11/01/2011

Boardwalk Empire


Atlantic City, 1920. On vient de voter la prohibition. La mafia jubile : ça va être une orgie. Le whisky canadien arrive par bateau pour inonder les bars et les casinos clandestins. On coupe n'importe quelle bibine avec de l'eau et du colorant, on colle une fausse étiquette sur la bouteille et c'est la jackpot. Et à Atlantic City, le roi des combines qui rapportent gros, c'est Enoch "Nucky" Thompson, un Irlandais. Tandis que lui s'occupe des finances de la ville (c'est à dire qu'il touche sa part sur tout ce qui se fait d'honnête et de malhonnête), son frère Eli est le chef de la police locale. Nucky fait la pluie et le beau temps, à Atlantic City. C'est lui qui décide qui sera le prochain maire. C'est son royaume. Et quand des petits merdeux d'italiens (dont un certain Al Capone) déboulent comme des chiens fous dans un jeu de quille et essayent de se faire une place au soleil, Nucky est obligé de sévir. Mais quand on est un parrain de la mafia, un emmerde n'attend pas l'autre. Il faut gérer ses maîtresses, gérer l'héritage de son prédécesseur, maintenir les apparences... c'est un travail à plein temps.

Boardwalk Empire, c'est du HBO. C'est donc de la série télé classe avec du budget et des producteurs aux petits oignons (Martin Scorsese et Mark Wahlberg). Mais surtout, c'est Steve Buscemi qui trimbale sa carcasse pour incarner Nucky Thompson. Un mafieux, certes, mais un bonhomme avant tout. Le fils détesté de son père. Le mari hanté par la mort de sa femme et de son bébé. Un politicien de haut vol qui supporte les suffragettes et les Noirs tant qu'ils votent dans le même sens que lui. Pas une raclure sans morale, non, un type prêt à beaucoup de concessions. Comme il le dit si bien "C'est à chaque homme de décider du nombre de péchés qu'il peut commettre."

Alors oui, je me suis vautré complaisamment et avec délectation dans cette histoire mafieuse. Car non, ce n'était pas la première fois, mon père. Les Soprano, Le Parrain, Les Affranchis, Casino, Un flic dans la mafia, The Departed, Il était une fois en Amérique, Les Incorruptibles, La French Connection... J'ai beau être un citoyen honnête qui paye ses impôts à l'heure, je suis fasciné par ces histoires mafieuses. C'est dingue. Il y a un je-ne-sais-quoi de transgressif dans ces vies. Elles sont basées sur des mythes mensongers (comme l'honneur) mais elles savent se mettre en scène.

Il y a peu, à Montréal, est mort assassiné un vieux parrain italien. Abattu dans sa cuisine d'une balle dans la tête par un sniper caché dans des fourrés. Une mort digne d'un film, vraiment, à un tel point qu'on se demande qui inspire qui. Les mafieux ne finissent-ils pas par se caricaturer eux-mêmes en agissant comme à la télé. Mais bon, le vieux parrain n'est plus, et c'est une nouvelle qui a fait la nouvelle pendant des heures et des heures sur les chaînes d'information continue. Un chef d'état aurait été assassiné qu'on ne lui aurait pas accordé plus d'antenne. C'était indécent. Mais le pire, c'était lors de l'enterrement. Les caméras étaient bien évidemment là pour capter l'émotion, juste à côté des flics qui en profitaient pour mettre à jour le who's who mafieux montréalais. Il y avait des curieux qui se pressaient à la messe. Et quand on leur demandait pourquoi ils venaient rendre hommage à un chef de la mafia, ils répondaient : "Quand même, ces gens-là avaient des valeurs..."

Je suis comme ces badauds qui fantasme sur le crime organisé. Je sais au fond de moi que ce sont des assassins, mais depuis que je suis tout petit, on m'a élevé avec cette mythologie. C'est finalement ça, leur véritable tour de force : avoir su transformer le crime en épopée.

3 commentaires:

  1. Très beau billet, j'aime particulièrement la chute.

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  2. Bonsoir, si je ne peux pas le voir à la télé, j'essaierai de me procurer le DVD quand il paraîtra. Ce n'est pas le premier article où je ne lis que des éloges sur cette série. Bonne soirée.

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