08/07/2009

Patrick Kenzie & Angie Gennaro


Comme pas mal de monde, j'ai découvert le nom de Dennis Lehane quand Clint Eastwood a réalisé Mystic River. Qu'est-ce que c'est bon d'avoir mal à l'âme, des fois. L'horreur de l'enfance déchue, un leitmotiv chez Lehane qui a travaillé comme assistant social, ceci expliquant cela. Mais je n'avais pas lu le livre.

En regardant Gone, Baby Gone (une horrible histoire d'enlèvement d'enfant, tiens donc) et en revoyant le nom de Dennis Lehane, je m'étais dit que cet auteur de polar était décidément à lire. Mais mes différentes piles à lire sont déjà si hautes.

C'est en découvrant que Dennis Lehane avait écrit plusieurs épisodes et fait une apparition dans The Wire que me suis décidé à attaquer sa petite saga mettant en scène deux détectives privés de Boston. Ces deux héros ont pour nom Patrick Kenzie et Angie Gennaro.

La narration est assurée par Patrick, un garçon plein d'humour qui s'est associé avec une amie d'enfance, Angie, avec qui il a connu une seule et unique nuit d'amour il y a longtemps. Leur association fonctionne bien : ils ont un bureau dans le clocher d'une église. Ils ont toutefois une vie privée en dents de scie : Patrick court un peu la gueuse tandis qu'Angie est mariée à un alcoolo qui la cogne. Pour ne rien arranger, le mari n'est nul autre que l'ancien meilleur ami de Patrick. Cette situation de départ va bien sûr évoluer au fil des romans, et ce côté sentimental des deux détectives est très plaisant à suivre. Car ils ont tous deux une vie rock'n'roll à cause des enquêtes merdiques qu'ils font. Ça finit par déteindre sur eux.

Leur grande qualité, c'est leur réseau social. Je ne parle pas de Facebook, mais d'amitiés ou de connaissances bien réelles. Pat et Angie on grandit ensemble dans un quartier pauvre de Boston, il y bosse encore et y connaisse du monde. La famille d'Angie (dont on entend finalement peu parler) est mafieuse, le père de Patrick est un pompier irlandais bien trempé. Les suspects sont donc parfois des gars qu'ils ont connus au jardin d'enfants. Et puis il y a Bubba, une sorte de brute étrange qui leur sert d'ami, de fournisseur, de garde du corps, de porte-flingue... Même si le personnage est sympathique dans sa sociopathie, il est un peu irréel dans les romans. Il ressemble plus à un personnage de film d'action qu'aux autres habitants du Boston que l'on retrouve dans les romans de Lehane.

Les enquêtes ? Mettre la main sur des papiers sensibles pour le compte d'un politicien, trouver l'auteur de plusieurs lettres anonymes, retrouver une personne disparue en lien avec une secte, chercher à résoudre un kidnapping... C'est assez varié. Pat et Angie ne lâchent pas le morceau, ne respectent pas nécessairement la loi, se moquent beaucoup l'un de l'autre et essayent de rester vivants malgré les traquenards. Ce ne sont pas des enquêtes "réalistes" dans le sens où elles sont trop peu routinières pour représenter la vraie vie d'un couple de privés, mais elles présentent Boston sous un angle particulièrement dur. La misère des quartiers fait mal : les gens font de mauvais choix, reproduisent des schémas qui ont déjà conduit à l'échec... Et comme Pat et Angie ont en plus leurs propres problèmes, c'est tout sauf du Magnum P.I. (malgré tout le respect que je dois à Tom Selleck) sans pour autant verser dans le Nestor Burma nord-américain.

Bref, si vous voulez visiter Boston en passant par des quartiers où les maisons ne sont pas entretenues, où les bars sont réellement mal famés, où un mec pose des mines dans son appartement pour protéger son trésor de guerre... alors les 5 romans qui mettent en avant Patrick Kenzie & Angie Gennaro sont pour vous. Mais vous êtes prévenus : pas question d'enquêter sur des maris volages, vous allez avoir les mains sales.

Après Baltimore, Boston est une autre ville que j'ai aimée détester.

1- Un dernier verre avant la guerre
2- Ténèbres, prenez-moi la main
3- Sacré
4- Gone, baby gone
5- Prières pour la pluie

7 commentaires:

  1. Jusqu'à présent, je n'ai lu que les deux premiers romans de Lehane. Quelle claque !
    C'est vrai que Boston ne fait pas rêver vue comme ça. J'ai particulièrement apprécié chez l'auteur sa façon d'exposer les problèmes raciaux de la ville. Aucune condescendance, aucun angélisme. Si j'osais un jeu de mot tout pourri, mais oui, j'ose, je dirais que personne n'est blanc ou noir dans l'affaire. Lehane tape avec la même énergie sur tous les cons, quelle que soit la couleur de leur peau. Etre anti-raciste, ce n'est pas autre chose.

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  2. Qui plus est, Lehane a signé un bouquin historique sur Boston d'antan où il raconte la lutte des flics de la ville pour améliorer leurs conditions de travail.

    Et Scorsese est en train de réaliser une adaptation de "Shutter Island", un autre roman de Lehane.

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  3. "Gone Baby Gone" est un film assez réussi, "Mystic River" est encore mieux. OK, les adaptations cinés ne permettent pas de juger de l'oeuvre à l'origine. Mais, décidemment, il faut que je réussisse à trouver le temps de m'intéresser à Lehane.

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  4. ... Et "Shutter Island" est une bonne descente aux enfers en milieu psychiatrique, sur le thème tellement glissant de la définition de la folie (et par rapport à quel état "normal"). J'ai été conquis par ce Shutter Island, mais je ne suis pas sur que "Gone Baby Gone" ne devienne mon bouquin de l'été (celui sans prise de tête)(déjà que j'ai du mal à reprendre "Velum"...)

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  5. Merci Cédric, ça donne envie et il ne serait pas surprenant que cela passe par ma PAL dans quelques mois. Quand est il du style ?

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  6. Le style ?
    Rien de particulier.
    C'est fluide, mais c'est pas non plus renversant (AMHA, hein).

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  7. Lisez le dernier : c'est SON grand roman américain ambitieux et widescreen

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