18/09/2012

Bacchus par Eddie Campbell



Evidemment, vous allez me dire, "encore une critique d'un machin qui n'est pas dispo en VF!" Je m'en excuse d'avance, mais en même temps Philippe et Cédric se sont fait un malin plaisir à critiquer l'intégralité de la Bibliothèque Nationale rayon "Imaginaire", alors il faut bien que je me rabatte sur quelque chose. Et puis Bacchus, c'est un tel OVNI qu'il y a autant de chances de le voir traduit en Français que de trouver un Beaujolais Nouveau goûtu...

Oui, parce que Bacchus ça parle de vin. Pas que, mais beaucoup.

Bacchus, ça ne vous aura pas échappé, c'est le Dieu Grec du vin. Pas que, mais surtout. Après plusieurs millénaires à trimbaler sa carcasse, il est toujours là, vivant au milieu des hommes une vie d'errance sans but précis, un peu bohème un peu poète philosophe. Jusqu'au jour où il pointe sans nez dans la ville où vit Thésée. Thésée, il aurait du mourir, lui. Il a beau avoir rêvé tout sa vie d'accéder à la divinité, il s'est fait moucher au poteau par Héraklès, et ça lui a laissé un sale goût dans la bouche. Mais Thésée, il a un secret que son père Poséïdon lui a légué avant de caner...

Non pas qu'on rencontre des Olympiens à tous les coins de rue, dans Bacchus. Il en reste plus beaucoup... Il y a Bacchus, il y a Hermès. Il y a Thésée, qui n'en est pas un, et il y a... the Eyeball Kid, petit fils d'Argos aux cent yeux (lui n'en a que dix) qui a tué Zeus et s'est approprié son pouvoir. Autour d'eux, un casting étrange et magnifique, les Telchines qui veulent devenir Dieux du Business, Ginny, descendante de la reine des amazones, et Simpson, poète amateur anglais début de siècle rescapé d'Hadès et donc -, en quelque sorte - mort-vivant.

Bacchus est une bande dessinée attachante autant que déroutante, qui a des moments de poésie incroyables mais part parfois dans des délires tellement outrés qu'il est difficile de rester accroché. Enfin, c'est surtout vrai vers la fin de la série, à partir de The Eyeball Kid Double Bill. Campbell rend constamment hommage à des artistes connus (ou moins connus), des genres littéraires, fait des clins d'oeil au petit monde du comic indépendant, bref, il n'en fait qu'à sa tête, et c'est ce qui (pour moi) rend cette BD si fun.

En résumé très bref, les dix TPB publiés s'articulent ainsi:

Immortality Isn't Forever lance la machine: Bacchus se pointe dans le domaine que Thésée considère comme sa chasse gardée, et ça vire au réglement de compte façon Les Affranchis. Quand The Eyeball Kid, sa gachette facile et son vocabulaire benêt débarquent, ça pète de partout.

The Gods of Business fait rentrer les Telchines dans la danse et on découvre leur plan machiavélique pour écarter Thésée et subtiliser le pouvoir de Zeus à Eyeball Kid.

Doing the Islands with Bacchus voit Bacchus fuir le conflit accompagné de Simpson, son sidekick poète mort vivant, poursuivis par Hermès qui s'est jurer de ramener en Hadès tous ceux qui s'en sont enfuis. Du coup, Bacchus et Simpson se baladent d'île en île au milieu des Cyclades pour semer Hermès et (re)découvrent les joies du vin à travers les mythes.

The Eyeball Kid One Man Show est la résolution de la lutte (pas toujours comprise par le principal intéressé) entre Eyeball Kid et les Telchines.

Earth, Water, Air, Fire continue les réminiscences mythologiques et oenologiques de Bacchus et Simpson, avec en final la réémergence de Thésée, et la (re)découverte des yeux forgés par Héphaistos pour Bacchus (qui est borgne).

The 1001 Nights of Bacchus est un hommage aux 1001 Nuits: Bacchus, épuisé par ses aventures s'est réfugié dans un pub en Angleterre, et le tenancier accepte de rester ouvert jusqu'à ce que Bacchus s'endorme. Tous les soirs, les clients rivalisent d'histoires pour essayer d'empêcher le Dieu du Vin de sombrer dans le sommeil.

The Eyeball Kid Double Bill finalise l'ensemble des trames autour d'Eyeball Kid: son conflit avec les Telchines, la vengeance d'Hermès (le Kid a, après tout, tué son père et une bonne partie des Olympiens), la découverte des pouvoirs de l'Oeil du Destin par Thésée, les manipulations des Telchines, etc. C'est le dernier tome avec un tant soit peu d'action même si ça commence à être sérieusement barré à ce stade.

Dans King Bacchus, le pub où Bacchus vit désormais fait sécession du Royaume-Uni: comme Bacchus peut produire de l'alcool a volonté, plus question de payer des taxes sur les boissons alcoolisées. Assez rapidement, Bacchus se perd dans un tableau et rencontre Collage, dont il tombe amoureux. Pendant ce temps, un gouvernement provisoire embauche Neil Gaiman pour réécrire l'histoire de Bacchus sous le titre de Bacchus Year One. Le bouquin le plus surréaliste du lot, au propre comme au figuré.

Enfin, dans Banged Up, Bacchus se retrouve en prison pour avoir (dans l'album précédent) dressé une statue monumentale de son pénis sur le toit du pub.

Bref, pas de la Bande Dessinée à Papa, c'est le moins qu'on puisse dire, mais un mélange d'action débridée, de mythologie déjantée et de poésie tout à fait surprenant et qui (pour moi en tout cas) a super bien fonctionné. Certes, les délires des derniers albums sont un peu too much, la palme revenant à King Bacchus, mais les albums plutôt action sont drôles et plein d'inspirations géniales, et les albums plus contemplatifs (Doing the Islands with Bacchus en particulier, mais aussi Earth, Water, Air Fire et 1001 Nights of Bacchus) sont des perles de poésie et une manière franchement géniale de revisiter la mythologie Grecque.

En conclusion, je ne recommanderais pas cette BD à tout le monde, mais si vous aimez la BD indépendante et que vous n'avez pas peur d'être surpris par une bonne dose de barré, alors ça vaut le coup d'essayer. Pour info, une intégrale en deux tomes est sensé paraître sous peu chez Top Shelf.

3 commentaires:

  1. C'est marrant, c'est une série dont je n'avais jamais entendu parler. Je jetterai un coup d'œil sur l'intégrale, ça peut m'intéresser.

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  2. mmmmm...

    ça à l'air d'être du bon niam-niam, ça...

    Va-t'il rejoindre sandman, cérébus et autres dans mon panthéon du comics? Il a l'air bien parti pour rejoinde mes étagères en tout cas!

    Un gros gros merci pour me l'avoir fait découvrir!

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  3. Thôt, je ne sais pas s'il rejoindra Sandman ou Cérébus pour toi. Pour moi, je le classerais un peu en-dessous de Sandman pour son manque de cohérence sur l'ensemble de la série (c'est inégal), mais un peu au-dessus de Cérébus qui se complait trop dans le verbiage à mon goût (malgré des moments de fulgurance extra...)

    En tous cas, il se réclame clairement de la même mouvance de comics qui cassent les codes, et fait explicitement référence à Gaiman.

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