09/03/2013

Wastburg: Les Trois Couillons




Lundi dernier j'ai été joueur d'une partie de Wastburg, et comme ce blog est un peu la maison des auteurs du jeu, je me suis dit que ce serait un bon endroit pour poster un compte-rendu de partie. On commence par décrire les personnages puis la narration se fait à trois mains à travers les yeux des trois personnages. Pour info, je jouais Wolfgang. 

LES PERSONNAGES

MATHIAS
Mathias est un homme plutôt grand et filiforme, pas particulièrement beau même s'il pense avoir un certain charme. Il est toujours rasé des près et coiffé en brosse, quelles que soient les circonstances, et porte le menton haut ; bref, Mathias est un petit arriviste. Mais il est également un peu con. Il a rejoint la garde pour deux raisons : d'abord pour s'extraire de sa condition de "fils de voleur", qui ne lui disait guère, et aussi parce qu'il croit sincèrement que les gardoches sont une très bonne chose, faisant respecter la loi mais assurant également la paix du quartier. Et puis accessoirement, s'il pouvait monter en grade rapidement, ce serait loin d'être un mal... Ses coéquipiers sont Jan, un grand crétin au bon fond (quand on lui a expliqué que taper n'était pas toujours la solution), et Wolfgang, un type a l'air louche mais qui a sans doute un bon fond.

Traits:
• Vous verrez, quand je serai échevin...
• On s'en sortira, la loi est avec nous !
• Je suis sympa, mais faut pas pousser
• C'est pas parce qu'ils sont loritains qu'il faut les traiter comme de la merde
• Me laisse pas boire, ça me réussit pas
• Qu'est-ce que ça peut me faire si mes parents aiment pas la Garde ?

Contacts:
• Colwin et Amanda, parents et accessoirement truands (0)

Matériel:
• cuirasse, casque et lance réglementaires
• 100 gelders, économisés en ne payant pas mon ardoise dans plusieurs bars du quartier
• Livre Loritain au contenu inconnu (Mathias ne lit pas le Loritain)
• Les bonnes adresses compilées par les voleurs du quartier (chez ses parents mais il sait où il est)

État:
• A gerbé sur les bottes du prévôt

WOLFGANG
Wolfgang est un homme de taille moyenne. Son visage n'est pas franchement gracieux, orné d'un long nez pointu. Wolfgang a le cheveu noir et le porte gras et mi-long, ce qui ne rajoute en rien à la sympathie naturelle qu'il dégage. Wolfgang a rejoint la garde parce qu'il pense qu'il pourra plus facilement manipuler toute sorte de débiles et de niais à son avantage. Pour le moment, ça se vérifie puisque ses coéquipiers sont Jan, champion des débiles et Mathias, niais de compétition.

Traits:
• La vie est cruelle, moi aussi.
• Le vieux Tristan m'a fait rentrer dans le crâne tous ces textes de loi à la con.
• "Wolfgang, tu peux pas la fermer deux secondes?"
• Une pièce dans ma poche vaut mieux qu'une poignée de mains.
• J'ai l'oeil pour trouver l'endroit ou la dague fera le plus mal.
• On me la fait pas, à moi.

Contacts:
• Ulf, tenancier de la Botte Percée qui trempe dans des petits trafics et a peur de moi depuis que je suis gardoche (0)
• Jonas, dit Shlass, petite frappe de la bande à Sturm (0)

Matériel:
• cuirasse, casque et lance réglementaires
• fiole de poison
• clé bizarre avec des entrelacs qui font penser à la déco de l'ex tour des majeers
• document compromettant le prévôt, mais il sait que l'un des membres du groupe l'a trouvé.

JAN
Jan est un homme grand et costaud. Il y ajoute une grande gueule bien carré, avec les cheveux châtains coupés très courts. Il a une présence "apaisante" disait son sergent. Il a rejoint la garde après que Sire Tobias, son chef, se soit enfuis du Waelmstadt. Il ne savait pas trop quoi faire de sa vie, jusqu’à ce qu'il voie des mecs tabasser des gars et se faire applaudir par la foule de marchands autour. Comprenant plus ou moins rapidement que la garde permettait ce genre d'opportunités, il s'est vite engagé, pour faire profiter cette noble institution de ses talents. Ses coéquipiers sont Matthias la mauviette ("Non, la violence ne résout rien, il faut restaurer le dialogue") et Wolfgang l'enculé ("Hey, j'ai un super plan pour toi !"). Mais il pense qu'il pourra en faire de très bons amis rapidement malgré tout.

Traits:
• Tête dure.
• Monopole de la violence légi... de la marrave quoi.
• Con comme une chaise.
• Pense avec sa queue.
• Dur à apprivoiser, mais loyal comme un clébard.
• Ancien soldat Waelmien.

Contacts:
• Amanda, sa "protégée" et son gagne-pain (0)
• Sire Tobias, Chevalier Waelmien alcoolique et dépressif (0)

Matériel:
• cuirasse, casque et lance réglementaires
• "Amanda", source de revenu
• Etats de services dans un cylindre de cuivre
• Un grand écu, prêt seulement dans deux jours (après le début de l'aventure).


L'HISTOIRE


Mathias :
Fin d'après-midi. Nous sommes rassemblés dans la cour de la caserne, et Gemackt nous fait comme d'habitude son numéro de sergent aboyeur. J'encaisse, sans broncher, parce que c'est la règle mais aussi parce que je sais que c'est la dernière fois.

- Alors, les bleu-bites ? On croit avoir terminé sa formation, hein ? On est prêt pour être des gardoches, hein ?
- Chef, oui chef ! réponds-je du tac au tac.
- Eh bah nan, bande de taches ! J'ai une dernière épreuve pour vous. Disons que ce sera votre examen... Rendez-vous demain, ici même, au lever du jour. V'z'avez intérêt à être à l'heure ! C'est compris ?
- Chef, oui chef ! (bizarrement il fait toujours la grimace quand je lui réponds, je sais pas pourquoi.)
- ROMPEZ !

Une épreuve ! Génial, ça va me permettre de prouver que je vaux mieux que mes deux collègues... Ça risque pas d'être très dur, en même temps. Alors qu'on commence à ramasser nos affaires, les quelques gardoches de faction se marrent au loin, enfin ils se foutent ostensiblement de notre gueule. J'avance vers eux avec un grand sourire :

- Salut les gars !
- Eheh, la bleusaille... Alors on va faire l'épreuve du vieux Gemackt, hein ? Eh eh eh...
- Ah oui, j'ai hâte... Mais c'est quoi au juste l'épreuve ?
- Bah ça dépend... Moi j'ai eu droit à une enquête, une vraie. Lui là, il a dû escorter un type à travers les quartiers mal-famés... Et l'autre buse, son épreuve c'était une chasse à l'homme contre Gemackt.
- Ah ouais, chasser un mec en compagnie de Gemackt, ça me plairait bien ! éructe Jan qui n'a pas l'air d'avoir tout compris.
- Bon en tout cas j'ai hâte de savoir ce que ça va être pour nous, reprends-je... quoi que ce soit, je suis prêt !
L'autre se marre franchement.

- Oh, c'est qu'il a des couilles le bleu-bite ! Allez, tu me plais, on va aller boire un coup.
- Ah non, s'exclame Jan, pas question ! Gemackt a dit qu'il fallait qu'on se lève tôt !
- Allez quoi, rétorque Wolfgang, tu vas pas faire chier... Un coup, ça va pas te tuer !
- Bah oui Jan, un petit coup à boire ! Par contre pour moi ce sera un seul, je veux pas abuser.
- Bah alors, reprend le garde, je croyais que t'étais couillu, bleusaille ! Tu me déçois !

On ne me défie pas comme ça, surtout à la boisson. Ce type-là ne connaît sans doute pas ma réputation... Je le prends au mot et lui propose de nous affronter : le premier qui tombera raide sous la table aura perdu. Direction la taverne.

***
Wolfgang :
Marrant comme Mathias répond "nous, chef!" à chaque fois que Gemackt demande qui c'est les bleu-bites... Moi je réponds rien.

Enfin bon, j'ai eu beau essayer, j'ai pas réussi à le torcher, le Mathias. Au bout de deux pintes, il s'est arrêté de lui-même alors que l'autre gardoche aviné s'est roulé sous la table tout seul tellement il a sifflé de mauvaise bière.

Par contre, Jan a levé une lapine. Il a l'air d'avoir le froc en feu, lui. Dès que ça frétille sous son nez, il suit le piquet de tente où que ça le mène. Il a même failli se taper la Gretel, une radasse dont tout le monde sait qu'elle a l'intérieur plus sale et infesté qu'une bouche d'égoût. Enfin, je l'ai prévenu, il a changé de cible quand même. Non mais pourquoi j'ai fait ça?

Enfin bref, Mathias a ramené le gardoche torché chez lui, on s'est couché et on s'est pointé le lendemain matin comme convenu. Chuis venu en avance pour essayer de voir si Gemackt nous préparait pas un coup de pute, mais y avait juste un gros au pif aviné qui attendait là. Quand tout le monde est arrivé, Gemackt nous l'a présenté comme Berg, du quartier du Centre, et qu'il allait nous faire notre dernière épreuve d'initiation sur les trois prochaines journées. En route vers le poste, Berg nous a expliqué qu'il avait trois jeunes racailles sous les verrous qui allaient devoir faire des travaux d'intérêt public: y en a un qu'a pété des étagères dans une épicerie en volant une pomme (surement un Loritain), un qui a chié devant la porte d'un bourgeois et qui s'est fait choper, et un qui sabotait un pont près de la Purge. Ca ça nous a paru bizarre, mais avant qu'on puisse demander autre chose, on était arrivé.

J'avais raison, le voleur de pommes c'était un Loritain. Le saboteur de pont aussi d'ailleurs. Mathias a dit un truc en Loritain au grand môme, celui du pont, et l'autre lui a répondu. J'ai demandé au petit ce que Mathias avait dit, et il m'a dit qu'il avait dit "vous avez de belles poules". Il a pas voulu me dire ce que l'autre avait répondu.

Bon, on a foutu la frousse aux gamins, on leur a mis quelques targes pour qu'ils filent droit, mais Berg nous a dit qu'il fallait pas trop les amocher, parce que ce qui était important c'était de les marquer psychologiquement.

Je vous dis pas la tête de Jan quand Berg a dit "psychologiquement". On aurait dit qu'il avait parlé Loritain, le vieux garde tiens...

Bon bref, on est parti fissa vers l'épicerie saccagée par le petit loritain voleur de pommes. ‘Ced’ il s'appelait le môme. Ah oui, et le chieur public c'était Raemster et le grand loritain du pont Armand.

La patronne de l'épicerie c'était Annabelle. C'est peu de le dire qu'il y avait plus de viande sur ses os que sur l'étal du boucher d'à côté. Elle a montré l'étagère à reconstruire, et franchement, j'avais du mal à croire que ce petit gringalet de Ced avait pu faire tout ça comme dégâts. Ils ont commencé à bosser sous la supervision de Mathias pendant que Jan surveillait la porte et que je me faisais chier. Et moi, quand je me fais chier...
Quand Annabelle est venue nous porter des bières (sympa, la grosse...) je lui ai glissé qu'elle avait tapé dans l'oeil à Jan, qu'il aimait bien les femmes à forte... personnalité. Ni une ni deux, elle est allée le choper par le colbac et l'a emmené dans sa thurne au dessus. Ca a couiné pendant vingt minutes, et puis ils sont redescendus. Jan avait un grand sourire sur la gueule; elle devait pas être mauvaise, la bougresse.

Mais c'est évidemment à ce moment là qu'Armand a décidé de se faire la malle, avec l'autre qu'était perdu dans ses rêveries post-coïtales...

***
Jan (racontant l'histoire à son pote Byrn):
Non, mais je te dis Byrn, c'est pas de la tarte le boulot de gardoche. Faut avoir la tête et les jambes quoi ! Un moment, y'a une de ces petites crevures de loritains qui se carapate à toute berzingue. Bah, tu vois Matthias, il a rien trouvé de mieux que de jeter sa chope de bière en l'air. Et après, on me dit que je comprends rien, faut dire que les autres font n'importe quoi. Moi, j'étais en éveil, en attente, comme un fauve quoi. Le petit est drôlement dégourdi, et pars comme une flèche dans la rue des cordonniers. Mais moi, comme je suis un futé, je prends un raccourci. Tu te souviens du coin à pisse derrière la Gerbe Rouge ? Tu sais, là où on s'était battu avec le gros Vander ? Ouais, bah je passe par là, je passe juste devant lui et je déstronche d'un bon coup d'épaule le petit connard. Bon, y'avait Matthias derrière qui se l'est pris et il s'est éclaté contre le mur. Genre sa première blessure de guerre, il se l'est pris par un mioche loritain quoi... Dans le genre glorieux...

Bon, bah après il a arrêté sur le moment genre "Les loritains c'est des gens comme nous", et on a mis la pression budgétaire au petit. Ouais, c'est du jargon technique, c'est comme psychologique. Bah en gros, ça veut dire qu'on lui a mis cher. Non, mais je te dit, pour être gardoche, c'est pas si facile que ça, plein de trucs à savoir !

Bon, après on a fini de relaver la façade, ouais parce que la Annabelle voulait qu'on relave sa façade, genre elle serait sale ou un truc du genre. C'est plutôt elle qui devrait se relaver avec ce que je lui ai mis !
Enfin bon, fin de journée peinarde.

On commence le lendemain après-midi, ouais je te dis, tranquille la journée de gardoche, tu devrais t'engager aussi ! Ce serait marrant d'avoir un pote, enfin un mec qui me comprend quoi.

Ouais donc, je reprends, le programme du jour c’est qu’on va aller réparer la grosse commission de l'autre là, tu sais celui qui a chié devant la porte d'un commerçant. Ouais, et pendant la nuit, le loritain avait été bien abimé, genre plus qu'après notre passage. On m'a dit qu'il était tombé, mais moi je vois bien qu'il s'est fait tabassé, on me l'a fait pas à moi !

Au magasin du vieux là, il voulait qu'on répare son escalier. Donc j'organise le bastringue, et avec les loritains, qui sont fort pour tout ces trucs de construction là, ça va vite et ça marche bien. Bon, ça reste des loritains, donc y'a quand même un de ces débiles qui va finir par se blesser tout seul...

***
Mathias :
Fatigué, j'étais... faudrait peut-être que j'arrête de boire tous les soirs. En même temps, l'autre gardoche était convaincu que je l'avais battu au jeu de boisson, tellement mis qu'il était... Une réputation, ça s'entretient, même si faut que je fasse gaffe à ma bourse.

'Fin bref, du coup on a laissé Jan superviser l'escalier, en se demandant à voix basse (mais pour qu'il entende quand même) s'il était foutu de construire un escalier. "Tu crois qu'il sait qu'il faut commencer par les marches impaires ?" que je sors à Wolfgang, pour se marrer. Il est sympa ce type, au fond. Du coup je lui ai parlé de ma conversation de la veille avec Armand le loritain : le petit avait l'air terrorisé à l'idée d'aller réparer le pont dans le quartier de la Purge, alors du coup je suis allé demander à Ced ce qu'il se passait. Ils sont vraiment sympas ces petits loritains, dès qu'ils ont compris qu'à tes yeux ce sont des êtres humains, ils s'ouvrent comme des fleurs.

En tout cas, apparemment Armand faisait partie d'une bande, la bande à Brender, il a volé des bijoux et il a peur de retourner sur les lieux du crime... Enfin j'ai pas tout pigé, il semble que Berg soit dans le coup. Avec Wolfgang, on a conclu qu'il allait falloir offrir quelques chopes à Berg pour qu'il se mette à table... (je sais pas pourquoi mais j'avais une idée de qui allait payer...)

De toute façon on s'est arrêtés de parler à ce moment-là parce qu'il y a eu un vacarme pas possible. J'en ai laissé tomber l'assiette de pâtes que nous avait préparé le vieux marchand (délicieuses, d'ailleurs). Jan était tout énervé, et il nous a dit que le petit Ced s'était cassé la gueule, et le bras du coup. Quel couillon... Jan, je veux dire. Je suis sûr qu'il lui a mis une rouste pour une raison à la con, genre l'autre a dit un mot de trois syllabes. J'ai commencé à m'engueuler avec Jan, mais Wolfgang m'a très justement fait remarquer que devant les gamins, c'était pas terrible... J'ai lâché l'affaire, du coup, mais il ne perd rien pour attendre. D'ailleurs du coup on l'a pas mis au courant des emmerdes d'Armand, et on l'a pas invité à boire, tac.

Berg en avait pas grand chose à foutre que Ced ait le bras cassé. Dès qu'on lui a parlé de chopines, comme quoi on voulait l'inviter pour le remercier de nous avoir tant appris, il en avait pas grand chose à foutre de grand chose... Et une fois qu'il avait bien bu, il nous a tout dit. Là encore, j'ai réussi à me démerder pour tenir l'alcool, ce qui me fait penser qu'être gardoche relève carrément votre tolérance à la boisson...

Bref, apparemment le plan de Berg c'était de pousser Brender à venir sur le pont, demain, histoire de le choper et se faire briller aux yeux du prévôt. En attendant il avait "confisqué" les bijoux, enfin ça sentait le pourri cette histoire... On est tombé d'accord avec Wolfgang : il fallait à la fois protéger Armand, et s'occuper de Brender. Déjà, s'assurer qu'il sera là... Wolfgang m'a dit qu'il allait causer à Jonas, un mec louche, pour faire passer le mot que la bande à Brender serait attaquable demain. Comme ça on était sûrs d'avoir du renfort au cas où.

De mon côté, j'ai pas eu le choix : après la taverne, l'a fallu aller voir papa/maman. Je leur ai joué larmoyante, en leur faisant comprendre qu'Armand c'était une petite frappe attachante, que j'avais beau être gardoche, je le protégerai comme n'importe qui... Ça a porté ses fruits, et Colwin a promis qu'il contacterait Brender, pour lui dire qu'Armand et les bijoux seraient sur le pont demain. Après j'ai filé avant que maman ne déconne trop sur l'air de prend garde à toi. Ah, ça, y a des choses qui changent pas...

Sur ce je suis allé me coucher. Fallait se lever tôt demain, surtout que je voulais toucher un mot à Marko, le gardoche que j'ai battu à la boisson. Probable qu'il accepterait de nous filer un coup de main, lui aussi.

***
Wolfgang :
C'est dingue! Mathias arrête pas de répéter que c'est lui qui a fait rouler le vieux Marko sous la table dans leur concours de chopines l'autre soir, alors qu'il s'est couché au bout de deux pauvres bières. Seulement l'autre était tellement torché que le lendemain il ne se souvenait plus de rien et Mathias lui a dit que c'est lui qui l'avait emporté. Le pire c'est qu'il a l'impression d'y croire lui-même.

Enfin bon, une fois que j'ai eu compris les magouilles de Berg (qui n'est franchement pas futé, c'est le moins qu'on puisse dire) j'ai senti qu'il y avait moyen de faire quelque chose. On a enfin pigé la fameuse histoire du "pont saboté". En fait, Armand connaissait une cache dans une pierre creuse d'un pilier, et c'est là qu'il avait mis les bijoux. Du coup l'histoire du sabotage, c'était juste pour le faire revenir sur les "lieux du crime", et a priori ce pochtron n'avait pas d'autre but que de le cuisiner jusqu'à ce qu'il lui crache la planque de son chef Brender. Ça a pas été trop dur de le convaincre qu'on y arriverait pas, d'autant plus que Mathias ne ratant pas une occase pour faire des mamours aux Loritains (je sais pas ce qu'il a avec ces métèques, lui. Il a du têter au sein d'une nourrice Loritaine ou un truc du genre...) il est pas question de tabasser Armand pour lui faire cracher la pastille.

Bref, voilà le plan que j'ai exposé à Berg et Mathias: on fait passer le message à Brender que Armand sera au pied du pont avec les bijoux, et que s'il veut les récupérer c'est le moment ou jamais. Mathias s'en occupe, apparemment il a des vieux un peu louches qui sont à la colle avec Brender. Le truc c'est que Brender viendra pas seul, et à quatre gardes et deux mômes, on va pas faire le poids. Du coup, je suis allé voir mon pote Jonas, qui fait comme s'il était pas de la bande à Sturm, mais en fait on le sait tous, et je lui ai fait comprendre que Brender et ses hommes allaient être à découvert sur le pont au début de l'après-midi, une excellente opportunité pour un truand de bas-étage de monter en grade en récupérant un territoire prisé. Mathias va aussi en parler à Marko, mais je doute que cet aviné de première se pointe. Et quand bien même, qu'il sache manier la lance...

Ce matin on a quand même expliqué les choses à Jan avec des mots d'une syllabe et il a proposé d'appeler en renfort un pote à lui, un ancien chevalier. Les choses se mettent en place, et si je joue bien mes cartes, il est pas impossible que j'hérite d'un sac de bijoux d'ici ce soir...

***
Jan (racontant l'histoire à son pote Byrn):
C'était la guerre. La vraie. D'un coup, j'étais de retour sur le champ, prêt à foncer dans le tas. Car tu vois, c'est ça être un garde, tu es un guerrier urbain, un tueur justicier, ton seul but est de tuer tous ces malfrats qui t'en veulent ainsi qu'a Wastburg. Wolfgang et Mathias m'avaient bien expliqué le plan. Un truc pas mal. On les attire pour tous les écraser d'un coup. C'est pas un truc compliqué qui sert à rien, car si y'a un truc que je sais avec mes années de piétaille, c'est que les plans compliqués, ça sert à rien, y'a des mecs qui sont moins malins que nous deux tu vois, bah ils comprennent pas les plans compliqués. Avec un truc simple, tu sais où tu vas, et t'as pas besoin de réfléchir, juste d'agir et de sortir la boite à baffes.

Donc j'ai graissé mon armure, aiguisé le fer de ma lance, la lame de ma dague. J'ai mis mes bottes cloutées, j'étais prêt. La violence de la garde allait se déchainer sur eux, et ils ne le savaient même pas...

Mais j'ai fait une erreur, j'ai pensé à amener Sire Tobias avec moi, genre pour une autre charge épique. Et ça n'a pas été forcément la meilleure idée du siècle...

On a récupéré les gamins, sauf celui qui s'était fait mal. Là, Wolfgang pour faire un jeu disait-il les a fait échanger de fringues. A mon avis, c'est plus pour faire plaisir à Mathias, qu'a l'air trop gentil avec ces jeunes là pour pas vouloir se les taper stu vois ce que je veux dire. Donc là, il a pu bien les mater. C'est quand même bien dégueulasse, mais bon, quand t'es garde, t'es le patron quoi.

Donc on est allé au pont, moi, mes réflexes de soldat entrainé m'ont dit que pour mieux voir, c'était mieux d'être SUR le pont ! Z’y avaient même pas pensé les cons !

Donc je monte, pendant que les autres se branlent un peu la nouille et là je vois un mec prêt à leur lâcher un roc sur la caboche ! Ni une ni deux, je le charge le mec et je lui un monstrueux coup d'écu dans la gueule, et il a même pas le temps de balancer son truc ! Trois coups de bottes cloutées dans la gueule plus tard, il bouge plus le gars, et il mangera de la purée pendant longtemps !

Mais là, je vois que y'en a plein qui arrive vers nous, au moins 15 ! Et derrière, y'a leur chef, un mec monstrueux ! Donc, ni une ni deux, je charge en même temps que Wolfgang, Berg, Sire Tobias ! Bon, bien sûr qui reste derrière ? Ouais, je te le fais pas dire...

Donc là j'arrive, j'embroche le premier, et bam, j'en défonce trois, je passe le rideau et me trouve devant le chef ! Me prépare à le servir à la waelmienne, mais c'est là que ça a un peu merdé...

***
Mathias :
C'était l'horreur. Moi je m'étais engagé dans la Garde pour la justice, l'honnêteté, la droiture... quand j'y repense... quel naïf...

Comment raconter ce déchainement soudain, de tous les côtés ? Il me faudrait l'esprit des plus grands poètes waelmiens, la langue chantante des loritains... Mais ce serait faire honneur à toute cette violence.

Ah ça, pour la violence, Jan et Wolfgang s'y connaissent... Alors il a bien fallu que je reste derrière, pour protéger les deux jeunes, qui tremblaient de tous leurs membres. Et heureusement que j'étais là, car lorsque le pont s'est écroulé, j'ai pu les pousser à l'abri... J'ai compris plus tard que c'était l'ami de Jan, Sire Tobias, qui s'y était encastré. Heureusement, pas de mal de notre côté... que je croyais encore, à ce moment-là.

Il faut dire que je n'ai pas eu bien le temps de réfléchir ou de reprendre mes esprits, car en me relevant j'ai vu ! Oui, j'ai vu ! J'ai vu Wolfgang qui, dans la mêlée, plantait sa dague dans le flanc de Berg. Et pas par hasard, hein ! Non, il fallait voir la flamme dans ses yeux... Je m'apprêtais à courir vers lui, quand j'ai vu au loin une demi-douzaine de types approcher ; sans doute la bande à Sturm, les mauvaises fréquentations de Wolfgang... Et Marko qui n'était toujours pas là... Du coup j'ai fait demi-tour, et commencé à rebrousser chemin. Et c'est là que... que je me suis rendu compte que nous n'étions que deux. Armand était mort, écrasé par un rocher...

Du coup, quand Wolfgang et Jan sont revenus (Jan portait sur son dos Tobias, qui avait l'air d'avoir bien morflé), j'ai pas pu me retenir, et j'ai flanqué un pain à Wolfgang. J'étais prêt à aller plus loin, mais il m'a sifflé la vérité entre ses dents : Berg nous avait trahis, il avait vendu la mèche à Brender, et c'est pour ça qu'on s'était pris une telle dérouillée... Évidemment, j'aurais dû m'en douter. Avec un plan aussi bien huilé, notre échec ne pouvait tenir qu'à une trahison.

Tout ça m'a quand même mis le moral bien bas. Du coup, avant de retrouver Germackt pour le debrief, le lendemain, je suis allé vider ma bourse et remplir mon gosier, en essayant de ne pas trop penser à Armand, et à la promesse que j'avais faite à mes parents de le protéger...

***
Wolfgang :
Bon, on peut pas dire que le plan se soit déroulé sans accrocs, mais enfin, il s'est terminé comme je l'avais prévu, et c'était là l'essentiel.

J'aurais volontiers chouravé les bijoux à Berg sans lui trouer la panse, mais l'occasion s'est pas présentée, et pis on fait pas d'omelette sans casser des œufs... Du coup, au cœur de la mêlée alors que le pont s'écroulait (ce pantin de Tobias ayant trébuché du haut du pont et entraîné une partie des étais dans sa chute), j'en ai profité pour glisser ma dague dans le flanc de Berg, qui n'a rien vu venir. Il a pas souffert longtemps, j'avais pris la précaution d'y enduire une petite substance que je garde toujours sur moi. Je pensais que personne ne m'avait vu, et quand j'ai repéré les gars de Sturm qui s'apprêtaient à faire la peau à ce qu'il restait de la bande à Brender, j'ai sonné la retraite. Jan était pas chaud, mais quand je lui ai dit qu'il devait sauver son ami Chevalier il a pas trop hésité. Je me suis quand même pris un parpaing du pont sur le coin de l'épaule en me barrant, j'ai encore le bras tout bleu. Mais bon, plus de peur que de mal.

Seulement Mathias m'avait vu, et il a fallu la jouer finaude. Il m'a collé un pain, il s'est mis à hurler que j'avais buté Berg, et à ce moment-là j'ai bien cru que tout allait foirer et que je finirais pendu à la plus haute poterne de la Purge. Mais je réfléchis vite, et j'ai compté sur sa naïveté. "Tu n'avais pas vu que Berg était de mèche avec Brender?" j'y ai dit? "Tu veux crier sur tous les toits qu'il y avait un traître dans la Garde qui frayait avec les crapules?"

Et ça a marché. Ce couillon m'a cru. Du coup, il m'a relevé, il s'est excusé et on est rentrés dans nos pénates. J'ai planqué les bijoux. Bon, c'était pas le casse du siècle, leur truc, mais enfin c'est toujours bon de se mettre un petit pécule de côté. Finalement, c'est bien la Garde comme poste. On voit du pays, on peut librement s'exercer à casser la gueule aux malfrats, et si on est pas trop con on peut même s'assurer quelques revenus discrets. J'ai trouvé ma vocation.

Le lendemain on est retourné voir ce lourdaud de Gemackt qui nous a demandé avec sa grosse voix de faux dur "C'est qui les bleu-bites? C'est qui les bleu-bites?"

Evidemment, Mathias a répondu "C'est nous Chef!" avant de se faire engueuler: comme on avait passé l'épreuve, on était enfin devenu des gardoches pour de bon.

Je reconnais que j'en tire une petite fierté...

4 commentaires:

  1. Héhé, merci pour le CR

    RépondreSupprimer
  2. Gromovar et Jean-Michel, merci!

    Loïc, vraiment à tester.

    J'en suis même à me demander si ce serait pas la solution pour ressortir mes vieux supplément de Planescape ;-)

    RépondreSupprimer