Rubrique Faits divers est un best-of de ses meilleurs portraits et reportages, tels qu’ils ont été publiés mais agrémentés d’épilogues écrits autour de 2024 ou 2025, qui permettent de savoir quelles ont été les trajectoires de ses sujets « après ». Presse oblige, on a affaire à des textes relativement courts, pêchus, et pensés pour des gens qui prennent l’histoire en marche. Autrement dit, à d’excellentes sources d’information primaire.
De plus, ce gros bouquin de 500 pages brasse large. Des truands rescapés des années 70 aux terroristes du XXIe siècle, des tueurs en série aux escrocs, des « grands flics » aux modestes garçons de morgue, il y en a pour tous les goûts – y compris ceux des amateurs d’histoire, qui découvriront entre autres des papiers sur le Dr Petiot ou les coups tordus de la guerre d’Algérie.
Les articles sont « dans leur jus » avec leurs tics d’écriture et leurs préjugés – on sent bien la patte Libé, jamais avare d’un coup de griffe sur Pasqua et Sarkozy ministres de l’Intérieur, et pas toujours tendre avec les flics eux-mêmes. Le style, très journalistique, peut rebuter ou lasser par moments, mais de toute manière, l’ensemble n’est pas vraiment pensé pour être lu d’une traite. Et puis, il y a de vrais bonheurs de lectures, et l’on découvre un gros paquet de personnalités hors-norme.
Ainsi, qu’il ait pu exister ailleurs que chez Audiard un truand portant comme blase « Porte-avions » à cause de sa carrure et de sa puissance de feu relève du merveilleux, même si son CV ne donne pas forcément envie de beurrer des sandwichs en sa compagnie : ancien complice de Mesrine, proxénète, trafiquant multicartes… Histoire de conclure sa vie sur une touche pittoresque, Porte-avions meurt dans une église à l’âge de soixante-dix ans, foudroyé par un anévrisme pendant les obsèques d’un pote.
On assiste aussi d’un œil étonné aux retrouvailles aigres-douces du baron Empain avec l’un de ses ravisseurs, bien des années après son enlèvement. D’autres kidnappés n’auront pas la chance d’en réchapper, comme Ilan Halimi. Certains cas font franchement peur, comme cette infirmière qui avait la seringue de potassium facile avec les patients qu’elle jugeait en phase terminale, ou ceux d’autres tueurs en série.
D’autres articles, plus légers, font découvrir des histoires hors-norme, comme celle de ce faux truand et vrai indic des douanes qui finira en prison parce que personne ne savait plus dans quel camp il était.
Il y a aussi les histoires inachevées, parce que les coupables n’ont jamais été retrouvés, comme la tuerie de Chevaline, ou parce que le tueur s’est éclipsé avant le verdict de son procès, par exemple l’adjudant Chanal.
Rares sont les criminels vraiment diaboliques. Tels qu’en eux-mêmes, la plupart sont un peu crétins, souvent dépassés par leurs actes, se réinsérant plus ou moins bien dans une société qui tolère mal les sorties de route. C’est notamment le cas du quinquette de Carpentras, qui a valu de considérables emmerdes aux rôlistes de 1990, avant de s’avérer être des skinheads bêtes à manger du FN… du foin, pardon. Ou, pour rester dans la même mouvance idéologique, de Maxime Brunerie, l’auteur d’un attentat raté contre Chirac. Ou, pour passer du côté de « l’anarchosyndicalisme » comme l’avait tonné Pasqua à l’époque, de la jeune Florence Rey participant à la fusillade de la Nation, ou de George Courtois prenant la cour d’assises de Nantes en otage.
En creux, sur ce quart de siècle, on voit aussi passer des révolutions technologiques. Celle de l’ADN, bien sûr, mais aussi celle des télécoms, où l’on passe de « ah non, on ne peut pas écouter cette ligne, elle est sur un vieux standard électromécanique » à « écouter un portable ? rien de plus simple ».
Bref, si vous aimez les polars, les scénarios d’enquête et les histoires criminelles, c’est une lecture conseillée. Si vous n’aimez aucun de ces trois genres, il reste des itinéraires singuliers à piller selon vos besoins.
Éditions du Seuil, 520 pages, 21,90 €

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