29/07/2020

Cartel



Bon, Cartel est un JdR propulsé par l'Apocalypse, aussi je vais vous faire l'impasse sur la description de sa mécanique de résolution car c'est toujours la même histoire : 2d6 + une caractéristique. Un résultat de 6 et moins va inciter le MJ à vous donner un coup en dessous de la ceinture, un résultat entre 7 et 9 va généralement vous demander de faire un choix cornélien si vous voulez réussir, et un résultat de 10 et plus offrira une réussite inconditionnelle

Non, on va se concentrer sur le background de Cartel : la guerre contre la drogue. On invoque ainsi l'imaginaire des films comme Sicario ou Traffic, les séries télé façon Narcos ou Breaking Bad. L'idée est de reproduire les histoires façon La Reina del sur. Pour cela, le jeu vous propose 7 archétypes à incarner :
  • El Cocinero (le cuisinier façon Walter White), qui fabrique la drogue ;
  • La Esposa (l'épouse), qui fait tourner la maison du narco ;
  • El Halcon (le faucon), qui est le petit jeune qui cherche à faire ses preuves ;
  • El Narco (le trafiquant), qui est le chef d'orchestre ;
  • La Polizeta (la police), qui est le flic corrompu ;
  • La Rata (la taupe), qui risque sa vie pour renseigner les fédéraux ;
  • La Sicaria (la sicaire), qui fait couler le sang.
On n'est bien évidemment pas là pour monter un groupe de PJ qui collabore en bonne intelligence : l'idée est d'avoir des personnages qui ont de bonnes raisons de se trahir, de s'allier temporairement, de tenter de devenir le Narco à la place du Narco... Les personnages sont bien évidemment créés avec des relations préexistantes pour que le drama vous pète à la gueule dès la première session de jeu.

L'action se déroule à Durango, une ville dont on apprend peu de chose en lisant le livre de base de Cartel. C'est un peu tout le problème de ce jeu par ailleurs très inspirant : il se base sur une culture qui m'est relativement étrangère mais ne m'offre pas pour autant de matériel pour m'aider à m'approprier ce narco-Mexique. Pour imaginer des histoires de trafics de drogue, je vais devoir m'appuyer sur les poncifs du genre (bonjour El Mariachi) mais je vais très vite me retrouver limité par ma méconnaissance de la réalité mexicaine. Alors oui, je ne suis pas demeuré, je vois bien que je peux m'inspirer de Carmella Soprano pour incarner une Esposa, mais concrètement, pour mettre en scène le décor mexicain, je suis désarmé. C'est d'autant plus dommage que le jeu me met (à juste titre) en garde contre les stéréotypes (en me disant qu'il ne faut surtout pas imiter l'accent mexicain, par exemple), mais sans pourtant m'offrir un cours en accéléré pour dépasser les clichés véhiculés par des fictions qui flirtent souvent avec une fascination assez malsaine de ce milieu. Et oui, je sais que les jeux propulsés par l'Apocalypse construisent le décor de jeu collectivement, en posant des questions aux joueurs. Je trouve que ça marche bien avec des villes imaginaires, mais pour les lieux réels, ça le fait moins.

L'autre truc qui m'empêche d'embarquer, c'est que je sais d'avance que cet univers va sans doute répugner mes joueurs. Les narcos, ce sont des gens qui pendent des habitants au parapet d'un pont ou qui fusillent des étudiants par paquet de douze pour contrôler un territoire. Je ne dis pas que c'est inintéressant d'un point de vue narratif, mais accepter d'incarner des ordures pareilles, ça demande beaucoup de lâcher prise moral. Il faut bien évidemment mettre un carte X sur le milieu de la table car on va souvent jouer dans des zones vraiment gerbantes si on respecte les narcofictions. Surtout qu'en plus, les joueurs sont incités à jouer les uns contre les autres de par leurs rôles antagonistes, ce qui n'est pas du goût de tous les rôlistes.

J'ai envie d'aimer Cartel car c'est une chouette mécanique pour faire du narco-drama. Mais sa spécificité mexicaine est également un frein, à mes yeux : je peux imaginer sans problème des histoires mafieuses avec des italiens car je connais cette matière depuis toujours grâce aux films et aux séries. Je n'ai pas peur de caricaturer la culture italo-américaine car j'en suis proche. Sauf que j'ai beaucoup plus de scrupules avec sa contrepartie hispanophone. Bon, le problème vient de moi, hein,  mais je ne me sens pas accompagné par le jeu. Il n'y a même pas une bibliographie proposée. Je sais au fond de moi que ce n'est pas important, que le jeu veut sans doute que je me lance malgré tout, mais je me retrouve coincé. J'apprécie que le livre de base soit parsemé d'expression en espagnol pour faire couleur locale, mais je pense qu'il faut plus que des mots d'argot pour donner les clés du décor de jeu au lecteur.

J'espère que les suppléments débloqués lors de la campagne de financement du jeu sauront un peu mieux m'ouvrir les portes de Cartel, car c'est un cadre de jeu avec beaucoup de potentiel. Reste qu'il faut aimer incarner un salopard de première...

5 commentaires:

  1. Je connais ni ce jeu ni le Mexique et sa culture (ou alors de très loin). Mais je suppose que l'on peut y jouer sans chercher à correspondre à une "réalité" culturelle quelconque — dit autrement — que l'on peut interpréter PJ et PNJ comme des êtres humains ordinaires plutôt que comme des "Mexicain•es".

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    1. Je suis d'accord qu'on est tous les mêmes humains, au fond, mais c'est quand même paradoxale de dire "Viendez jouer à la mexicaine" pour ensuite dire "en fait, y'a pas vraiment de mexicain, on est humain avant tout".

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  2. Amha, le jeu est parfaitement adaptable à tout crime organisé violent. Faut juste limer les numéros de série.

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    1. Je suis bien d'accord, mais ça renforce l'impression que l'hispanicité de Cartel est juste cosmétique, en fait.

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    2. Oui et non. Beaucoup oui parce que globalement le crime organisé qui survit est organisé partout pareil. Un peu non parce que, à vue de nez, le crime organisé mexicain est plus cloisonné et moins vertical que l'européen (italien, irlandais). Dans le sens où si tu adaptes as-is les personnages, "el narco" devient "le parrain" et on parle immédiatement de l'échelon le plus haut ( avec la esposa) et que d'autres sont vraiment tout en bas (cocinero mais surtout halcon). En tout cas sur les européens. Niveau crime organisé asiatique, ça doit marcher. Ah, un autre truc : les narcos sont totalement et parfaitement implémenté aux US et, il me semble, avec la même structure (comme la structure des Bloods/Crips/MS/Hell's)... donc tu peux aussi partir sur ça.

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