07/07/2014

Anno Dracula


1888, Londres. Dracula ne s'est pas fait avoir par Van Helsing et sa clique. Pire, il a séduit la reine d'Angleterre et l'a transformé en vampire. Il règne désormais en prince consort et despotique sur un empire anglais où les vampires n'ont plus à se cacher. Les nobles succombent un à un à la séduction du sang, et les rues pullulent de prostituées vampiriques prêtes à tout pour gagner quelques pièces. Car l'immortalité théorique ne change pas tant leur vie que ça. Le sang de la lignée de Dracula est aussi pourri que l'eau des égouts de Londres. Et dans les rues de Whitechapel, un type découpe ces vampirettes sans le sou avec son scalpel d'argent. Ce n'est pas un mystère pour le lecteur : il connait rapidement l'identité du tueur. Vont lui courir après pas mal de gens, mais surtout deux personnages : Charles Beauregard, un espion de sa majesté tout ce qu'il y a de plus mortel, et Geneviève Dieudonné, une Ancienne d'une lignée bien plus pure que Dracula, avec un score d'Humanité à 9 (à vue de nez). Ils vont mener l'enquête, et patatras, le bel espion va faire craquer la vampire française. Il va y avoir de l'action, un vampire chinois qui bondit, des gardes vampires des Carpathes, la moustache de Lestrade, un camp de concentration... C'est un vrai roman pulp.

Ce qui est intéressant, c'est que Kim Newman recycle tous les vampires qu'il a croisé en bouquin ou au cinéma. Chaque chapitre fait référence à une oeuvre qu'il s'amuse à phagocyter pour l'intégrer à sa sauce basée essentiellement sur Bram Stoker. Tout le bottin londonien de l'époque (y compris celui de l'imaginaire) est convoqué dans ce bouquin : Mycroft, le docteur Moreau, son confrère Jekyll, Reinfield... Tout est en dans tout. C'est un véritable kaléidoscope vampirique. Évidemment, la moitié des références et des clins d’œil m'ont échappé, mais l'auteur a la délicatesse d'expliquer en détails ses emprunts à la fin du livre. Il est très honnête avec sa tambouille et n'hésite pas à reconnaître que Geneviève Dieudonné est carrément inspiré d'une série de livres vampiriques basés sur l'univers de Warhammer. C'est vous dire s'il mange à des gamelles littéraires très différentes les unes des autres.

Ça donne une relecture du mythe central de Dracula qui est intéressante. L'équipe de PJ rassemblée par Van Helsing a merdé, il faut vivre avec les conséquences de cet échec calamiteux. C'est un bon what if qui permet de revisiter cette oeuvre et ses nombreux succédanés en s'amusant avec une réécriture qui propose un jeu d'identification des personnages au lecteur. Alors oui, c'est tartiné un peu épais par moment, le coup de la vieille vampire plus puissante que Dracula qui tient un gentil dispensaire pour les pauvrettes et qui n'a jamais enfanté de vampires mais qui va craquer pour le bel espion de sa Majesté, c'est un peu cucul la praline. Mais ça marche. Et surtout, ça fait un super décor de jeu de rôles prêt à l'emploi qui dépaysera agréablement des joueurs un peu blasés par cette période emblématique du gaslight. La prémisse est simple à expliquer mais les conséquences narratives de cette uchronie littéraire sont très intéressantes.

Ce n'est visiblement que le premier bouquin d'une série de quatre. Je ne dis pas que je suis impatient de lire la suite, mais si elle débarque au format poche, c'est certain que ça sera une autre agréable lecture de hamac pour le prochain été.

2 commentaires:

  1. Très agréable roman. Le deux est un poil en-dessous.

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  2. J'aimais déjà bien ses bouquins pour Warhammer il y a vingt ans ( il signait Jack Yeovil à l'époque, si je me souviens bien). Et j'ai aussi un bon souvenir du reste de la série Dracula. Flou, mais positif.

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