03/03/2021

Mon Almérique à moi


Voici venu le moment de faire de la retape.

Demain sort mon nouveau roman : Mon Almérique à moi. Non, il n'y a pas une faute de frappe, c'est pas Amérique mais bien Almérique, qui a été un prénom à la mode au Québec pendant 10 minutes. Enfin je pense, je l'ai croisé sur un liste de vieux prénoms inusuels, ça a été tout de suite le coup de foudre. Le titre fait bien évidemment référence à la chanson de Brel « Madeleine » dans laquelle il chante : « Madeleine c'est mon Noël, C'est mon Amérique à moi ». À la vérité, ce n'était pas le titre d'origine du roman, je l'avais baptisé « Quelques arpents de beige », mais Monsieur mon éditeur a trouvé que ma dédicace à mon grand-père faisait un titre bien plus intéressant, alors j'ai opiné du chef.

De que c'est que ça raconte ? C'est une histoire qui a pour lieu Paris la belle Montréal de nos jours, plus particulièrement Ville-Émard, le quartier où je suis établi depuis plus de trois ans. C'est un quartier ouvrier avec de fortes communautés italienne et polonaise, mais on y trouve également un temple hindou, une population asiatique croissante... Je ne sais pas si vous vous rappelez de l'infâme dépeceur de Montréal (Luka Rocco Magnotta), mais il s'était débarrassé des restes de sa victime dans le parc Angrignon, qui borde ce quartier et où j'aère les poumons en regardant des vieux chinois faire du Tai Chi. Bref, un quartier populaire. Et c'est dans ce coin de Montréal qu'évolue Jess, la protagoniste principale du roman. Je dis « la » mais c'est plus compliqué que ça : le genre de Jess oscille. C'est un homme le lundi, une femme le mardi, de nouveau un homme le mercredi... Et Jess est la seule personne à se rendre compte de cette alternance : l'univers autour d'elle s'adapte à ce phénomène. Ça ne l'empêche pas de vivre une histoire d'amour très ordinaire avec sa blonde et de mener une vie tout ce qui a de plus normale. En fait, Jess travaille fort pour être le plus dans la norme possible. Il enchaîne les emplois administratifs pour essayer de faire taire cette part de lui qui peut provoquer des choses extraordinaires. Car Jess possède une famille très atypique qui l'a fait hériter de capacités hors du commun. Et jusque là, elle était arrivée à s'en tenir éloignée, mais le décès de son grand-père Almérique va remettre en question cet équilibre et permettre au lecteur d'en apprendre plus sur cette famille décalée.

Le thème central du bouquin, c'est le Montréalisme magique. Ce n'est pas de la magie tape-à-l'œil, ce sont essentiellement des phénomènes coïncidentaux. Et je n'ai rien inventé : toute la base de cette histoire, c'est une grosse resucée du paradigme de Mage : l'Ascension. En fait, ce roman est né d'une phrase que j'entends souvent : « Unknown Armies, c'est génial, mais tu ne peux pas l'européaniser : ça doit forcément se dérouler aux USA, c'est trop ancré dans leur culture ». J'ai donc décidé de prouver que c'était possible en québécisant UA via cette histoire où vous croiserez des personnalités qui vous feront immanquablement penser aux adeptes du jeu. Alors, oui, c'est un peu de la triche car Montréal, ça reste l'Amérique, mais en fait non : le Québec s'est construit sur le rejet de l'Amérique tout en assimilant bien des éléments. Il faudrait bien plus qu'un simple billet de blog pour aborder la question, mais dites-vous que ce n'est pas juste un bout de territoire américain sur lequel on parle français.

Tout ça pour dire que ça sort demain, chez un éditeur québécois (les Éditions Alire) avec qui j'ai eu beaucoup de plaisir à travailler. Et c'est la séquence anecdote. J'ai toujours vécu loin de mes éditeurs et de mes lecteurs car j'ai commencé à écrire de la littérature au Québec mais j'étais publié en France. Et je suis un introverti de première. Si bien que la première fois qu'on m'a convaincu de participer au Congrès Boréal (l'événement littéraire québécois dédié à la SFFFQ, la science-fiction, la fantasy et le fantastique québécois), j'étais invisible. Étant un néo-québécois, j'avais l'impression de ne pas être à ma place. Si vous rajoutez à cela le bruit et  le syndrome de l'imposteur du rôliste qui se prend pour un romancier, vous imaginez à quel point j'étais à l'aise dans cet ancien couvent de bonnes sœurs de la ville de Québec où se tenait le congrès cette année-là. Oh les tables rondes étaient passionnantes à écouter (c'est là que j'ai découvert que Jo Walton était une femme, par exemple. Et qu'elle était aussi passionnante à écouter qu'à lire) mais j'étais dans ma bulle. À midi, je me suis retrouvé dans mon coin pour manger un sandwich sans avoir adressé la parole à qui que ce soit de la matinée. Et une femme s'est assise à côté de moi sans qu'on ait été présentés. Elle a vite brisé le silence en me demandant qui j'étais, et j'ai rapidement expliqué que j'étais auteur et que j'avais publié un roman (Et si le diable le permet) pulp lovecraftien qui se déroulait dans les années 30 à Montréal. Et comme elle faisait mine de trouver ça intéressant, j'ai déballé ma salade en lui expliquant qu'une partie de l'intrigue se déroulait dans la demeure d'un gouverneur qui avait été reconverti en école catholique pour jeunes filles. J'esquissais quelques histoires de fantômes que les élèves m'avaient racontées alors que je travaillais là-bas et que j'avais recyclées dans mon récit. Ça fit beaucoup rire mon interlocutrice car elle avait été elle-même étudié dans cette même école. Non mais les chances que ça arrive... Et c'est à ce moment du récit qu'elle m'a expliqué être éditrice. Je connaissais bien évidemment Alire comme lecteur. Et donc à la fin de la journée, j'allais boire un coup avec plusieurs employés/auteurs de cette maison d'édition, par ailleurs très chaleureux. C'est quand même bien dommage, cette histoire de distanciation sociale, car le lancement aurait été une occasion en or pour revoir tout ces gens.

Or donc, ça sort demain le 4 mars en papier et en numérique au Québec. Le prologue est même lisible gratuitement en PDF. Pour la vieille France, le roman est disponible en numérique sur plusieurs plateformes. Les romans Alire sont distribués dans l'hexagone, mais il faut le temps que ça traverse l'océan, j'imagine.

Comme toujours avec mes bouquins, c'est un peu rigolard, hein. C'est évidemment très ancré sur ma petite expérience des emplois de bureau, mes lieux de vie, mes centres d'intérêt...  Les deux citations au début du livre résument bien le grand écart permanent que je tente, cette synthèse impossible entre Umberto Eco et Michel Sardou.

Je vous dirais bien rendez-vous dans un salon du livre près de chez vos pour une dédicace, mais c'est mal barré pour 2021. Je vais donc continuer de vivre en distanciation avec mon lectorat.  Enfin presque : il y aura des tables rondes virtuelles et des ateliers en vidéoconférence organisés par des salons du livre dématérialisés. 

Sur ce, bonne lecture. Et encore merci à celles et ceux qui me lisent depuis 10 ans. 


PS : s'il y a des clins d'oeil à la culture québécoise qui vous échappent dans le roman, n'hésitez pas à laisser un commentaire, il me fera plaisir de vous expliquer à quoi je fais référence.

Une première critique sur Les ArtsZé
Le billet de Gromovar qui me va droit au cœur.
Une critique de Josée Boileau publiée dans le Journal de Montréal
Une entrevue de 30 minutes tournée à l'occasion du Salon du livre de Trois-Rivières
Une table ronde de 45 minutes sur le thème "Comment croire au surnaturel ?" animée par Ariane Gélinas avec Frédérick Durand et Patrick Senécal (toujours dans le cadre du Salon du livre de Trois-Rivières)

1 commentaire:

  1. Salut.
    Quel bol cette histoire !
    J'essaierai de me le procurer quand il sera dispo en France.
    Amicalement.

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