05/06/2014

La Longue Terre de Terry Pratchett et Stephen Baxter



J'ai une relation ambigüe avec Pratchett. Son humour m'a certes fait rire étant ado, mais il m'a vite lassé et à l'exception de Good Omens (une collaboration avec Neil Gaiman), aucun de ses romans n'est inoubliable pour moi. Comme La Longue Terre (The Long Earth en VO) est également une collaboration, et comme je me suis retrouvé à l'aéroport à San Francisco sans rien à lire, j'ai franchi le pas.

A vrai dire, il est difficile au premier abord de sentir l'apport de Pratchett. Il y a certes quelques loufoqueries un peu périphériques au récit qui semblent résulter de son sens de l'humour particulier, mais rien qui ne fasse franchement rire, et c'est probablement tant mieux. Au final, je pense que sa patte se fait surtout sentir dans la tonalité du récit, qui est beaucoup moins dramatique qu'elle n'aurait pu l'être.

Le point de départ de La Longue Terre est passionnant: un homme publie sur internet un schéma technique d'un gadget tout simple, le stepper (passeur en VF) qui permet de se translater dans une terre parallèle. Comme sa fabrication ne nécessite pas de connaissances techniques particulières et comme il est alimenté par une pomme de terre (comme tant d'expériences du 'petit électricien'), n'importe qui peut s'en fabriquer un. Et on découvre bien vite qu'il y a une infinité de terres parallèles à explorer. Les conséquences de l'émergence des passeurs sont immédiates et dramatiques: la plupart des pauvres et des désenchantés quittent tout simplement notre terre, plongeant certaines économies dans le chaos.

Une particularité du passage rend les choses compliquées pour les voyageurs de la Longue Terre: tout ce qui est ferreux ne passe pas, et seuls les êtres pensants (et ce qu'ils portent sur eux) peuvent passer. Le personnage central du roman, est un passeur un peu particulier, Joshua, jeune homme très à l'aise dans la Longue Terre (le nom générique de la succession de terres parallèles) qui se retrouve embrigadé dans une expédition aux confins de celle-ci avec une AI arrogante.

A travers les yeux de Joshua, on explore plusieurs notions vraiment intéressantes que soulèvent ces terres parallèles: Que signifie le passage brutal d'une société à ressources contraintes à une société à ressources potentiellement infinies ? Où commence et où se termine l'autorité légitime des Etats lorsque leurs doubles sont à portée de passeur (et vierges de toute occupation humaine ?) Comment des accidents génétiques, géographiques ou cosmiques ont influencé l'évolution des différentes Terres ? Et surtout, la principale: pourquoi l'homme n'est il apparu que sur une seule d'entre elles ?

J'ai pris beaucoup de plaisir à lire ce bouquin. Au final, c'est une sorte de road-movie inter-terrien. Il ne s'y passe pas énormément de choses, mais on est amené à explorer la Longue Terre avec les héros du roman et à se poser beaucoup des questions qu'ils se posent (et que la Longue Terre pose). Le style n'est pas particulièrement marquant, et la légèreté du ton entre parfois en conflit avec la dramaturgie des événements, mais c'est à la fois original et prenant.

Une second tome, La Longue Guerre, est disponible, et un troisième, La Longue Mars, sort la semaine prochaine en Anglais. Je vais continuer la série avec plaisir en espérant que le scénario se densifie un peu.

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