02/01/2019

Flint Town

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Vous connaissez sans doute Flint de nom car c'est non seulement le nom d'un personnage central de la saga DragonLance (Flint Fireforge, aka Flint Forgefeu, l'archétype du nain irascible) mais c'est surtout le nom d'une ville du Michigan qui est entrée avec fracas dans l'actualité dans les dernières années.

Flint, c'était à l'âge d'or la ville possédant le salaire moyen le plus élevé des USA. Les gens s'installaient là avec plaisir pour vivre tous les promesses du rêve américain grâce aux usines de General Motors. Des rues propres, des petites maisons bien alignées, des écoles de quartier... Un vrai décor de cinéma. La population de la ville atteignait alors les 200 000 habitants.

Et puis, dans les années 80, ça a commencé à ne pas bien aller. Michael Moore, originaire de Flint, l'a très bien documenté dans Roger & Me. La ville a été désindustrialisée suite à la crise du pétrole de 1973 et à la lente mais inexorable érosion de la culture de la bagnole. Pour ne pas aider, les politiciens en place ont merdé en beauté, ce qui a accéléré la chute de la ville. Flint, c'est comme Détroit : des quartiers entiers ont été abandonnés. Les écoles de quartier ont fermé. Il n'y a plus de bus. Les baraques vides pourrissent et servent de piqueries à des junkies sans avenir.

Et comme ça ne suffisait pas, s'est ajouté à tout ce merdier la crise de l'eau. Pour faire simple : jusqu'alors, la flotte de la ville venait du lac Huron, mais pour faire des économies, les politiciens ont décidé de brancher le réseau d'eau potable de la ville sur la rivière Flint, sans prendre de mesures pour lutter contre la corrosion de la tuyauterie. Résultat : la population a été empoisonnée au plomb pendant des années. Et plutôt que de résoudre le problème, les responsables ont essayé de faire disparaître les preuves de leur méfait (par exemple en modifiant les résultats des tests de labo afin de minimiser la catastrophe). La ville a failli, le comté a faillé, l'état du Michigan a failli et l'état fédéral a failli. Un scandale. Une honte nationale. Ça fait des décennies que les habitants de Flint se font mentir.

Et donc Flint Town est une série documentaire de Netflix de 8 épisodes de 40 minutes au cours de laquelle on suit des flics de Flint qui gèrent ce capharnaüm. À la grande époque, il y a avait 300 policiers en ville, il n'en reste aujourd'hui qui 98. Quand tout va bien, il y a 9 voitures qui quadrillent la ville de 125 000 habitants. Et oubliez l'image d'Épinal du duo de flics en patrouille : les effectifs sont si réduits que les flics circulent en solo. Et ils gèrent toutes sortes de galère, meurtres, incendies criminels, cambriolages... On est très loin des courses-poursuites endiablées d'un show comme COPS : ici les flics sont débordés. Quand ils se pointent enfin sur les lieux d'un cambriolage, c'est plus de 24h après les faits. Les habitants qui entendent des coups de feu devant chez eux doivent appeler plusieurs fois le 911 pour qu'enfin, après plusieurs heures, une voiture de patrouille se pointe.

La série s'attache donc à suivre des flics à la limite du burn out. Ils font des horaires de chien, sont les plus mal payés du pays et n'ont aucun espoir que la situation s'améliore. Oh, la nouvelle mairesse qui vient de nommer un nouveau chef de police fait bien des grandes promesses, mais la série va vous démontrer qu'à Flint, tout se termine immanquablement par des décisions politiques foireuses. Vous suivrez ces flics qui essayent d'avoir une vie de couple malgré l'incertitude. Ce sergent qui ne regarde plus les informations à la télé car il ne supporte plus l'accumulation des fusillades. Certains votent pour Trump. D'autres sont des noirs coincés entre leur volonté de bien faire et ce racisme systémique. Des fréquentes entrevues avec les policiers concernés leur permettent d'exprimer ce qui les tracasse au quotidien.

Bref, Flint Town propose ni plus ni moins la visite d'une cité du tiers monde américain. Je vous préviens, ça fout les nerfs en pelote. 

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