17/02/2014

Le Photographe de Guibert et Lefèvre


Pas facile de chroniquer un tel chef d'oeuvre de la bande dessinée. Je veux vous en faire partager tout le sel, vous donner envie de le lire, mais en même temps je ne veux pas trop raconter de ce qu'il contient parce que le cheminement, suivre à travers l'Afghanistan de 1986 ce personnage atypique du Photographe, fait partie de ce qui rend cette lecture si exceptionnelle.

Le Photographe, c'est Didier Lefèvre, un photoreporter encore vert (à cette époque) qui a des liens forts avec Médecins Sans Frontières. Il est engagé par l'organisation humanitaire pour accompagner et documenter photographiquement le travail d'une mission chargée d'entrer clandestinement en Afghanistan en guerre (les Russes contre les 'rebelles' Afghans) et d'y établir un hôpital de campagne pour les villageois Afghans.

Ce qui rend Le Photographe exceptionnel, c'est d'abord sa forme: les photos de Didier Lefèvre ramenées de la mission, celles dont on parle, dont il parle dans le récit, sont intercalées, intégrées de façon très fluide dans la BD. Ce sont souvent des planches contacts qui détaillent une action ou un évènement, ce sont parfois des reproductions plus larges. Ce sont toujours des photos exceptionnelles, mais surtout ce ne sont jamais des images inutiles. Elles renforcent le récit et l'ancrent dans la réalité.

Cette réalité, parlons-en. C'est l'Afghanistan en guerre, vous vous doutez qu'on y voit pas que des jolies choses même si la majesté et la rudesses des paysages constitue une sorte de toile de fond au drame(s) humain(s) qui s'y jouent. La guerre, on la voit finalement assez peu, on ne voit que ses conséquences: les blessés, les convois d'armes clandestins, la 'vie qui continue' malgré les hélicos soviétiques et les obus.

Ce récit est fascinant à plus d'un titre. D'abord, si jamais ce n'était pas clair dans ce que je viens de dire, ce sont les souvenirs de Didier Lefèvre racontés à Emmanuel Guibert et mis en image(s) par celui-ci. On est dans le réel le plus poignant, le plus mordant. Ensuite, c'est une aventure humaine incroyable pour un petit gars qui débute dans le métier et parcourt des centaines de kilomètres à pied dans les montagnes Afghanes, dans des conditions plus que rudimentaires, manquant à plusieurs reprises d'y laisser sa peau. Enfin, c'est une réflexion à la fois sur la guerre et sur la manière de témoigner de la guerre.

Ce qui me touche le plus je crois dans ce livre c'est que c'est un hommage formidable aux photojournalistes, peut-être les derniers héros des temps modernes pour moi, des gens qui prennent des risques insensés en étant payés (pour la plupart d'entre eux) des cacahuètes, voire pas payés du tout. Et pourquoi? Pour témoigner d'une réalité que les conditions ou les forces politiques locales cachent au monde.

Le Photographe réussit le tour de force d'être à la fois beau, touchant, vrai et signifiant. Il n'y a pas besoin de s'intéresser à la photo, à l'Afghanistan ou à la guerre pour l'apprécier, il suffit juste d'apprécier les récits d'aventures humaines, simples et puissants à la fois. Il n'y a même pas besoin d'aimer la bande dessinée tellement ce bouquin est une évidence.

Une lecture indispensable pour tous.

4 commentaires:

  1. Ça fait plusieurs fois que je tourne autour de cette BD (qui est sou plastique, je ne peux pas la feuilleter) sans savoir si je dois craquer ou pas.
    Tu viens de répondre à mon hésitation.

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  2. Ca me rappelle un documentaire sur des journalistes dans l’Afghanistan des années 80, qui racontaient leur amour de ce pays...

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  3. Elle est dans mon top 3 de mes BD préférées.

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  4. Cédric, je ne pense pas que tu sois déçu, mais j'aimerais beaucoup avoir ton avis quand tu l'auras lu.

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