La Dame de la Seine de Claire Duvivier
J'avais adoré Un Long Voyage, le premier roman de Claire Duvivier, une fantasy poétique loin des clichés du genre, avec une résolution inattendue et une inspiration forte et (à mon avis) assumée d'Ursula LeGuin. Bref, je suis bien disposé à l'égard de cette autrice. Vu mon obsession sur l'histoire de Paris, il ne vous surprendra pas qu'un roman de sa plume qui se passe à Paris au 16è siècle ne pouvait que m'intéresser.
Soyons clairs et transparents, la Dame de la Seine ce n'est pas de la fantasy. C'est un roman historique, peut-être même un polar historique, puisque la principale intrigue est une enquête, même comme souvent avec les meilleurs polars, le cœur de l'histoire et de ce qu'elle nous dit est ailleurs.
Le personnage principal n'est autre que Christopher Marlowe, dit Kit, dramaturge et espion. Il est emmené à Paris, pas totalement de plein gré, par son patron, espion en chef de la Reine Elizabeth. Un Paris en plein tourment puisqu'on est au pic de popularité de la Ligue. Il ne fait pas bon être protestant à Paris dans ces années là, et Marlowe, bien qu'athée, est Anglais dont, par défaut, considéré comme tel. Après une première mort suspecte à l'ancienne ambassade d'Angleterre, le patron de Kit le charge d'enquêter, au moins autant pour élucider cette mort que pour ne pas avoir cet homme scandaleux et provocateur entre les pattes.
Le roman est court et enlevé, très bien écrit, avec un ton qui parvient à maintenir juste ce qu'il faut de légèreté, comme il sied au personnage, malgré la grande et la petite histoire qui s'enfoncent dans le sinistre, plus l'intrigue avance. Surtout, il comporte un double pied de nez magnifique à la figure même de Marlowe. Le dramaturge se débat avec une de ses pièces (Le Massacre de Paris, évidemment) que les théâtres londoniens lui demandent d'agrémenter d'interludes comiques. La Dame de la Seine, lui, se voit affubler d'un intermède dramatique qui raconte la Saint-Barthélémy à travers les yeux d'une enfant, et c'est glaçant, sans doute ce que j'ai lu de plus fort (en termes de fiction) sur cet événement certes enseigné à la va-vite dans nos écoles, mais dont la portée humaine est souvent mal comprise. Cet intermède m'a vraiment cloué à mon fauteuil tellement il sonne juste et prend aux tripes.
Le second pied de nez, vous le découvrirez dans l'épilogue et, s'il reste ouvert à interprétation, il m'a beaucoup fait rire de par ses liens avec une théorie fumeuse du monde du théâtre Elisabéthain.
Bref, je pense que vous avez compris que j'ai adoré ce roman, que j'ai dévoré en deux jours, et que je ne peux que vous recommander vivement.

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