04/06/2021

Les Louvetiers du roi


Voilà presque 20 ans que je n'avais pas lu du Brussolo, et je gardais un bon souvenir de ses romans médiévaux (Le Château des poisons et L'Armure de vengeance) avec Jehan de Montpéril en protagoniste. J'ai donc attaqué Les Louvetiers du roi de bon cœur car le pitch me semblait parfait pour du Nephilim : on y suit Frédéric Lemât, un peinte qui grenouille dans les beaux salons après la mort de Louis XIV. C'est un peintre qui réalise des œuvres mortelles : par de subtiles jeux chimiques, il peint des tableaux qui dégagent des gaz assassins ou mettent le feu à des demeures. Je me disais "Youpi yop, ça va être du velours pour mettre en scène un personnage alchimiste dans Nephilim, un type qui tue les membres d'une confrérie en leur envoyant une peinture piégée qui représente un grand maître..." J'avais oublié qu'un bouquin de Brussolo, ça vient avec des bonnes idées, mais aussi des défauts.

Le premier truc qui m'horripile dans les romans historiques, c'est quand l'auteur balance des notes de bas de page pour te dire "Eh, eh, t'as vu, j'ai fait mes recherches, hein ?" Ainsi on croise un poète au nom inconnu dans une scène, le personnage ne sert à rien, mais on a droit à une petite ligne en bas de page pour nous dire "Et plus tard, il se fera appeler Voltaire". Argh. Ça n'arrive pas souvent non plus, mais je trouve que ce genre de remarque brise mon immersion. Je m'en fous de savoir que les steaks de baleine était autrefois un plat de pauvre. En fait, si, ça m'intéresse, mais il suffit de me montrer des pauvres en train d'en manger, pas besoin de me faire la leçon en plus.

L'autre truc que je n'aime pas, c'est quand les personnages font des prédictions sur le futur. Une bonne partie de l'intrigue tourne autour de tableaux "magiques" qui annoncent entre autre la Révolution. Non seulement l'origine des prédictions n'est pas expliquée (on sait qui les réalise, mais on ne sait pas d'où lui vient ce pouvoir si ce n'est qu'il a subi une vilaine blessure à la tête), mais au final cette partie de l'intrigue n'est pas pleinement utilisée. C'est souvent le cas avec Brussolo : j'ai l'impression qu'il change d'idée en cours de route. Je ne sais pas si c'est pour être certain de surprendre son lecteur ou si c'est parce que lui même s'ennuie avec son intrigue, mais ça part systématiquement de traviole. Et dans ce roman, ça ne fait pas exception : on se dit qu'on va assister à un duel de maître entre peintres assassins, mais non, on prend une drôle de tangente qui nous laisse insatisfaits. D'autant que le final du bouquin n'en est pas un : l'intrigue s'épuise d'elle-même, à un tel point qu'on se dit qu'il va y avoir une suite. Mais non, ça finit juste en eau de boudin.

Un autre truc qui m'a agacé, c'est l'introduction d'un personnage de catin, qui est présentée comme une noble que les turpitudes de la vie ont poussé à faire le tapin. Cette info nous est donnée pas une, pas deux mais trois fois, avec une telle insistance qu'on finit par se dire que l'auteur est complaisant avec les malheurs de ce personnage. Et du coup le twist qui entoure ce personnage tombe à plat. Elle méritait mieux que ça.

Au final, je me suis rappelé pourquoi je m'étais éloigné de l'écriture de Brussolo : il a de bonnes idées (encore que, le coup des adversaires qui versent de l'urine de femelle en chaleur sur les vêtements du héros pour ensuite il se fasse sauvagement attaquer par des chiens, il m'avait déjà fait le coup dans un précédent roman), mais il y a toujours ce moment où il part de traviole, comme s'il n'assumait pas son pitch. Reste que je vais quand même recycler les tableaux alchimiques mortels, l'invention du GIF animé (via des couches de peinture qui pèlent et qui permettent ainsi de faire évoluer la composition d'un tableau) et le coup de la maison qu'on peut se faire écrouler en donnant trois coups de marteau dans un morceau de métal imbriqué dans les murs qui entre en résonnance avec la structure (car encore là, ça donnera une superbe scène avec une commanderie templière qui s'écroule).

3 commentaires:

  1. Eh, la noble-devenu-catin, c'est l'histoire de Mademoiselle de Joncquières, dans Jacques le Fataliste. Elle a un nom qui ressemble à ça ?

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    1. Elle a un nom de noble à rallonge que j'ai déjà oublié, mais son prénom est Juliette.

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    2. Mademoiselle de Joncquière n'a pas de prénom, en tout cas, pas que j'ai retrouvé.

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