04/02/2020

The Lighthouse


Des fois, les récits les plus lovecraftiens ne sont pas issus du corpus du Maître de Providence. Dans The Lighthouse, nous suivons, dans les années 1890, deux gardiens de phare qui doivent rester quatre semaines sur leur rocher afin de faire tourner la boutique. Thomas Wake (Willem Dafoe) est un vieux briscard intransigeant qui mène l'endroit à la baguette. Les anglophones ont une expression, pour ça : to run a tight ship. Il mène la vie dure à Thomas Howard (Robert Pattinson), un jeune homme qui ne va l'avoir facile tant les conditions de travail sont harassantes. Isolés pendant un mois, coincés dans cette cohabitation inconfortable, ces deux hommes vont se marcher sur les pieds. Ne vous attendez pas à un incroyable retournement de situation : le film ne parle que de la manière dont ces deux hommes vont progressivement glisser dans la folie de l'enfermement en plein air. C'est comme pour chaque jour qui passe, le MJ demandait un jet de SAN...

Il ne me viendrait pas à l'idée de vous divulgâcher les péripéties de The Lighthouse : c'est avant tout une expérience cinématographique. Les deux acteurs sont inquiétants, le noir et blanc renforce l'étrangeté des lieux, on est rapidement prisonniers du phare tout autant qu'eux. Et quand ça part en sucette, on a l'impression que ce caillou isolé au milieu des flots tumultueux ne dépareillerait au large d'Innsmouth.

Les conditions de tournage ont été éprouvantes, aussi le rendu de l'épuisement physique et moral de ce duo est palpable. Ils dérapent inéluctablement sans qu'on ne sache jamais si tout cela est bien réel ou onirique. Est-ce une métaphore ? Sont-ils au purgatoire ? C'est le genre de film où il revient au spectateur d’interpréter les faits avec sa grille de lecture.

Le tout est inspiré d'un véritable fait divers où un gardien de phare est devenu fou quand son camarade est mort sur une île du même genre. Le réalisateur cite bien évidemment Lovecraft dans ses inspirations. Par moment, on a vraiment l'impression de regarder un vieux film expressionniste allemand tant dans l'éclairage des scènes que dans le cadrage (le film est d'ailleurs dans un format carré inhabituel, ce qui renforce cet effet). Les acteurs jouent avec une intensité théâtrale qui colle parfaitement au propos. Bref, c'est du grand art.

Le réalisateur (Robert Eggers) avait déjà signé The Witch, une géniale histoire de possession et de magie noire dans la Nouvelle Angleterre aux alentours de 1630 qui m'avait vraiment foutu la pétoche. The Lighthouse est plus subtile et fait résonner plein de choses dans mon coeur de fan de l'AdC.

2 commentaires:

  1. J'ai bien aimé ce film bizarre à l'esthétique léchée. Par contre, je trouve que The Witch, le film précédent du réalisateur, qui en gros explore les mêmes thèmes avec les mêmes ficelles, est plus satisfaisant : peut-être un peu moins cryptique, tout en restant très original.

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  2. J'imagine qu'on peut aussi enfoncer une porte ouverte et conseiller le roman La peau froide, dans le genre. Décidément, les phares... :)

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