Ce recueil de scénarios pour Pulp Cthulhu compte 128 pages, auxquelles il faut ajouter seize pages pour les huit prétirés disponibles en téléchargement. Attention, ils ne sont pas fournis avec le pdf, ils sont planqués dans un recoin de la page du produit !
En tant qu’objet, C&C présente toutes les caractéristiques des produits Chaosium des années 2020 : papier glacé, couleur, signet, beaucoup d’illustrations, de beaux plans, une maquette agréable et assez aérée pour être lisible. Rien à dire sur la forme, donc.
Quant au contenu, il s’agit de deux scénarios de taille à peu près équivalente. Tous deux sont situés dans la région Boston-Arkham au début des années 30, les dates suggérées étant respectivement 1933 et 1934.
• Of Clockwork and Clay (62 pages) commence comme un mystère classique. Qui a commis un casse au Musée des Beaux-Arts de Boston, dérobant deux des pièces de la nouvelle exposition sur les Arts judaïques ? Les héros, engagés pour tirer l’affaire au clair, ne tardent pas à se rendre compte qu’ils ont mis les pieds dans un imbroglio où apparaît notamment un gardien pas franc du collier, des gangsters miteux, un vieil horloger qui en sait trop, une tueuse borgne peu commode servie avec une copieuse garniture de sbires… Notez que cette liste, loin d’être limitative, exclut soigneusement les éléments les plus spectaculaires.
Tout ce petit monde est dans un équilibre instable, qui commence à se casser la figure au moment où les héros se mettent en chasse. Les auteurs revendiquent un scénario pensé pour générer des coups de théâtre. Effectivement, les moments de « bon sang, mais c’est bien sûr ! » potentiels sont nombreux, mais leur déclenchement dépend de la faculté des joueurs à anticiper et à émettre des hypothèses crédibles à l’instant T, et infirmées à T+1.
Attention, ce n’est pas un bac à sable[1] : nos héros sont là pour vivre des moments pleins d’action, pas pour mener une longue enquête classique. Par moments, à la lecture, on a l’impression qu’il y a environ deux fois trop matière pour ce que raconte le scénario. Mais en jeu, vous devez pouvoir donner le tournis aux joueurs si vous mettez en scène de manière assez pêchue.
(Il y a peut-être un principe général à en tirer sur la relative économie de moyens de l’horreur par rapport à l’excès, voire à la pléthore, qui serait la marque du pulp. En rédigeant ce billet, j’ai pensé à un vieux texte que j’avais commis ici même sur Belphégor, j’y constatais déjà quelque chose de similaire…)
Pour en revenir à Of Clockwork and Clay, on sent aussi que les auteurs ont bossé en amont. Les éléments de folklore juif qu’ils emploient sonnent juste, et l’ensemble se marie assez bien avec un versant cthulhien qui emploie un deus ex machina rarement vu dans la gamme.
Une observation avant de conclure : les prétirés dont je vous parlais en début d’article sont pensés pour ce scénario, même si rien n’interdit de les réutiliser pour le suivant – mais ils seront moins adaptés.
Cette grosse aventure à rebondissements sera parfaite pour un changement de rythme si vous avez envie de conserver l’apparence d’une enquête tout en la subvertissant pour faire un petit film d’action.
• Wolf among the Flock (57 pages) repose sur l’idée parfaitement classique des « amis qui meurent de manière suspecte » et l’envoie dans une direction imprévue. Les époux Durney viennent d’être mangés par le grizzly de leur zoo privé. Ce pauvre Teddy est-il coupable ? Peut-être. Mais si c’est juste un accident tragique, comment se fait-il que Chloe l’orang-outan ait agressé le vétérinaire quelques jours plus tard ?
À moins que le Gardien n’ait envie de faire des entorses à la chronologie fournie, nos héros disposent d’à peine vingt-quatre heures pour explorer le zoo et la résidence de la famille Durney, entre autres, et pour tirer les bonnes conclusions avant qu’il Ne Soit Trop Tard™.
Le résultat, assez statique, ressemble un peu plus à l’exploration d’un donjon qu’à une enquête classique. Il faut se promener sur les lieux, découvrir les informations dissimulées ici et là en étant observateur ou en discutant avec le personnel. Quant aux monstres… eh bien, sachez que les enclos du zoo sont encore pleins de bêbêtes pleine de crocs et griffes. Je ne dis pas qu’elles sont immédiatement dangereuses, mais les joueurs ne peuvent pas le savoir (« Mais bon sang, cet éléphant est venu droit sur nous en barrissant de tout ce qu’il savait ! » ; « oui, c’était sa manière de réclamer des fruits, et pas des pruneaux. »).
La conclusion de Wolf among the Flock se situera quelque part entre un massacre si les joueurs n’ont pas assez réfléchi et une scène finale à hyper-grand spectacle avec des ingrédients que je ne vais pas vous divulgâcher mais qui, pour le coup, poussent le curseur du pulp à fond à fond à fond.
Au bout du compte, Clockwork & Claw propose deux scénarios très différents, tous les deux très honorables, et qui pourront vous rendre des services si vous avez envie d’un peu d’action sans forcément vous lancer dans l’une des deux campagnes pulp disponibles à l’heure où j’écris ces lignes (The Two-headed Serpent et A Cold Fire Within).
Un supplément pour L’Appel de Cthulhu, édité en anglais par Chaosium, disponible sur le site de l’éditeur. Prix : 13 € en pdf ou 26,01 € plus frais de port en version papier.

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