10/07/2015

Laws of the Night


Vous le savez peut-être, et si vous ne le savez pas, je vais vous le dire, ça vous évitera de l'ignorer, mais j'aime l'univers de Vampire : la Mascarade. Pas au point de collectionner tout les suppléments de toutes les éditions et de m'inscrire sur des forums spécialisés, mais assez pour dire sans ambages (d'ailleurs, quelqu'un a-t-il déjà employé le mot "ambages" sans le "sans" que l'on met devant ? Personne n'utilise la forme "Je vous le dis avec ambages") que c'est un des mes univers contemporains préférés. Après tout, je vous ai déjà parlé de Kindred: the Embraced.

Il y a peu, à l'occasion des 20 ans du jeu, une nouvelle édition (surnommés V20) a vu le jour. Elle fait plus de 500 pages. Elle est très bien, cette édition. Très étouffe-chrétien, mais très bien. Trop complète, mais très bien. Trop fidèle à l'édition originale, mais très bien. Elle ne prend pas vraiment en compte l'évolution du JdR de ces derniers 20 ans, mais elle est très bien.

Le truc, c'est que c'est toujours la même chose, avec Vampire : on te parle de la lutte contre la Bête intérieure, de la rage d'une jeune génération qui veut renverser les conventions établies, de l'addiction, de la langueur inhérente aux âmes immortelles... Et le tout est motorisé avec un système de jeu lourdingue où tu passes plus de temps à jeter des d10 qu'à explorer les thématiques du jeu.

Or j'ai envie de faire découvrir cet univers à ma table de jeu, mais je n'ai pas envie de jeter 8d10 pour déterminer l'initiative ou 7d10 pour savoir si j'arrive à encraouder un simple passant. Je rêve de légerté, d'une mécanique discrète qui me permette de ne pas briser l'immersion quand j'essaye de construire une vraie ambiance gothique-punk à la table. Longtemps, je me suis couché de bonne heure pour lire dans mon lit des livres de JdR sur ma tablette afin de trouver une mécanique proposant un moteur qui me convienne. Pas un Undying (qui est très prometteur, mais qui propose une autre ambiance vampirique que Vampire), juste une version simplifiée de la V20 (non, je n'aime pas Requiem, cherchez pas).

Et je l'ignorais, mais elle existe depuis des lustres, cette mécanique. C'est tout simplement celle qui est au centre du Mind's Eye Theatre, la version GN de Vampire. C'est tout simple : un personnage est composé d'adjectifs, divisés entre 3 catégories : Physique/Mental/Social. Le joueur sélectionne 7 adjectifs dans la catégories où il veut briller, 5 dans la suivante et seulement 3 dans la dernière). Des adjectifs simples : Rapide, Têtu, Dragueur, Costaud, Vigilant, Manipulateur... Quand un joueur s'oppose à un autre personnage ou à une situation problématique, le joueur mise un adjectif et lui et le MJ jouent à pierre-feuille-ciseaux. Si le joueur l'emporte, il réussit et son adjectif n'est pas utilisé. Si c'est le MJ, le joueur rate et il ne peut plus utiliser son adjectif pour le reste de la nuit. S'il y a égalité, on compare le nombre d'adjectifs de la catégorie à une difficulté (si c'est une action contre l'environnement de jeu) ou au nombre d'adjectifs du PNJ. Celui qui en a le plus gagne. Si vous avez une compétence liée à cette action, vous pouvez l'utiliser pour demander qu'on recommence le pierre-feuille-ciseaux. Et pis c'est tout, c'est pas plus compliqué que ça. Il y a bien une ou deux mécaniques supplémentaires pour gérer l'Humanité ou la santé du personnage, mais c'est que dalle comparé à la version jeu de rôles sur table de Vampire.

C'est le système idéal quand on veut mettre la mécanique en arrière du jeu, quand on est plus intéressé par le roleplay que par la simulation. Le joueur mise un adjectif, on fait pierre-feuille-ciseaux et c'est bouclé. On ne passe pas son temps le nez dans le bouquin à se demander si la situation implique un d10 de bonus ou une modification du seuil de difficulté (à moins qu'elle n'exige tout simplement d'avoir une réussite supplémentaire ?), on joue à la tchatche, et quand on ne peut pas résoudre une action par le dialogue, on lance un simple pierre-feuille-ciseaux pour départager les protagonistes. C'est du sans-dé, mais pas sans aléatoire. C'est simple, mais pas simpliste. Ça permet de faire jouer des nouveaux rôlistes sans les effrayer avec des listes à rallonge et des mécaniques compliquées pour pas grand chose.

Et c'est marrant de se dire que, des fois, les meilleures règles (c'est évidemment très relatif, comme jugement) de JdR ne sont pas celles prévues par le JdR lui-même, mais par une de ses variantes. Variante qui, dans le cas de Vampire, est encore plus snobée car considérée comme l'apanage des gothiqueux qui se la jouent. Alors que dans les faits, ils utilisent un système de résolution qui, certes, peut paraître enfantin et déconnecté du thème du jeu, mais qui n'est finalement pas plus étrange que de lancer des brouettes de d10.

6 commentaires:

  1. Dans le fond, j'aime bien Vampire aussi, par contre cette édition anniversaire... comment dire... Elle met encore plus en exergue les écarts entre les thématiques annoncées du jeu et leur mise en pratique, en particulier dans les règles, comme tu le soulignes dans l'article. Le livre de base de la toute première édition de Vampire m'avait fait rêver, cette édition me fait autant planer qu'un bottin téléphonique. Et chacun sait pourtant que de nos jours, ça ne se fait plus vraiment, les bottins...

    Je n'avais jamais pensé à utiliser Mind's Eye pour le jdr sur table. J'ai probablement occulté la version GN de Vampire suite à mes rares expériences sur le domaine, pas franchement convaincantes, pour ne pas dire des mauvais souvenirs (et il y a du y en avoir au moins une avec Cédric, mais chut, n'insistez pas, je ne dirais rien!). Mais l'idée me parle assez bien finalement. Il faudra que je remette la main sur un exemplaire pour me replonger dedans!

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  2. Marrant, je n'avais jamais pensé à faire du Mind's Eye Theatre un système de "sur table". Je ne l'ai jamais vu autrement que par des yeux de GNiste, comme un système lourd et mal foutu pour faire du grandeur-nature, mais au fond, pourquoi ?

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    1. Je voulais dire "pourquoi pas ?", bien sûr

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    2. J'ai l'impression qu'il y a peu de système qui satisfasse les GNistes tant ils sont adeptes (avec raison) de l'immersion. Tout ce qui rompt la magie des costumes, des lieux et de l’interprétation est forcément lourdingue.

      Ceci étant, j'ai joué 2 ans à la Camarilla sans en lire les règles (y compris quand j'étais assistant-conteur).

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    3. Je crois surtout que les GNistes de la Camarilla n'échappent pas à la contradiction qui frappe Vampire sur table.

      D'un côté, des joueurs qui vouent un culte à l'immersion, au "roleplay" (mon dieu que je déteste ce mot) et au jdr comme art théâtrale.

      De l'autre, un environnement terriblement compétitif (moi ça m'a dégoutté, mais bon pourquoi pas hein), le GN Vampire (en tout cas tel que je l'ai joué et vu joué en France avec la Camarilla) donnant pour objectif si ce n'est explicite, en tout ça implicite, de cumuler le plus de pouvoir et d'influence possible. Comme toute compétition, cela ne saurait se passer de règles, quelle qu’en soit la forme.

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  3. Il y a une dichotomie entre les volontés dans Vampire, et une réalisation qui tient plus du grosbillisme qu'autre chose. Entre les PNJ de Chicago by Night 1 et ceux de New York by Night, on est passé de personnages sans trop de puissance en terme de dots à des bourrins absolus. Ca m'a gavé.

    C'est pourquoi je suis beaucoup plus intéressé par la dernière édition de Requiem, d'ailleurs.

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