02/10/2008

Livre Malazéen des Glorieux Défunts : Toll the Hounds

Ouf. Fini. La couv aura traîné longtemps dans "Nos lectures", au point que Cédric me soupçonnait d'avoir subi une nouvelle apostasie et renoncé pour la 532e fois à lire de la Fantasy. Pourquoi ai-je traîné aussi longtemps sur le 8e tome (qui sera vraisemblablement publié sous les n° 15 et 16 en VF, les lecteurs de l'édition Calmann-Lévy ont le temps de voir venir) ? Disons-le tout net : parce que je me suis royalement emmerdé. 1 mois 1/2 que je ne lis rien d'autre en roman que ce bouquin, et chaque soir, au moment de le reprendre, c'était le même calvaire pour me convaincre que oui, ça serait bien que j'avance dedans, et non, il fallait que j'arrête de m'inventer des prétextes pour ne pas m'y remettre, tel que relire le contrat de garantie de mon téléphone ou mettre ma comptabilité à jour. Mais aujourd'hui, ça y est, Toll the Hounds est derrière moi.

Après Reaper's Gale, qui voyait la fin de la saga de l'empereur Rhulad, et la conjonction de plusieurs des trames du roman, on pouvait se demander quelle allait être la suite. On retourne en fait sur Genabackis, le récit se déroulant, hormis pour quelques personnages itinérants, à Black Corral et Darujhistan. On y retrouve à peu près tous les personnages que l'on y avait laissé, à savoir les retraités des Bridgeburners, les habitués de Phoenix Inn, Anomander Rake et ses Tiste Andii, Clip et les survivants des pupilles d'Andarist, les soeurs rivales Spite et Envy, Cutter, Grundle, Iskaral Pust, Karsa, Traveller, et quelques relativement rares nouveaux personnages. La profusion de personnages n'est pas nouvelle, elle participe habituellement de la richesse de l'intrigue. Mais ici, l'absence d'une trame principale, d'une progression, ou de quoi que ce soit qui ressemble vaguement à une histoire fait complètement éclater la cohérence de l'ensemble. On pourrait résumer Toll the Hounds de la façon suivante : "plein de personnages connus du lecteur se retrouvent sur Genabackis, où ils se promènent en faisant d'étranges rencontres, dans l'attente d'un mystérieux événement que tout le monde pressent et qui donnera l'occasion à tout le monde de se taper dessus".

Chaque groupe a droit à sa saynète, dans des chapitres consacrés alternativement à Black Corral et Darujhistan. L'absence de suspense fait que l'on remarque d'autant plus les ficelles de l'auteur (les rencontres de hasard invraisemblables : "Tiens, une tour de Jaghut. Oh, c'est Gothos qui habite dedans") et ses tics d'écriture ("Tu sais de quoi je parle, je n'en dis donc pas plus. - Mais, si tu parles bien de ce que à quoi je pense, je ... - Oui.") Il y a des caméos de partout, au point que la saga ressemble à une espèce de gigantesque "Trouvez Charlie" en roman, et les personnages prennent la pose en permanence, Anomander Rake faisant penser à un personnage stéréotypé de manga outrancier. Et, pire que tout, Kruppe est le narrateur des chapitres sur Darujhistan. Oui, Kruppe, le verbeux, ventripotent, et omniscient espion maniéré. Cela donne des passages particulièrement fleuris et pompeux sur la vie, l'univers, la mort, l'amour, le destin, qui plombent d'autant plus le récit. Je ne récuse pas le droit à Erikson de vouloir faire de la littérature, mais pas par la voix de Kruppe ! C'est dommage, certains personnages auraient pu être dramatiques, ou simplement émouvants (Chaur, Scillara, Challice) mais en s'éparpillant de la sorte, l'auteur ne leur donne pas de potentiel dramatique, aucun n'atteint le tragique de Rhulad, par exemple. En fait, la plupart deviennent des caricatures de ce qu'ils étaient avant, comme Karsa Orlong - qui de paradoxal, devient monolithique. Enfin, les dialogues savoureux qui faisaient notamment le sel des discussions entre bidasses sont de plus en plus rares...

Assez paradoxalement pour un auteur aussi prolifique, je taxerais Erikson d'écrivain paresseux : son univers est maintenant assez dense pour tenir debout presque tout seul, et il a assez de personnages pour qu'en racontant une mésaventure pour chacun d'entre eux (mésaventure qui incluera souvent, pour les personnages féminins, un viol - rares sont celles qui y échappent) il puisse enchaîner les pavés les uns après les autres sans plus avancer dans la résolution de l'intrigue générale. Les seuls lecteurs satisfaits de cette lecture devraient être les accros de cette "méta-trame", ceux qui traquent les détails, repèrent les similarités, comprennent les allusions les plus cryptiques, et devinent le sens caché des visions et des augures. Ceux-ci trouveront de quoi alimenter des discussions sur les forums, et penseront peut-être que le final, voulu apocalyptique par l'auteur, est grandiose.

Je ne renie pas mon admiration pour les précédents tomes, et je n'irai pas jusqu'à déconseiller de se lancer dans le cycle. Malheureusement, les Malazan Books démontrent une fois de plus que les auteurs de fantasy devraient arrêter d'écrire au fil de la plume en jouant à qui à la plus grosse (saga).

J'espère cependant que cela ne découragera pas les lecteurs actuels de la série en VF, car l'accueil semble être plutôt bon :

10 commentaires:

  1. J'aime les billets assassins signés par des überfans de la première heure. Quelque part, je trouve ça rassurant.

    Rendez-vous l'année prochaine pour savoir si Erikson corrigera le tir.

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  2. Je souhaiterais être en mesure de formuler un commentaire intelligent et spirituel, mais tout ce qui me vient à l'esprit est un «Oh, ouin?» lamentable (et perplexe). J'attends la parution du format poche pour voir de mes propres yeux de quoi il retourne.

    Je ne trouve quand même pas étonnant que, dans une série de dix volumes, certains soient nettement moins intéressants que d'autres. Si Erikson n'avait fait que se surpasser après Memories of Ice, j'aurais probablement fait une crise d'apoplexie en attendant chaque parution.

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  3. J'attends que l'édition VF avance un peu avant de me lancer dans cette saga. Autant dire que je ne la commencerai pas avant quelques années mais cette critique va dans le sens de tout ce que j'ai déjà entendu. J'espère que l'auteur saura au moins finir sa saga correctement.

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  4. Laurine > Oui, c'est ce que je me dis aussi. Un volume de remplissage pour 1 décalogie, c'est un ratio acceptable. Et le livre est plus ennuyeux que mauvais. Par contre, il a intérêt à redresser la barre pour la suite, il a grillé son joker, là !

    Algernon > Cette critique ne concerne que le tome 8. Pour les précédents, je te suggère d'aller voir les critiques de Fractale Framboise signées de Laurine.

    Cédric > ce sera "Dust of Dreams", puisque le volume complet des aventures de Bauchelain & Korbal Broach semble réservé aux plus fortunés des collectionneurs.

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  5. 100 % d'accord avec ta critique, je me suis forcé pour le finir rapidement.

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  6. Ah bon ? Un peu déçue qu'Erikson délaie autant dans les derniers tomes de sa série. J'ai tellement ramé pour les trois premiers, lus en VO (je souligne), que je crois que je vais attendre que tout soit traduit pour le relire. En l'empruntant à la bibliothèque pour ne pas pester si le niveau baisse et que je suis obligée de tout revendre... J'ai donc du temps devant moi avant que les (au moins) 20 tomes sortent en français. ;-)

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  7. Oui, il vaut mieux que tu continues à lire du Gogol et du Hugo en attendant. ;)

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  8. A un moment je me suis rendu compte qu'on faisait référence à des événements de Return of the Crimson Guard. Mais comme je suis à la ramasse et que j'avais de la prose francophone en retard, ben j'ai plongé dans le tas de bouquins Molière-compliant plutôt qu'avancer dans Toll the Hounds :)

    (pour l'instant je fais des bulles dans le Vélum)

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  9. Je suis curieux de voir ce que ça donne, Return of the Crimson Guard, mais j'ai l'impression en lisant des allusions çà et là à la Crimson Guard que cette compagnie de mercenaires est une belle brochette de Mary Sue. J'attends la critique sur Fractale Framboise pour savoir si je le place ou non sur ma pile...

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  10. Et au fait c'est quoi les Moliere-compliant books que tu lis, puisque nous avons été interrompus l'autre jour ?

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