25/05/2006

The Walking Dead

C'est incroyable comme les zombies sont devenus à la mode ces derniers temps. Enfin, c'est surtout incroyable que j'ai mis autant de temps à m'intéresser à cette culture qui pourtant jouxte l'imaginaire rôliste. Il faut dire que le clip de Thriller m'a tellement fait peur quand j'étais enfant que je n'ai jamais été tenté par la production cinématographique de Romero et de ses disciples. Oh, je ne le nie pas, Shaun of the Dead m'a fait rire, mais de tous ces films avec des morts-vivants dedans, il n'y a que Dellamorte Dellamore avec Rupert Everett et François Hadji-Lazaro qui m'ait pris aux trippes en utilisant autre chose que du gore ou un supermarché encerclé par des zombies.

Pourtant, j'ai appris que loin de se contenter de filmer des zombies, les fans de morts-vivants en parsèment également, avec plus ou moins de talent, la BD. Et dans cette production également très prolifique, j'ai découvert par hasard The Walking Dead, une série en 4 tomes (le cinquième est sur le point de paraître) scénarisée par Robert Kirkman. L'histoire en est simple : Rick est un bon père de famille policier qui un jour de malchance prend une balle dans l'épaule et finit dans le coma à l'hôpital. À son réveil, le monde a bien changé puisqu'une épidémie de zombies a dévasté le pays et il fait partie des rares survivants qui ne soient pas devenus des morts-vivants. La série est consacrée à sa survie, à celle de ses proches ainsi que des différentes personnes qui croisent son parcours sans destination.


Volume 1 : Days gone bye

Dans ce premier volume, Rick retrouve sa femme et son fils qui ont eu aussi survécus à l'invasion des zombies. Ils ont été protégés par Shane, son coéquipier. C'est l'occasion pour tout ce petit monde de se réunir avec une poignée de survivants disparates qui vont former une communauté itinérante vivant dans un van. C'est la découverte du phénomène zombie, de l'apprentissage du pillage, de la vie en groupe et surtout , de la relation étrange qui unit la femme de Rick à Shane.
Le milieu urbain est clairement montré sous un aspect hostile et la seule solution est la campagne, avec la promesse d'un ailleurs sécurisé. Le gouvernement n'est plus, la communauté tourne donc le dos à la ville pour aller de l'avant. Cet épisode d'ouverture traite d'un thème important : l'usage des armes. Dans un univers rempli de zombies, faut-il armer un enfant ? La construction du groupe est bien amenée car elle repose sur une dynamique intéressante. Je regrette juste que la narration fasse l'impasse sur la propagation des zombies et sur la lente dégringolade de la civilisation. Cette ellipse me gène car c'est à mon sens un thème fort du style zombie mais cette question du déroulement de l'apocalypse est évacuée au profit de la post-apocalypse qui est plus facile à raconter. Je trouve dommage de ne pas montrer comment l'armée réagit, comment le gouvernement n'arrive pas à faire face, comment toute cette catastrophe prend une ampleur incontournable.


Volume 2 : Miles behind us

Le second volume est celui de l'itinérance. L'hiver est là, ce qui implique des difficultés de ravitaillement et surtout, la nécessité de trouver un endroit sécuritaire pour que la communauté puisse se reposer au chaud. La première tentative va être de s'installer dans une sorte de lotissement protégé, mais les zombies du coin vont rapidement obliger les survivants à reprendre la route. Et c'est alors que le groupe trouve une ferme qui semble l'endroit idéal pour vivre : barrière pour tenir les zombies éloignés, nourriture stockée, famille du fermier vivante... Mais bien évidemment, tout celà est trop beau pour être vrai et une fois de plus, le van reprend la route tandis que la communauté est affamée.
Cet épisode est finalement l'assemblage de deux histoires distinctes : celle du lotissement et celle de la ferme. Si la première est assez anecdotique et constitue juste une intermède d'action, la seconde en revanche est plus riche. Le lien entre les vivants et les non-morts est abordé et c'est quelque chose de puissant. Le zombie ne peut pas être seulement un monstre : c'est aussi un corps qui a un passé et donc un lien avec les vivants. Tuer un zombie c'est donc définitivement tirer un trait sur le souvenir physique d'un être aimé en le déshumanisant à l'extrême.


Volume 3 : Safety behind bars

Cette fois-ci, le groupe a trouvé un lieu parfait pour se protéger des zombies : une prison. Le nettoyage des lieux est difficile (il faut éliminer une partie des détenus devenus morts-vivants) mais le grillage omniprésent tient les zombies éloignés. Et surprise, des détenus ont survécu à l'invasion et sont prêts à partager les gargantuesques réserves de nourriture du pénitencier. Mais la prison est vaste et s'il y a des morts parmi les survivants, ce n'est cette fois-ci pas toujours à cause des zombies. C'est l'occasion de mettre en place un huis-clos psychologique en abandonnant le road-movie des deux premiers volumes.
Épisode intéressant en raison du décor, mais l'ajout d'une sous-intrigue de tueur en série n'apporte hélas rien à la situation, surtout que ce suspense est cousu de fil blanc. L'ironie de la prison comme seul moyen de se protéger du monde extérieur devenu hostile est bien rendue. Mais là encore, les personnages arrivent bien après l'invasion des zombies dans le pénitencier et je regrette que quelques scènes de flash-backs ne viennent expliquer la manière dont une prison fédérale est dévastée par un tel évènement. Le récit qui est fait par les témoins survivants ne rend pas l'inéxorable assez présent, le lecteur doit se contenter d'une évocation.


Volume 4 : The heart's desire

La communauté est toujours protégée dans sa prison, mais elle est confrontée à des choix cornéliens : en l'absence de lois, de morale et de justice, le groupe doit créer ses propres règles de vie, ce qui ne peut que provoquer des tensions entre les survivants, qui n'ont pas tous la même conception de la vie en commun et les mêmes attentes vis-à-vis du leader. Les zombies passent un peu au second plan et la série devient un peu un soap car la promiscuité complique la donne à travers des intrigues amoureuses qui font varier les rapports de force entre les personnages. L'idée de vivre pour toujours dans une prison même pas dorée et la nécessité de penser à la survie de l'espèce pousse les survivants dans leurs derniers retranchements, une fois de plus.
Les sentiments sont la clef de voûte de cet épisode qui fait prendre un virage décisif à l'intrigue en changeant la dynamique de la communauté. C'est parfois un peu trop stéréotypé dans le traitement, mais The Walking Dead ne se contente pas de parler de la survie, il aborde là les relations humaines en espace clos, et c'est intéressant. Rick fait des choix cruels et les conséquences font véritablement changer la structure du groupe, on est loin d'une gestion statique des protagonistes. Et la révélation finale ("We are the walking dead") donne une touche inéluctable à l'ensemble et laisse présager une suite particulièrement pessimiste avec le prochain épisode "The best defense" (même si avec un titre comme celui-ci je table sur l'existence d'une résistance organisée qui va agir de manière offensive contre les zombies).

La série est centrée sur Rick, qui en tant que policier est le chef légitime de la communauté. Mais cette dernière change beaucoup au gré des rencontres qu'elle fait. La mort frappe souvent les protagonistes et les mentalités changent rapidement. Du coup, les personnages ne sont pas caricaturaux car ils évoluent en fonction des conditions de vie qui varient souvent en fonction des choix tactiques ou moraux du groupe. La communauté est nombreuse, aussi tous les personnages ne reçoivent pas le même traitement, ce qui est dommage car de fait, on sait très bien qu'ils seront les premiers à décéder de manière atroce quand viendra le moment pour l'auteur de rappeler au lecteur que le monde de The Walking Dead est un gigantesque purgatoire.

À noter que le dessinateur n'est pas le même tout au long du cycle : le premier volume est dessiné par Tony Moore alors que les volumes suivants sont signés par Charlie Adlard.

Pour plus d'information, la page de The Walking Dead sur Wikipédia (en anglais) est très complète puisqu'elle décrit tous les personnages en indiquant s'ils sont vivants ou morts.

En bonus, pour les fans de zombies, vous trouverez deux superbes wallpapers signés Tony Moore en cliquant sur ces deux images :



10 commentaires:

  1. Skeletor2/6/06

    Ca existre en VF ou c'est juste en VO ?

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  2. Je crois qu'il n'y a que le premier volume qui ait été édité en VF.

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  3. La série existe en français, il y'a sept tomes déjà paru, le 8ième est prévu pour ce mois de mai. C'est très bien, et c'est pas souvent qu'il existe de la BD-Zombie de qualité.

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  4. Il y a pas aussi un spin off Marvel sur les zombies ?

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  5. Gromovar5/3/09

    Oui, c'est Marvel Zombies justement. Le premier et le troisième, qui se suivent !?!, sont marrants. Le deuxième, crossover avec Evil Dead, dispensable.

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  6. Pour les amoureux de Zombie, je viens de découvrir l'existence d'un court roman d'Andrevon.
    Il y a une critique sur ce blog qui a l'air d'aimer les zombies.

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  7. J'ai lu il y a peu. C'est bien sympa.

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  8. Je viens de lire les tomes 1 et 2. J'ai retrouvé tous les points indiqués dans la critique, mais je ne sais pas si je continuerai. C'est quand même un peu verbeux, et j'ai peur que ça tourne en rond avec alternance de phases de "road movie" (on reprend la route pour trouver un nouveau refuge) et de phase de "huis clos" (on pense avoir trouvé un nouveau refuge et on découvre les emmerdes qui vont avec).

    Mais ça peut faire un bonne campagne pour "Depuis que la mort nous sépare", le supplément zombie de SOAP, le célèbre JdR de Cédric !

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  9. Bon, l'alternance est effectivement le moteur de la série. Si tu n'accroches pas plus que ça au bout de 2 volumes, le reste va te sembler être une redite. Je n'ai jamais acheté les volumes suivant ceux de ma chronique, je me suis étouffé. Je te déconseille la série TV.

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