07/03/2012

Wolverine + Mad Max + Impitoyable + Easy Rider = Old Man Logan


Old Man Logan est un bel album cartonné de plus de 200 pages de Mark Millar et Steve McNiven consacré au célébrissime Wolverine, ici mis en scène dans une version pessimiste du futur de l'univers Marvel. Cet album est la rencontre de plusieurs genres fondateurs de l'imaginaire américain : les super-héros, le western, le road-movie et le post-apo. Un cocktail indigeste si le dosage entre les ingrédients n'est pas maîtrisé, heureusement ici particulièrement réussi :

Post-apo : l'histoire se situe 50 ans après que les super-villains aient enfin réalisé (comme dans Wanted, du même Mark Millar) qu'ils étaient en supériorité numérique et qu'il leur suffisait de s'allier pour balayer définitivement les super-héros. Les cerveaux de l'attaque se sont ensuite répartis le territoire américain, et la négligence criminelle, les catastrophes, naturelles ou artificielles, et les phénomènes surnaturels ont finalement transformé les États-Unis en immense désert façon Mad Max, la civilisation étant retranchée dans des mégapoles violentes et corrompues.

Road-movie : les sept épisodes de l'histoire (plus la conclusion, dont on aurait pu se passer) racontent la traversée de ce territoire ravagé, en enchaînant toutes les figures de style du genre : poursuites, ravitaillements, ou confrontations avec les populations locales dans lesquelles les personnages sont contraints d'intervenir avant de pouvoir continuer leur chemin. On évolue en terrain connu, pas loin de Câblé de Walter Jon Williams ou Route 666 de Roger Zelazny. Et comme dans les bons road movies, à ce voyage physique correspond un voyage spirituel, le fameux "Bildungsroman" qui verra le personnage évoluer, se construire (ou se détruire) à mesure qu'il se rapproche de sa destination.

Western, justement, dans le travail sur le personnage de Wolverine : depuis le traumatisme du massacre des super-héros, Wolverine a changé : il mène une existence de fermier et de père de famille, et tente de protéger les siens dans ce monde ravagé. Sa non-violence n'est pas le résultat d'une maîtrise du zen digne d'un Bouddha incarné, mais d'une culpabilité qui le ronge depuis cinquante ans. Sa rencontre avec Hawkeye  l'oblige à revenir dans le monde, et, au fur et à mesure des rencontres, à lever le voile sur le traumatisme qui le ronge. Le voyage aura ici un effet cathartique, et si on pense à Impitoyable, de Clint Eastwood, la scène où Wolverine prend volontairement une pilée est une référence avouée à l'adjoint du shérif dans Rio Bravo, qui se laisse volontairement tabasser.
Ouch. On a mal pour lui.

Super-héros : bien évidemment, l'un des aspects les plus plaisants pour le lecteur est la découverte de ce futur possible : détails dans le décor, noms sur la carte, personnages croisés, ennemis combattus : tout cela fourmille de références à l'univers Marvel, sans jamais se mettre en travers de la compréhension du récit. Comme Impitoyable vis-à-vis du western, Old Man Logan est une vision crépusculaire, une déconstruction du genre super-héroïque : depuis la nuit du massacre, les combats entre super-héros ne sont plus "pour rire", le sang gicle, les membres s'envolent, les viscères se répandent sur le sol. Pendant 40 ans, les griffes de Wolverine n'ont servi qu'à égratigner ses adversaires ou couper leur matériel en rondelles ! Mais le duel à mains nues de super-héros costumés, qui avait remplacé celui des pistoleros du Far West, est devenu tout aussi dépassé et anachronique que celui des chevaliers. Ces questions, cette déconstruction du genre (et de sa réhabilitation finale ?), le comics les rend explicites, dans l'allusion à Lone Wolf and Cub de la dernière planche, où dans les armes utilisées dans le combat entre Wolverine et le "président"...

Des thèmes riches, une dramatisation prenante, des dialogues justes, des personnages bien campés - Wolverine, laconique et amer; Hawkeye, dont le cynisme apparent dissimule un idéalisme jamais mâté : le travail du scénariste est ici remarquablement servi par celui du dessinateur, aussi à l'aise dans les plans larges, les scènes d'action, que les cadrages serrés sur les visages aux plis amers de ces reliques du passé. Je l'avoue, j'étais méfiant à l'égard de Old Man Logan, et le nom de Mark Millar, capable du très bon comme du médiocre, car souvent superficiel et provocateur et confondant régulièrement violence et transgression, ne m'inspirait pas spécialement confiance. Mais son statut d’histoire complète, les dessins et la critique de Gromovar m'ont convaincu de passer outre ces réticences, et j'en suis heureux : c'est une excellente BD, et elle est digne de figurer au côté d'un Arkham Asylum ou d'autres one-shots du même genre. 

4 commentaires:

  1. Je ne peux qu'être d'accord.

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  2. Bonjour par ici !
    En tant que fan de super-héros (entre autres^^), je me suis régalé avec cette histoire, devenue un classique !

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  3. Bon, ben je vais jouer le pisse-vinaigre, mais j'ai trouvé cette histoire décevante.
    La traversée des USA en 4x4 magique donne lieu à des passages vraiment faiblards. On évoque à peine certaines choses (la clique d'Emma Frost, par exemple), c'est frustrant.
    Les méchants font plus des caméos qu'autre chose.
    L'ambiance générale est sympa, mais on ne fait que traverser le décor à toute berzingue.
    Reste que le traitement de Logan est très sympa, très Eastwood effectivement. La raison qui le pousse à se ranger des bagnoles est excellente.

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  4. Puis Hulk il crève comme une daube.... la bagnole electrotechnoacoustique qui colle au mur.. c'est moyen !!

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