14/10/2014

Revoir Rome


Vous savez ce que c'est dans le milieu de l'édition : c'est copinage et compagnie. Aussi vous ne serez pas surpris que je fasse ici de la réclame pour une longue nouvelle de Tristan Lhomme qui s'intitule Revoir Rome.

C'est un texte écrit "d'après la couverture de Jean-Michel Nicolet". C'est donc dire si l'illustration est représentative de cette histoire. Et qu'y voit-on ? Des légionnaires romains fuyant des monstres tentaculaires dans des ruines neigeuses. Et bien c'est exactement ça : une légion perdue et affamée qui essaye de rejoindre l'Inde après avoir perdu une bataille contre des Parthes. Et cette errance les fait passer par un coin de pays étrange, un plateau isolé et mystérieux. Laminés, nos légionnaires vont suivre les ordres inconséquents des nobles qui leur servent d'officiers et ajouter l'horreur à la famine, au froid et à la fatigue. Et là, vous le voyez venir : perte de SAN.

Alors, évidemment, en 42 pages, les personnages centraux n'ont pas tous du relief. En même temps, ce ne sont pas des héros, ce sont des légionnaires lambda, obligés de réagir face à l'indicible. Quelque part, ils sont interchangeables, ce sont avant tout des victimes. On aimerait en apprendre plus sur leur vie avant qu'ils ne s'engagent, sur leur expérience de guerre, sur ce qui fait qu'ils sont frères d'armes. Et j'ai trouvé ça très frustrant, ce format court. J'avais envie d'avoir des flashbacks sur la bataille contre les Parthes, qu'on me dise comment untel a obtenu ses galons ou bien pourquoi le prêtre est si cynique. C'est un récit sur l'usure et l'attrition, et forcément, dans une nouvelle, on ne peut pas retrouver ce sentiment d'implacabilité qui devrait se mettre en place à travers une lecture au long cours. Tristan est obligé d'expédier des scènes pour faire avancer son intrigue et la faire tenir dans ce condensé de pages, et j'aurais voulu ralentir la narration.

Tristan ne pastiche pas Lovecraft. C'est évident que le Mythe est présent, mais Lhomme ne se contente pas de prendre la recette de HPL en lui donnant un habillage romain histoire d'étonner le lecteur.

Bref, c'est un excellent amuse-bouche qui confirme ce qu'on savait déjà : il faut donner de l'espace à Tristan pour qu'il développe son écriture à son aise. Ce n'est pas une révélation, ça fait des années qu'on le dit. Cet ouvrage est comme un court-métrage destiné à se faire la main avant de passer à la réalisation d'un vrai grand film, j'en suis persuadé.

C'est 7,50 euros sur le site du Carnoplaste ou sur Amazon.

5 commentaires:

  1. C'est un scénario pour Sombre en fait ! ^^

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    1. Pas mal vu, je suis sûr que Johan pourrait se servir de la trame pour massacrer quelques dizaines de joueurs innocents.

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  2. n'y a t'il pas un rêve de Lovecraft où il raconte l'histoire d'une légion romaine perdue chez les pictes ? Histoire reprise et modifiée dans les Chroniques du Labyrinthe Noir de Werewolf, non ?
    Mais je confonds peut être.

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  3. Le "rêve romain" de Lovecraft se déroule au pays Basque et ne concerne pas que des légionnaires - colons et adminstrateurs y passent aussi. J'ai été moins gourmand :)

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  4. Les fascicules du Carnoplaste font entre 150.000 et 180.000 signes. Avec un tel volume, on n'est plus dans la nouvelle mais dans la novella, voire le court roman. En poche, ils font 150 pages, pour donner une idée sur un format plus connu.

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