17/09/2018

Brûle, sorcière, brûle, d’Abraham Merritt (1932)

Épisode 48

Numéro 111 de la collection SF/Fantastique/Aventure (1984)





En deux mots

Une nuit, le Pr Lowell, éminent aliéniste new-yorkais, reçoit la visite de Julian Ricori, un mafieux notoire. Ricori a un patient à lui confier, l’un de ses hommes, qui souffre de troubles étranges. Assez vite, il s’avère qu’il n’est pas le seul. En fait, ces « troubles », qui ressemblent bougrement à une possession démoniaque à l’issue fatale, se propagent comme une épidémie…

Il ne reste plus à Lowell qu’à remonter à sa source de la « maladie », avec l’aide d’un ancien cow-boy nommé McCann, reconverti comme première gâchette chez Ricori. Une fois la sorcière responsable identifiée, reste à l’empêcher de nuire, et vite, parce qu’elle a conscience de l’existence du groupe et qu’elle n’est pas du genre à attendre passivement que l’Inquisition vienne frapper à sa porte.


Pourquoi c’est bien

Merritt était un animal rare : un journaliste qui savait écrire. Ses histoires sont presque toujours agréables à lire, avec ce qu’il faut de psychologie pour qu’on n’ait pas l’impression de se promener dans un comics, et un style suffisamment percutant pour qu’on ne s’ennuie pas.

L’histoire, parfaitement classique, devait déjà être perçue comme telle à l’époque, mais elle a une chose qui manque aujourd’hui : de la fraîcheur. Merritt évolue sur un terrain largement défriché par les auteurs du XIXe siècle, mais il le fait avec verve, et même avec un plaisir visible[1].


Pourquoi c’est lovecraftien

Ça n’a aucune prétention à l’être et ça ne l’est pas, mais c’est du bon fantastique classique avec des éléments de thriller, tel qu’on le pensait dans les années 30. En soi, ça n’est déjà pas si mal.


Pourquoi c’est appeldecthulhien

Alors c’est l’histoire d’un mec, plutôt intello, qui se retrouve dans un attelage improbable avec d’autres types qui ne sont pas de son monde. Ils ne s’aiment pas trop, mais confrontés à des événements bizarres, ils se serrent les coudes. Ils se lancent dans une enquête, mettent au jour une saleté surnaturelle et s’efforcent d’y mettre un terme, de manière plus ou moins pataude. 

Sounds familiar ?

Oui, il me semblait aussi. Si on ajoute que Lowell est un rationaliste à la limite de l’obtus alors que Ricori est un Italien superstitieux qui croit aux strega,et que Lowell a beaucoup de mal à communiquer avec McCann en qui il n’a pas confiance, vous avez le genre de groupe joyeusement dysfonctionnel qui encombre les tables de jeu de L’Appel de Cthulhu depuis un bon tiers de siècle.

À part ça, les romans d’époque en général, et celui-ci en particulier, sont aussi des « fenêtres » utiles sur la manière dont les auteurs de ce temps-là réfléchissaient[2], ou sur le genre de personnages secondaires qu'ils jugeaient utiles d’introduire pour donner de la couleur locale[3].


Bilan

Brûle, sorcière, brûle, est court et enlevé. C’est une lecture agréable en soi, et comme source d’inspiration pour meneur de jeu, il est largement aussi utile que tous les miasmes putrides, indicibles, blasphématoires et non-euclidien de l’homme de Providence.

Mais surtout,Brûle, sorcière, brûle est le premier volet d’un diptyque. Sa suite, Rampe, ombre, rampe, joue dans une catégorie un peu différente. Ce roman beaucoup plus ambitieux méritera un billet, un de ces jours…



Post-scriptum

Si vous n’avez pas envie de vous lancer dans la quête d’un NéO épuisé depuis trente ans, sachez que les Éditions Lefranc ont édité une intégrale Merritt en deux volumes à la fin des années 1990… et surtout que ce roman a été réédité il y a quelques mois aux éditions L’Éveilleur.



[1]Et assez communicatif pour que je reste, bien que les serviteurs de la sorcière, revus mille fois depuis, fassent partie des « trucs » classiques du fantastique qui me laissent complètement froid.
[2]La répartition des rôles est intéressante : les héros sont trois hommes, les adversaires sont deux femmes, et la plus importante des victimes est une infirmière amoureuse de son patron.
[3]L’inévitable témoin qui était tellement ivre que personne ne croit à son histoire, le flic bougon confronté à une hiérarchie obtuse, bref le genre de PNJ qu’il est toujours utile d’avoir sous la main quand on fait jouer.

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