Numéro 167 de la collection Fantastique / SF / Aventure
Ce qu’il y a de bien avec les vieilleries, c’est qu’elles prennent de l’âge en même temps que nous. Mes NéO accumulent la poussière au même rythme que moi, et parfois, j’en sors un et je me fais une petite plongée nostalgique.
Les Pirates fantômes, donc. Ce court roman est signé W.H. Hodgson, dont je vous ai déjà dit beaucoup de bien à propos d’autres textes. L’histoire est toute simple : dans un coin perdu de l'océan, un grand navire à voiles glisse petit à petit vers l’enfer.
Avec 220 pages aérées au compteur, c’est une lecture rapide, et surtout un cours magistral sur deux choses :
• La gestion d’un huis-clos. Non seulement le Mortzestus est perdu au milieu de nulle part, mais en plus, les forces qui se jouent de lui s’appliquent à l’isoler de tout secours éventuels. Seuls face à l’inconnu, équipage et officiers oscillent entre déni, accès de superstitions et crises de panique au fur et à mesure que les « incidents » s’aggravent… et que les cadavres s’accumulent.
• La gestion d’un crescendo. Tout commence en douceur, par des événements qui peuvent être mis sur le compte de la fatigue, puis sur celui d’une erreur humaine, avant de devenir manifestement surnaturels et de se terminer par un bon vieux massacre qui, pour les normes des années 1900, devait être perçu comme abominablement gore.
Par ailleurs, l’élément dominant de l’histoire reste l’incertitude. On ne sait pas pourquoi le surnaturel s’en prend au Mortzestus, même si le narrateur émet des hypothèses invérifiables (et donc développables à loisir).Par ailleurs, il pense aux entités comme à des pirates, et c’est tout à fait plausible, mais ce n’est qu’une explication possible. Là encore, vous avez de la place pour insérer vos propres idées.
Un reproche ? Juste un petit, dû à l’âge de la bête : il est question de marine à voile, et notre narrateur est un marin. Pour un Anglais du début du XXe siècle, le vocabulaire technique de la navigation devait encore être compréhensible. Pour un Français urbain du XXIe, c’est une autre paire de manches. Je sais différencier proue et poupe, et si je fais un effort, je me souviens de la différence entre bâbord et tribord. En revanche, je commence à me sentir perdu quand il est question de ferler les cacatois. Et quand les personnages genopent la baderne, je décroche et j’attends la prochaine attaque des fantômes. (Ayons une pensée pour Jacques Parsons, le traducteur, qui a dû se donner un mal de chien.) Contrepartie à ces (légères) souffrances, j’ai eu le temps de réfléchir au fait que tout ça serait tout à fait transposable dans un autre milieu hostile doté d’un lexique particulier, par exemple une station spatiale...
Bref, Les Pirates fantômes est une chouette et rapide lecture de vacances, qui peut donner lieu à un scénario sympathique si vous avez envie de le transposer directement, ou se prêter à des développements complexes si vous préférez l’utiliser comme inspiration pour quelque chose de plus ambitieux. Maintenant que Cthulhu by Gaslight est sorti, vous avez tout ce qu’il faut pour le motoriser !
(Mon NéO est de 1986, mais cet ouvrage a été réédité dans la collection Terres de Brume beaucoup plus récemment.)

Commentaires
Enregistrer un commentaire