mon colocataire Philippe en regardant L'autre Dumas. Dans une autre vie, il nous est arrivé de cosigner des textes (je ne désespère pas de remettre ça, au passage), et je suis heureux de notre relation bien plus séquilibrée que celle de Dumas et Maquet. J'ai d'ailleurs relu des scénarios écrits à 2 claviers et j'ai été incapable de déterminer lequel de nous deux avait eu les bonnes idées et les bonnes manières de les exprimer. J'en suis fier.

4 commentaires:

  1. ça fait un bon moment que je songe à me le procurer

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  2. J'ai trouvé ce film très mauvais. Avoir de bons personnages et de bons acteurs ne dispensent pas d'avoir une histoire à raconter et de savoir les mettre en scène.
    Avec tout ce qui aurait pu être fait sur la relation Dumas-Maquet (qui n'est pas aussi claire que le film, l'article wikipedia et autres laissent à croire), on se retrouve avec quoi ?
    Un pauvre vaudeville tournant autour d'une amourette à balle deux, des réminiscence du passé de Dumas, des rebondissements pouvrets (je rentre de catalogne, lisez le message avec l'accent), et une réalisation poussive, voir anémique. Les deux personnages sont traités de manière tellement caricaturale que cela en devient gênant.
    Je passe sur la polémique absurde des médias à propos de Dumas et Depardieu : je trouve que Depardieu était un bon choix.

    Ni une, ni deux (ni trois, ni quatre) : poubelle.

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  3. Je te rejoins sur la pauvreté de l'intrigue principale, c'est clairement faiblard.
    Pour le reste, je ne pense pas que le film avait pour ambition de traiter l'ensemble de la relation Maquet/Dumas mais juste de montrer une phase du conflit.
    Ça fait au final un bon téléfilm à la France 3.

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  4. Rebonsoir, l'histoire est intéressante mais le film moins. Je m'attendais au autre chose. Que l'histoire se concentre sur la création littéraire. Bonne soirée.

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