07/02/2011

Sons of Anarchy


Je suis aussi anarchiste que Jean-Pierre Pernaut. Je méprise le mythe Harley Davidson du plus profond de mon cœur. Je ne fantasme pas sur la vie criminelle, les tatouages ou la fraternité virile entre gars. Et pourtant, Sons of Anarchy réussit le pari de venir me chercher. Pourquoi ? Sans doute parce que la série arrive à enrober une histoire sordide avec suffisamment d'humanité pour qu'un lien se crée entre ces salopards et moi. Ils incarnent tout ce que je ne suis pas, mais en même temps, ils me sont si proches par leurs défauts. Prenons Jax. Jeune vice-président de ce club de motards californien. Son père, l'ancien président des Sons of Anarchy, est mort en laissant derrière lui un manuscrit bourré de philosophie douteuse. Le club a dérivé en entreprise mafieuse. D'ailleurs, la propre mère de Jax est maintenant mariée au nouveau chef des Sons, Clay. Le meilleur ami du père de Jax. Enfin, sur le papier, car on sent bien que si l'ancien roi est mort, c'est surtout parce que sa reine l'a poussé en bas de son trône. Et donc Jax est un pilier de cette bande criminelle. Il tue. Il vend des armes. Il soudoie la police locale. Mais il sent bien que l'esprit frondeur initial du clan, l'appel libertaire de la route, tout ça a foutu le camp il y a bien longtemps. Les SoA sont obnubilés par le pognon et le jeu de pouvoir entre bandes. Et Jax, il est coincé entre cet héritage anar originel et la réalité bassement crasseuse du club.

Montrer uniquement des gros durs tatoués qui font vroum-vroum sur des grosses cylindrées, ça aurait vite tourné en rond. À cette base vient donc s'ajouter une deuxième couche, comme dans le kloug. Ce second parfum, ce sont les femmes des SoA. Gemma, la mère de Jax, qui manipule son petit monde et alors qu'elle est de plus en plus trahi par l'âge. L'ex-femme de Jax, une droguée qui lui donne un bébé moribond. Tara, l'ex petite copine de lycée, qui a tenté de fuir cette vie mais qui finit par revenir au bercail. La mère de famille qui a tenu le coup pendant que son homme était en prison et qui se bat pour qu'il brise ses liens avec le club. La minette qui passe de gars en gars en attendant de devenir la poule officielle d'un motard. Elles forment autant de contre-pouvoirs intéressant. Parce que les SoA ont beau être machistes, au final, c'est leur nana qui mène la danse. Enfin, pour ceux qui sont maqués. Elles mettent la main à la pâte, les filles. Les statuts du club leur donne moins de droits qu'un chien, mais elles savent jouer avec le peu d'espace qui leur est accordé.

Niveau scénario ? Les SoA vivent à Charming, Californie. Ils ont un accord avec le shérif local : pas de violence en ville. Pour le reste, ils ne sont jamais inquiétés par la justice municipale. Le hic, ce sont les autres clans. Les néo-nazis d'une part et les Mayans (des motards hispaniques) de l'autre. Le trafic d'armes les pousse aussi à fréquenter les Niners, des blacks vivant dans la grande ville voisine. Et pour se fournir en armes, il faut faire affaire avec des Irlandais de l'IRA. Alors forcément, l'ATF finit par vouloir coffrer tout ce petit monde. Friction entre bandes, enquête tatillonne, affaires de cœur... Chacun des 13 épisodes de la première saison contient ce qu'il faut pour bien occuper nos motards. Surtout que certains personnages ont un passif assez lourd à gérer.

Les SoA ne sont pas amorales. Ce sont des crapules, certains sont mêmes dingues, mais ils suivent un règlement interne bien précis. Ils votent souvent sur les décisions importantes. Ils ont des valeurs. Tordues, mais des valeurs quand même. Un esprit de famille, surtout. S'ils ne tuaient pas si facilement, on pourrait presque y croire, à leur baratin fraternel. Leur problème, c'est qu'ils sont les fils de l'anarchie, mais ils agissent plutôt comme les fils du libéralisme. Quand ils forcent un autre chapitre à les rejoindre, c'est de la fusion-acquisition forcée. Quand ils déciment les Mayans, c'est pour prendre des parts de marché. Il faut que le pognon rentre. Le club doit pouvoir se défendre en s'armant lourdement, en étant capable de payer les avocats, en soudoyant les rouages de la justice. Mais aussi que la famille mange à sa fin. Ils ne vivent pas des vies riches. Ils galèrent pour payer les mensualités de la maison.

Je regrette parfois une vision un brin angélique des motards. Ils sont violents, certes, mais en dehors de ça, ils ne trafiquent que des armes. On ne voit pas la prostitution et la drogue, qui sont pourtant les deux vraies mamelles du motard. Mais bon, si les SoA étaient le reflet des vrais motards criminalisés, ils ne pourraient pas plaire aux téléspectateurs. C'était déjà le cas avec les Sopranos : point trop n'en faut.

Le casting est lui aussi très intéressant. Déjà Ron Perlman en chef de bande, ça en impose. Ensuite, Gemma est incarnée par la même actrice que la mère dans Marié, deux enfants. Un régal. Dans le rôle de l'agent fédéral un peu dingue, on retrouve le Dutchboy de The Shield. Dans les motards, on a même le gérant de l'hôtel dans Memento. L'ex-femme de Jax était également l'Adriana des Sopranos Ils sont solides, ces acteurs.

Apologie du crime ? Je ne le pense pas. Ils ont des remords, même pour le plus pourri d'entre eux. Ce ne sont surtout pas des modèles, pas même Jax qui est sans doute le moins atteint du clan. Il y a au sein des SoA un parfum de fin de race. La relève est là (vous vous rendrez vite compte qu'elle n'a qu'une seule couille) mais le voyage va prendre fin sur une impasse. Il n'y a pas de cimetière des éléphants pour ces mastodontes. Ça finira mal. Même Jax, avec le livre de son père qui fait du sous-Kerouac d'aire d'autoroute, ne peut tourner le dos au club. C'est à la vie, à la mort. À la mort.

12 commentaires:

  1. C'est une série très sympathique en effet, qui s'inspire aussi énormément des gangs de motards aux USA (les SoA et les Mayans sont le reflet des deux clans dominants).

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  2. hein? quoi? les motards ont des mamelles? c'est dingue ça!
    Sons of anarchy est une trés bonne série, avec beaucoup de rebondissements et de manipulation... du spectateur! Au gré des évolutions, un salaud sociopathe comme Tig peut en effet nous paraître plus humain l'instant d'une scène ou d'un épisode, c'est trés bien amené! Comme toi, les grosses cylindrées me laissent sans réaction, mais le cadre de cette série ne peut cacher la trame ultime qui fait réagir tout son petit monde, la trame de Dallas!

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  3. Moi j'aime beaucoup beaucoup cette série. Et au fil des saisons ça va en s'améliorant ; plus dur, plus méchant. Parfois un peu capillotracté, mais ça reste grandiose. Un très grand moment.

    J'ai juste un peu de peine au fond de moi à soutenir une série qui fait tourner des moteurs polluants pendant pas mal de scènes... une pointe de culpabilité verte.

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  4. Je n'ai vu que le premier épisode de la série et je n'ai pas du tout accroché. Alors certes, c'est une série qui possède sans doute toutes les qualités (et tous les défauts) que tu cites. Et je n'aime pas non plus les héros propres sur eux à la conscience immaculée. Mais j'aime bien m'identifier, un tant soit peu, aux personnages. Et là, pour moi, c'est juste impossible.

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  5. "Mais aussi que la famille mange à sa fin". Vraiment ?

    Je tiens à te rassurer sur un point, la 2e saison traite amplement de la prostitution. Par le biais du porno, mais la distinction est mince.

    La 3e inclut une longue virée en Irlande, pas désagréable mais un peu bordélique.

    Enfin, ton récit oublie un point : si l'histoire de la famille de Jax accroche autant, c'est parce qu'elle reprend... l'intrigue de Hamlet !

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  6. Hamlet ? Connais pas. Ça passe sur quelle chaîne ?

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  7. Voila qui me branche bien. Jamais vu mais tu me pousses à corriger ce manque.

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  8. Faudra que j'en regarde un épisode ou deux pour voir, ton article me titille.

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  9. Une fois de plus, je me suis fié à l'avis de Cédric. J'ai beaucoup accroché au 1er épisode, je vais donc continuer sur ma lancée. Et, effectivement, une fois qu'on a en tête l'intrigue d'Hamlet, les références deviennent très visibles !

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  10. Un détail que j'ai mis plusieurs épisodes à comprendre : Sam Crow = SAMCRO : Sons of Anarchy Motorcycle Club Redwood Originals.

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  11. Oui, j'ai dû regarder sur Internet pour comprendre...

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  12. Bon, et moi qui étais super motivé pour recommencer à bloguer, ça y est, je suis accroché, et je mate SoA tous les soirs... Autant pour les bonnes résolutions. Cédric, je ne te remercie pas ! ;)

    Je reviens cependant sur la référence à Hamlet : OK, elle est claire dans le 1er épisode, qui pose la base de la série, mais après, c'est fini. Les story arcs ne suivent pas du tout la trame de la pièce, donc ceux qui espèrent voir du Shakespeare transposé dans le monde des bikers en seront pour leurs frais. Tara est très éloignée d'Ophélie, Jax ne simule pas la folie, Polonius et Laërte n'existent pas, Opie n'est pas Horatio...

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