12/12/2011

Axiomatique



J'ai une relation ambivalente avec les nouvelles. Les bonnes me semblent frustrantes car elles ne font que me titiller le neurone à imaginaire sans aller jusqu'au bout, comme une fille qui n'assume pas son flirt éhonté. Les mauvaises sont moins agaçantes : elles ont l'énorme avantage de vite céder la place à la suivante. En fait, les recueils de nouvelles sont un peu comme ces blocs de bandes-annonces avant le film : les plus ratées vous donnent le sentiment de pouvoir économiser 2h de votre vie et le prix d'une place. Les plus réussies posent une question muette : à montrer que les meilleurs moments du film, la bande-annonce n'est-elle finalement pas plus intéressante que le long métrage délayé de 2h ?

Axiomatique est donc un recueil hard science. Les excellentes nouvelles qu'il contient m'ont souvent fait dire "Oh, c'est trop court, j'aurais voulu en savoir plus sur ce personnage" tout en pensant "Ouais, mais étirée sur 300 pages, l'auteur n'aurait sans doute pas tenu la distance avec cette histoire". Greg Egan étant australien et mathématicien, on y retrouve les obsessions très personnelles de l'auteur sur  les implants neuraux, les réfugiés climatiques, l'identité, la grossesse, les univers parallèles… Chaque nouvelle est au "je", attrapant le lecteur par la main pour l'entraîner dans le futur nanotechnologique. Un tueur qui propose un étrange marché moral à sa prochaine victime. Une femme qui va devoir donner de sa personne le temps que le corps d'accueil de son mari arrive à maturation clonique. Un type qui change aléatoirement de corps chaque jour. Un père qui veut vivre la maternité coûte que coûte… Les idées sont excellentes, le taux de science est pilepoil au niveau qu'il faut pour étayer l'univers créé sans verser dans la démonstration pédante. C'est intelligent, bien écrit, ça fait cogiter. Un vrai bon recueil.

C'est Philippe Fragione qui disait "Je ne pense pas à demain, parce que demain c'est loin." Greg Egan et lui ne sont pas nés sous la même étoile, ce qui permet à l'Australien d'avoir le luxe de se poser des questions  hypothétiques. Quelle place pour le libre arbitre quand une puce peut modifier durablement le câblage neuronal de l'homme ? Qu'est-ce que l'identité : un construct de souvenirs ou bien des atavismes prévisibles ? Et si vous décidiez à quel ministère vont vos impôts, lequel choisiriez-vous ?

Je mesure souvent mon enthousiasme envers un livre à ma fréquence de lecture. On s'entend que si une partie de PS3 ou un épisode de série télévisée est plus tentant qu'un chapitre, c'est mal barré. Axiomatique m'a collé aux yeux, je n'ai pas pu lâcher mon iPad de la fin de semaine. Chaque nouvelle était un pas en avant vers ce futur technologique où l'humain reste malgré tout au centre de chaque histoire. Bref, de l'excellente SF.

Gromovar, Guillaume44 et Anudar l'ont dit bien avant moi.

8 commentaires:

  1. C'est du très bon en effet, maintenant Radieux et Océanique te tende les bras.

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  2. Je plussoie de tout mon clavier !

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  3. Et je le redis avec plaisir.

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  4. Alors Mr Ferrand, on fait le name dropper et on ne dit pas aux collègues qui n'ont pas la chance d'être marseillais que Philippe Fragione est plus connu sous le nom de Chill ;-)

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  5. Quand tu donnes son nom civil, ça fait plus sérieux.

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  6. J'apprécie aussi les références à l'alliance afro-asiatique :). Sentenzaaaaa!

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  7. Radieux et Océanique sont du même excellent tonneau : il faut saluer le boulot des éditions du Bélial.

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  8. Radieux et Océanique sont dans ma ligne de mire.
    Le Bélial a effectivement fait un excellent travail avec cet auteur.

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