20/12/2012

Les Mille et Une Nuits: Nuits 1 à 5


Voici donc mon premier billet relatant ma lecture des Mille et Une Nuits, traduction Mardrus.

Le conte qui encadre les Mille et Une Nuits est bien connu, je ne reviendrais pas dessus, sinon pour pointer sa paradoxale misogynie. Sharhiar et son frère Schahzaman sont tous les deux trompés par leurs épouses (et tous les deux avec des esclaves noirs, j'y reviendrais). Ils partent de par le monde pour se faire une idée de la fidélité des femmes. Ils finissent par surprendre un génie sorti du fond des océans avec dans un coffre enfermé sa femme. Le génie s'endort, et sa femme contraint les deux frères à 'copuler' avec elle (sic) puis leur demande leurs sceaux pour ajouter à sa collection qui en comporte plusieurs centaines. Suite à cette mésaventure, ils en concluent que si un puissant génie est incapable de trouver femme fidèle, c'est qu'une telle chose n'existe pas.

Sharhiar rentre chez lui, fait exécuter sa femme infidèle et commence son cycle d'épouser chaque jour une jeune vierge et de la tuer au lendemain de la nuit de noces pour ne pas qu'elle lui soit infidèle. Puis s'en vient Schéhérazade, la fille du Vizir qui volontairement épouse Sharhiar pour sauver le royaume. Le paradoxe, c'est que le rôle de démontrer à Sharhiar qu'il se trompe sur la fidélité des femmes incombe à une femme... qui commence donc par raconter des contes sur la perfidie des femmes. En effet, sur les trois cheikhs qui rachètent la vie du marchand dans le Conte du Marchand avec L'Efrit en lui racontant des histoires étonnantes, deux parlent de femmes perfides et infidèles!

Ceci mis à part cette exposition - si elle ne comporte pas d'histoire inoubliable - présente déjà de nombreux éléments qu'on considère comme des standards du  genre: transmutations animales (dans les trois histoires des cheikhs), génie enfermé dans son urne (histoire du pêcheur de l'Efrit), et intrigues de cour (histoire du vizir du Roi Iounane et du médecin Rouiane).

On voit aussi que la mise en abyme est très rapide, puisqu'à la fin de la cinquième nuit, on a déjà quatre niveaux d'imbrication (Schéhérazade >Pêcheur avec l'Efrit > Vizir du Roi Iounane > Prince et Goule). Ce qui est amusant, et en même temps agaçant, c'est que cette mise en abyme n'est qu'un artifice narratif: les histoires imbriquées sont racontées pour illustrer un aspect de l'histoire principale, mais généralement l'illustration est au mieux ténue et plus souvent complètement inexistante. Ce n'est vraiment qu'une excuse pour raconter de nouvelles histoires!

Dernier point pour ce premier billet: je sais désormais où Eco a trouvé son inspiration pour le modus operandi du Nom de la Rose.

Pour ceux qui voudraient examiner l'imbrication des histoires plus en détail, le PDF est ici!

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