09/02/2012

Bienvenue à Lovecraft - Locke & Key t1


Comme le dit l'un des préfaciers de la série, quand on veut se remettre d'un drame familial, on ne s'installe pas dans une bourgade du Massachusetts qui s'appelle Lovecraft. C'est pourtant ce que font les enfants Locke avec leur mère, après l'assassinat de leur père par un serial-killer. Ce retour dans la région natale de leur défunt père leur donne l'occasion de découvrir le cadre dans lequel il a grandi, et surtout la grande demeure séculaire, Keyhouse. Celle-ci fourmille de secrets, et notamment de clés magiques qui chacune possède un pouvoir particulier. Le ton est donné, à mi-chemin entre fantastique et thriller, et ce premier tome est le coup d'envoi d'une série qui sera composée à terme de 6 tomes (3 actes de 2 tomes).

Cette série, on en a déjà parlé sur la toile : Néault, Gromovar et Pitivier ont chacun donné leur avis. J'avais été tenté de les suivre mais j'avais été rebuté par le graphisme très rond, très cartoon, qui jurait apparemment avec l'atmosphère. Comment concilier une histoire d'horreur invoquant le nom de Lovecraft et un style de dessin plus proche de Scoubidou que de Dave McKean ? Au lieu de lavis sombres, de nuées d'engoulevents, de forêts obscures, on a droit à des soleils radieux, des vieilles demeures cossues, et d'agréables bosquets où il fait bon flâner. N'y avait-il pas un effet de mode, notamment dû au nom du scénariste, Joe Hill, fils de quelqu'un de célèbre (Terence Hill, je crois) ?

Finalement, un rare soir de désœuvrement, j'ai acheté la version électronique du livre. Et j'ai dû réviser mon jugement à l'emporte-pièce : les graphismes de Gabriel Rodriguez, très léchés, offrent un délicieux contrepoint à l'histoire, présentée par une série rapide de flashbacks très bien construits. Les décors sont superbement posés, bien plus que dans la plupart des comics où les dessinateurs se contentent du minimum syndical. Mais, surtout, c'est la complicité entre auteur et illustrateur qui est la plus grande force du récit : la scène de l'enterrement du père, notamment, est révélatrice du talent de metteurs en scènes des deux artistes. En très peu de pages, Joe Hill pose l'atmosphère, les personnages, et les enjeux. On devine les secrets cachés datant de l'adolescence du père, et les secrets encore plus anciens à l'origine des clés.

Les influences sont perceptibles, et bien digérées : il y a du Ça de Stephen King dans cette histoire de malédiction qui revient une génération plus tard, et d'enfants luttant seul face au Mal; il y a du Ghost Story de Peter Straub dans cette petite ville de la côte Est hantée par ses fantômes et rongée par ses remords; il y a du Maître des Illusions de Donna Tart dans cette culpabilité partagée entre lycéens. Ce premier tome démarre sur les chapeaux de roue, et quand on le repose, on ne peut pas s'empêcher de vouloir lire la suite. Ça tombe bien, elle est là, à portée de clic.

Update : et la série est désormais finie, et superbe de bout en bout.



5 commentaires:

  1. Ouf, je ne suis pas responsable d'un désastre.

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  2. Ça pourrait bien être mon premier achat de BD numérique, tiens.

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  3. En terme de format de BD numérique, j'aurais préféré la lire sur ComiXology, dont l'application est bien meilleure que iBooks, mais :
    1°) tous les tomes n'étaient pas dessus
    2°) ceux qui étaient présents étaient plus chers

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  4. Cette BD est dispo en version papier dans toutes les bonnes librairies aux éditions Milady Graphics (filiale de Bragelone).

    Pour ma part, tout le monde me disait que c'était génial, et j'ai un peu traîné des pieds pour m'y mettre. Et j'ai pris une claque lorsque j'ai refermé le tome 1. Ca commence doucement, on croit comprendre ce qui va arriver (parce qu'on a un peu de bouteille en matière de SF-Thriller-Fantastique) et puis peu à peu on comprends qu'il y a autre chose derrière les évènements (c'est même un peu dommage que vous parliez dès votre premier paragraphe du principe des clés, ça spoile un peu je trouve).

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    1. Tu as raison pour le spoiler; j'ai masqué le texte, du coup.

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