22/08/2008

Le matin des magiciens


En 1959, Louis Pauwels et Jacques Bergier ont inventé le réalisme fantastique. Ce mouvement se veut une étude des choses délaissées par la science. Et c'est un champ de recherche assez vaste : OVNI, alchimie, Terre creuse, transmission de pensée, Atlantide... Bref, Pauwels et Bergier étaient en quelque sorte deux Mulder qui voulait y croire. Et leur livre, Le matin des magiciens, est un genre d'introduction à ces multiples facettes de la parapsychologie. C'est un catalogue d'étrangetés aux références douteuses, ou absentes avec en prime des explications fumeuses, des supputations bancales et un enthousiasme inquiétant. Un livre de plus de 600 pages qui mettent côte à côte Lovecraft, Tolkien, Himmler, Descartes et Einstein dans une farandole de charlatanisme scientifique mu par un seul leitmotiv : ce que la Science n'explique pas peut sans doute être analysé en impliquant le pouvoir des pyramides, la date de naissance d'Hitler convertie dans le calendrier moldave du 12ème siècle ou le testament secret d'un alchimiste soviétique...

À lire comme un roman, c'est très rigolo. Ça me rappelle mes jeunes années, quand Jean-Claude Bourret était l'apôtre des OVNI. Comme pas mal de monde, j'ai eu ma période où je lisais des livres alchimiques signés par Albert le Grand, de la SF russe et des ouvrages qui prétendaient éduquer le lecteur sur les mystères du monde (les pyramides qui permettent d'aiguiser une lame de rasoir, le code secret de la Bible, le trésor des Templiers, la recherche de la chouette d'or...). Et ce livre est un peu à l'origine de ce mouvement parapsychologique. Il est tout imprégné des délires de 1959, en particulier l'énergie nucléaire qui obnubile les auteurs. Le lire permet de retourner aux sources de cette soif du mystérieux qui existe dans le coeur de tous les lecteurs d'Elisabeth Teissier ou du fan club de Raël.

Mais entre deux tranches de cynisme rigolard, j'ai été nettement refroidi par certaines approches théoriques. Je suis sans doute un indécrottable matérialiste, mais quand on essaye de m'expliquer qu'Hitler était en fait motivé par des buts ésotériques et que les camps d'extermination n'étaient que la partie émergée d'un iceberg encore plus sombre, je peine à accepter ce genre de réécriture. Autant prétendre que les Mayas maîtrisaient la fusion à froid m'indiffère, autant vouloir expliquer ce genre d'inexplicable me hérisse le poil. Même en tant que simple exercice intellectuel, je trouve l'explication surnaturelle du nazisme assez nauséeuse. Cependant, les deux auteurs avaient la vingtaine à l'époque de la seconde guerre mondiale, je peux comprendre que des témoins directs aient besoin de trouver une logique, même absurde, à la Shoah.

Quand à moi, en gentil cartésien obtus que je suis, j'accole volontiers l'étiquette de syncrétinisme à ce salmigondis surnaturel.

8 commentaires:

  1. Pas du tout la même opinion que toi sur ce livre. Le matin... est un bouquin étonnant, plus intéressant et profond je trouve que tous les bouquins de la collection rouge de j'ai lu.
    1) il est bien écrit
    2) il est porté par une vraie joie, un vrai enthousiasme.
    3) Pauwels sait qu'il se trompe 9 fois sur 10 (mais il espère avoir raison 1 fois sur 10)

    en fait, c'est un livre important, ne serait-ce par l'écho incroyable qu'il a connu à l'époque...

    (on pourra reparler de leur théorie sur le nazisme, à prendre avec la distance nécéssaire...)

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  2. Marrant que tu en parles: je l'ai moi-même lu il y a moins d'un mois (et j'en ai d'ailleurs parlé sur mon blog à moi).

    En fait, je pense que la raison pour laquelle il est choquant tient dans le style d'écriture: même si Pauwels et Bergier répète qu'il ne s'agit que d'un exercice de style, leur rédaction à l'indicatif, avec très peu de distanciation, laisse à penser qu'ils épousent ces thèses.

    Or, non seulement les auteurs avaient la vingtaine à l'époque, mais Bergier est un survivant des camps.

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  3. @ Le Pendu
    Je ne nie pas que le livre est bien écrit. Mais je suis un social-traître de positiviste. Je reconnais l'importance de ce bouquin fondateur pour la parapsychologie tout autant que je concède que la Dianétique de L. Ron Hubbard est la clé de voute de la scientologie. J'ai avalé les 600 pages en une semaine avec plaisir. Mais ça n'est définitivement pas ma tasse de thé.

    @Alias
    C'est en lisant ta critique que j'ai acheté le livre. Et tu as raison : j'ai eu l'impression que les auteurs croyaient en tout ce qu'ils écrivaient à cause du style d'écriture plus affirmatif que conditionnel. Ce livre a le charme suranné des 60's. C'est aussi drôle à lire que les premiers X-men...

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  4. Depuis le temps que j'en entends parler, vous tous me redonnez envie de me procurer le Matin. Et si j'allais faire un tour sur Amazon, moi?

    Et j'ajoute "syncrétinisme" dans la liste des néologismes de l'année.

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  5. Même si j'en dis du mal avec plaisir car je suis rationnel, ce livre reste une référence pour aborder le réalisme fantastique. Malgré les élucubrations des deux auteurs, j'ai appris plein de choses... Le hic, c'est que je ne sais pas si le peu que j'ai appris est vrai ou supputé.

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  6. Ont-ils vieilli ? Si vous voulez écouter quelques archives sonores de Jacques Bergier, vous pouvez écouter "Tout s'explique" (14h-15h) du mardi 26 août, en allant ici : http://www.radiofrance.fr/franceinter/em/ete/toutsexplique/

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  7. Si tu as lu Le Matin des magiciens, ceci devrait t'intéresser : http://quoideneufsurmapile.blogspot.com/2008/09/le-grand-jeu-est-une-histoire-publie.html

    A+

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  8. En complément (et correctif) au Matin des Magiciens, il n'est pas inintéressant de lire le "roman" de Pauwels, Blumroch l'Admirable ou le déjeuner du surhomme. Une déclaration d'amour de Pauwels à Bergier, qui projette une lumière inattendue sur la relation (littéraire) entre les deux polygraphes.

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