21/11/2009

La mort le roi Artu


Je sais qu'il est de bon ton de dire que Kaamelott est devenu trop dark et trop prétentieux depuis le livre V, mais je vais nager à contre-courant en m'extasiant sur le glissement progressif du format comique vers une narration dramatique.

Le livre VI de Kaamelott fait le grand écart en allant à la fois 15 ans avant le début de la série et en terminant l'histoire dans son format télé sans se laisser dicter le scénario par la légende. Je l'avoue : le dernier épisode télévisée est venu me titiller les glandes lacrymales. J'étais presque déçu de voir poindre des gags alors que le récit s'en allait de plus en plus vers le sérieux.

Déjà, pouvoir tourner dans les mythiques décors de la Cineccità, donne à la préquelle romaine un ton tout à fait convaincant. On pense à Titus Pullo et Lucius Vorenus, bien évidemment, mais avec Pierre Mondy en empereur perdu et l'immense Patrick Chesnais en sénateur magouillard, on est loin de l'ambiance HBO. En rajeunissant les personnages de 15 ans, il y a bien évidemment un plaisir visuel (la coupe de cheveux de Bohort) mais aussi la complicité du spectateur qui attend de voir si Astier va retomber sur ses pieds en jouant ainsi avec la trame même de Kaamelott. Ainsi, des éléments biographiques évoqués deviennent des épisodes entiers : formation militaire romaine du jeune Arturus, mariage arrangé avec Genièvre, premier retrait d'Excalibur de son rocher, la non-consommation du mariage...

Ce n'est pas la première fois qu'Astier a su me parler, j'avais déjà énormément apprécié des épisodes discrets que je trouvais superbes comme celui où il improvise un conte aux enfants de Karadoc pour les endormir et au cours duquel entre la déconnade on sent poindre un souverain en bout de course qui entre de plein pied dans la déprime. Le livre VI va au bout de cette logique avec un roi anémique qui ne se remet pas d'une tentative de suicide ratée et une explication de la nature du graal qui me laisse pantois : le graal est le récipient qui contient le sang d'un suicidé qui essaye de faire rejaillir la faute sur les autres.

Je comprends tout à fait qu'on puisse être déçu du changement de format, car passer du sketch de 3 minutes à des épisodes plus construits de 45 minutes, c'est aller contre le sens de l'habitude. Il y a une rupture avec le public, je le sens dans les commentaires de spectateurs qui ne se retrouvent pas dans ce nouveau ton de Kaamelott. En même temps, je crois qu'Astier était prisonnier de son format et qu'il a eu raison de faire bouger les lignes en étant ambitieux. L'arrivée d'une trilogie au cinéma n'a rien pour me déplaire, même si j'ai peur que les spectateurs ne soient pas sensibles à cette mue.

Je pense beaucoup au graal en ce moment. La faute à ce cours, évidemment, mais surtout à Astier. Je reste persuadé qu'au départ, le graal était un prétexte scénaristique pour Kaamelott. Mais avec le temps et l'aisance que la série a obtenus, l'auteur a pu délaisser la portée comique pour raconter une vraie histoire du graal. La quête de la paternité du livre V (avec le père des jumelles qui attend son fils qui n'en finit pas de ne pas revenir) était déjà une belle larve, mais là, ce qui a éclos sur mon écran était beau. Ce n'était plus seulement les Monty Pythons qui rencontraient Audiard, c'était devenu quelque chose ayant son identité propre.

Et tout ça n'est pas seulement dû à Astier mais à cette famille d'acteurs issue du théâtre classique.

En voyant le tout premier épisode un soir de M6 et en apprenant que l'auteur était un rôliste lyonnais, je ne pensais pas que ça donnerait ça, Kaamelott. De la déconne medfan avec mes référentiels, mais aussi une méta-histoire sensible et remplie d'humanité.

Et ce soir, je suis un peu orphelin de tout cela...

5 commentaires:

  1. Ce commentaire a été supprimé par l'auteur.

    RépondreSupprimer
  2. Ravi de voir que je ne suis pas le seul à avoir vraiment apprécié cette fin de série.
    Kaamelott, j'y suis venu sur le tard et je trouve qu'Astier a fait très fort pour l'évolution de sa série en tirant une saison 6 très baroque, au sens premier, littéraire, du terme.

    RépondreSupprimer
  3. Pour en finir avec 2008, j'avais écrit :

    Je devine bien que vous n'avez pas attendu de venir ce blog pour découvrir, aimer (ou snober) Kaamelott, mais j'utilise cet espace public pour dire à la face du monde mon admiration pour Alexandre Astier : pour avoir réussi à imposer son humour particulier, qu'on pourrait essayer d'analyser mais qui naît entre autres du soin de la reconstitution et de la recherche et des thémes et du langage modernes; mais aussi et surtout pour oser faire évoluer son approche, et ne pas craindre de perdre des spectateurs ou de se casser le nez en refusant de jouer la facilité en continuant à empiler années après années des sketches à base de "Le gras c'est la vie" et autres "C'est pas faux". Astier arrive, tout en gardant ses personnages comiques, à louvoyer entre comédie, storyline arthurienne, et drame. Si la IVe saison surprenait par l'alternance des épisodes drôles et sinistres, la Ve saison, en proposant des épisodes d'1h, réussit la fusion de ses différentes influences et la porte à un niveau supérieur. Peut-être qu'il aura perdu du monde ("Ouais, c'était mieux avant, les épisodes de maintenant ça fait plus rigoler") mais voilà un artiste intègre, doué, et polyvalent. Même la BD, qui n'est pas révolutionnaire, n'est ni meilleure ni pire qu'un Naheulbeuk. Je suis donc non seulement fan, mais de plus en plus admiratif. J'ai hâte de voir ce que le livre VI donnera, car je suis persuadé qu'il sera à nouveau différent de ce qu'on a vu jusqu'ici, et je suis également sûr que le passage au grand écran offrira de nouvelles surprises.

    J'attends le coffret DVD, qui sort dans quelques jours, pour me jeter avec délectation sur ce livre VI.

    RépondreSupprimer
  4. Bien d'accord sur le sujet, Kaamelott n'a jamais été aussi superbe que dans sa forme actuelle (sinon je n'aurais pas en permanence envie d'écrire 50 pages d'analyse sur le sujet !).

    Merci pour le lien vers les cours du collège de France, reste à me trouver quelques bons trajets en train pour écouter ça !

    RépondreSupprimer
  5. Tiens je n'avais pas vu ce texte ci.
    De mon côté, c'est la saison V qui m'a véritablement pris à la gorge et transporté, notamment la performance de Guy Bedos.
    Dans cette dernière saison, j'ai été agréablemen surpris de retrouvé une note un peu plus légère.
    Patrick Chesnais et Pierre Mondy étaient impériaux. Magnifique saison, je suis Kaamelott depuis le début et aucune saison ne m'a déçu.
    L'évolution de la série a été surprenante mais me convient parfaitement. Je n'en attendais pas autant d'une série qui remplaçait Caméra Café.
    Chapeau bas.

    RépondreSupprimer