Épisode 56
Numéro 196 de la collection Fantastique/SF/Aventure (1987)
Avec ses 150 pages, ce recueil de nouvelles de Robert Howard est plutôt mince, même si la couverture de Nicollet rattrape un peu un contenu léger. Les neuf histoires qui le composent sont classées par ordre de longueur croissante, les six premières étant vraiment courtes et les trois dernières plus substantielles.
• Un rêve est exactement ça, le récit d’un rêve extrait de la correspondance entre Howard et Lovecraft. Il ne fait que deux pages et est, au mieux, anecdotique.
• Images dans le feu tient également en deux pages, n’a ni narrateur ni action, juste la description d’images qui apparaissent dans une belle flambée. François Truchaud, le traducteur-préfacier, tente de s’en tirer en jouant la carte du « poème en prose ». Pas ma came mais bon, deux pages sont vite passées.
• L’ombre de la mort n’est pas beaucoup plus longue, mais au moins, cette courte histoire de prémonition a un début, un milieu et une fin. Elle s’avère donc plus agréable à lire que les deux précédentes, mais ce n’est pas un chef-d’œuvre, juste un honnête produit de série B.
• Le fantôme sur le seuil est une brève histoire de… fantôme, mais oui ! Elle se passe en Irlande, effleure des thèmes howardiens, mais elle n’a rien de mémorable. Elle a de quoi occuper cinq minutes de votre temps, rien de plus.
• Les plantes de l’enfer expédie en quatre pages l’histoire d’un botaniste qui surgit « de la jungle noire et répugnante de l’Indochine ». Son récit est horrible à souhait, mais totalement prévisible. Que voulez-vous, il y a des coins du globe où il ne faut pas aller sans lance-flammes…
• L’horreur dans la nuit se range dans la boîte « histoires de boxe howardiennes ». Deux jeunes gens quittent leur petite ville du Texas pour s’expliquer dans la campagne. Après d’être foutus sur la gueule bien bien comme il faut, ils sont interrompus et doivent gérer une crise, le tout en six pages. On sent bien que c’est du Robert Howard, mais du Howard en petite forme.
• La voix de l’au-delà nous raconte les raisons qui ont poussé un boxeur (oui, encore un) à se retirer en pleine gloire. C’est une bonne histoire de fantômes bien construite. Avec ses huit pages, elle se déploie sur une longueur convenable. (Enfin !)
• L’empreinte sanglante est un mélange bizarre d’histoire de boxe et de polar, avec une pincée de surnaturel pour faire le liant. Je ne peux pas dire que je l’ai détestée, mais une semaine après la lecture, il ne m’en restait rien du tout, à part que les Siciliens sont des mafieux et les Siciliennes ont un caractère de merde. Bienvenue dans l’Amérique des années 1920 !
• L’or du Cheval du Diable est un récit d’aventures dans l’Ouest, assez long pour être divisé en chapitres (qui ont des titres comme « L’homme aux yeux de serpent »). On y croise un héros qui se trouve être un jeune écrivain pas manchot avec ses poings, une ingénue prénommée Marylin à la recherche de l’or de ses ancêtres, des trafiquants d’alcool pas futés, des « géologues espagnols » dotés de gueules de bandits… tout ça, convenablement secoué, se laisse consommer sans déplaisir. Dans une anthologie des grands textes d’Howard, elle ferait figure de maillon faible, mais ici, c’est sans doute la meilleure du recueil.
• Le manoir de la terreur occupe les soixante dernières pages du livre, mais cette longue histoire n’est pas complètement de Robert Howard : c’est un manuscrit inachevé complété par Richard Lupoff dans les années 1970. On y retrouve avec plaisir le narrateur et le méchant de L’horreur des abîmes, un court roman qui était le morceau de bravoure du Pacte noir. Avec son manoir anglais truffé de passages secrets, ses morts étranges, son armure piégée, sa statue de démon tibétain et la pieuvre-lamproie géante qui sert de familier au méchant de l’histoire, elle a une vibe pulp à laquelle je ne suis pas complètement insensible, au carrefour entre l’abominable Dr Fu-Manchu et certaines histoires de Harry Dickson.
Au bout du compte, en dehors de la couverture de Nicollet, il n’y a pas grand-chose à se mettre sous la dent dans ce Manoir de la terreur, qui intéressera surtout les collectionneurs de NéO et les complétistes de Robert Howard… à condition qu’ils aient des économies, parce que ce matin, j’ai vu un exemplaire sur eBay à 180 €.
Franchement, à ce prix-là, je n’aurais pas acheté, mais chacun fait ce qu’il veut ses économies, et après trente ans de collectionnite, je suis mal placé pour vous faire la leçon.

Commentaires
Enregistrer un commentaire