29/06/09

Tigre et Dragon


Wang Dulu a écrit cette romance wuxia dans les années 30.
Elle est devenue célèbre pour les gens comme moi quand Ang Lee a réalisé le film du même nom.
Tigre et Dragon : des hommes qui bondissent sur des toits ou qui tiennent en équilibre sur des bambous qui ploient lentement.
J'ai donc attaqué la lecture de ces deux livres avec une vive avidité : j'avais envie de lire une histoire aussi poétique que le film qui m'avait introduit au wu xia pian.
Comme d'habitude, ma déconvenue est à la hauteur des mes attentes.

Or donc, dans la Chine d'autrefois, un vieux maître de gonfu très sévère interdit à ses disciples de convoiter la femme d'un autre. Mais l'un des disciples se laisse tenter. Le maître se fache et le tue. Le fils du disciple réside un temps avec le vieux maître, mais finit par partir car il est maltraité. Il s'enfuit en se faisant une promesse : il va devenir un grand adepte des arts martiaux et reveneir venger son père.

Bon, c'est de la littérature populaire, datée qui plus est, et issue d'une culture qui m'est étrangère. Mais ma lecture a été douleureuse. Évidemment, les personnages portent des noms assez semblables et difficilement prononçables, du coup je ne savais jamais qui était qui par rapport à qui. Surtout que beaucoup ont des surnoms en plus : "Le Bodhisattva au visage d'or" ou "le Dragon qui aspire l'eau". À la fin du livre, les noms des 115 protagonistes sont récapitulés, mais c'est quand même galère.

Ensuite, il ne se passe pas grand chose. Disons que c'est toujours la même chose. Le héros (Petite Grue) passe deux heures à se demander si son gonfu est plus fort que celui de son prochain. Il hésite, mais finalement, il se dit qu'il va facilement lui casser la gueule. Manque de pot, ça foire, et il fuit le combat... et là il rencontre un nouvel adversaire.

Heureusement, à un moment, il devient super balèze car il rencontre un maître qui lui apprend ses techniques secrètes. Et là, badaboum, Petite Grue peut enfin casser la gueule à tout le monde sans passer par l'interminable discours intérieur et l'incontournable scène de fuite. Il remplace donc ses hésitations par des états d'âme amoureux ou moraux.

Le monde de la chevalerie décrit est entièrement basé sur la réputation : "Si je perds, la honte va rejaillir sur mon école et mon maître". Du coup les personnages passent beaucoup de temps à essayer de se situer dans la pyramide de puissance des adeptes des arts martiaux. Poigne de Fer est plus fort qu'Hirondelle du Printemps qui se pense plus fort que Poigne de Fer. Là dessus, vous pouvez rajouter des alliances qui durent 10 pages : deux clans s'unissent pour casser la gueule à un chevalier, mais finalement s'embrouillent, du coup ils sont adversaires, mais redeviennent alliers autour d'un bon verre d'alcool.

Et tous ces types passent leur temps à changer de région. C'est normal, ils sont tous soit garde du corps, soit voleur de grand chemin, soit chevalier errant. Mais c'est insupportable : ils sont toujours en train de galoper ou de vadrouiller entre deux régions pour rencontrer tel maître mystérieux ou tel allier martial. Et comme ils fuient dès qu'ils perdent un combat pour aller se cacher dans la région d'à côté, l'auteur passe son temps à raconter comment Lance de Bambou a traversé les montagnes du bout du monde pour se faire agresser par des voleurs, en blesser 4 et finalement fuir devant leur nombre.

Évidemment, il y a de la romance. Petite Grue est amoureux de la petite-fille du vieux maître qu'il veut tuer. C'est peut être le truc le plus réussi de l'histoire : ils sont embringués chacun dans des histoires de fidélité, de piété et de promesse, c'est une vraie histoire d'amour impossible. Mais là encore, ça pinaille pendant des plombes à grand coup d'incompréhension mutuelle : dès qu'ils pourraient s'expliquer, il y a un combat, l'un des deux fuit et laisse l'autre avec une fausse impression.

Il faut rajouter à ça un caractère très versatile des personnages. Les gars changent d'avis toutes les 3 pages. "Je vais le tuer". "Non, je vais l'adopter." "Plutôt, je vais le marier avec ma fille." "Laisse tomber, je vais me battre avec lui." "Ah ben non, je vais envoyer mes disciples." "Laisse faire, je vais m'allier avec le premier venu pour lui foutre sur la gueule." "Non, je vais me sacrifier, je vais l'affronter moi-même." "Ouille, il est fort, je vais aller visiter la région voisine." "Merde, il me poursuit, le con. Je vais essayer de m'humilier et lui demander de m'épargner." "Oh et puis merde, on va se battres à l'ancienne." Ad nauseum.

Le style de Wang Dulu est de plus loin d'être transcendant : il décrit les combats avec un rare manque d'imagination et de chorégraphie. Et comme les combats se suivent et se ressemblent, c'est très vite lassant.

Après 2 livres (soit plus de 1 000 pages) je ne trouve absolument pas le moindre rapport avec le film Tigre et Dragon. Je wikipède donc en anglais et découvre que la saga s'étale en fait sur 5 volumes. Les volumes qui ont inspiré le film sont ceux qui viennent après mon expérience. Et je ne me sens pas le courage de me fader encore 1 500 pages aussi répétitives.

J'ai aussi Au bord de l'eau et Les trois royaumes dans ma pile à lire, mais là je ne me sens pas le courage d'enchaîner tout de suite sur d'autres chinoiseries.

Ceci dit, j'imagine aisément qu'un lecteur chinois qui lit Les trois mousquetaires, Vingt ans après et Le Vicomte de Bragelonne doit se dire que c'est bien bavard, que l'auteur s'écoute écrire et que tout ceci est bien démodé.

23/06/09

La trilogie berlinoise


La trilogie berlinoise
n'a rien à voir avec les trois albums de David Bowie sortis entre 77 et 79 avec Brian Eno. Non. Ce sont trois romans noirs se déroulant à Berlin entre 1936 et 1947 et mettant en scène un détective privé nommé Bernhard Gunther. Bernie n'est pas nazi : c'est un ex-flic de la Kripo (police criminelle) qui a claqué sa démission quand le Parti a commencé à faire du ménage dans l'administration. Il savait que tôt ou tard, il ferait partie des exclus du système. Alors plutôt que de finir en camp pour avoir refusé d'obéïr à des ordres devenus odieux, Bernie devient détective privé. Son gagne-pain ? Les familles juives qui l'engagent pour retrouver un mari ou un frère qui a disparu du jour au lendemain. Bernie refuse les histoires de divorce : c'est trop dangereux. Bernie boit. Bernie se laisse séduire par des femmes fatales ressemblant à Lilly Marleen et donc à Marlène Dietrich. Bernie accepte des enquêtes dangereuses, car il faut bien vivre.

Dans L'été de cristal, Bernie accepte de chercher un collier de diamants qui a disparu d'un coffre-fort dans une maison incendiée où deux corps ont été retrouvés. C'est l'été 1936, Berlin accueille les jeux olymopiques et tente de faire croire au reste de l'Europe qu'elle est fréquentable.

Dans La pâle figure, Bernie fait la chasse à un maître-chanteur pour le compte d'une veuve qui a peur que l'homosexualité de son fils ne devienne un scandale publique. Mais dans ce Berlin de 1938 rôde également un tueur en série aux motivations étranges. L'Allemagne et les Sudètes sont sur le point d'exploser, l'Europe retient son souffle.

Un requiem allemand se déroule toujours à Berlin, mais en 1947. Bernie a survécu à la guerre, mais au prix de blessures autant physiques que morales. Il survit dans les décombres de Berlin en exploitant les possibilités qu'offrent les différentes zones britaniques, françaises, américaines et russes. Et quand une vieille connaissance est accusée de meurtre, Bernie reprend du service dans un décor post-apocalyptique.

Bon, je dois l'avouer, l'hostilité de Bernie envers le régime nazi m'a un peu repoussé au début. Non pas que je prétende que tous les Allemands de l'époque étaient des SS, mais ma dernière lecture allemande était Les Bienveillantes, aussi j'avais une vision très... malsaine. Du coup, je trouvais la posture démocrate de Bernie un peu facile, comme si l'auteur cherchait à en faire un type bien parmi des millions de connards pour faire plaisir au lecteur. Car Bernie critique ouvertement le régime en place, il n'hésite pas à balancer des vannes sur les nazis sans devoir en payer le prix. Personne ne le dénonce à la Kommandantur, il reste ce type libre qui pense sincèrement que son pays perd pied. Du coup, forcément, les salauds sont les nazis, les adhérents du Parti... Mais la noirceur générale de la trilogie a fini par gommer cette impression. Bernie n'est pas un chevalier blanc pourfandant les ténèbres nazies : c'est finalement un homme assez gris qui ne se révolte pas. Sa démission de la Kripo n'est pas tant une rebellion qu'une fuite.

Les enquêtes de Bernie sont un modèle du genre : un peu d'argent pour les indics afin de collecter des tuyaux, fréquentation de la pègre quand c'est nécessaire, opération coup de poing quand le récit devient trop mou, femmes mystérieuses qui couchent aussi facilement qu'elles se barrent, révélation de dernière minute pour surprendre le lecteur. C'est hammettien au possible, le cynisme de Bernie valant bien celui de Sam Spade. Le décor allemand et la politique nationale-socialiste donne des impressions de monde sur le point de basculer, c'est d'autant plus inévitable que le lecteur sait que ça ne va pas bien se passer dès 1939. Bernie rame à contre-courant tandis que la masse ne fait que suivre les ordres. Les grands de ce monde (Goering, Himmler...) renforcent le côté ignoble : le Parti ne se laisse jamais inquiéter. Le roman qui se déroule en 1947 brosse un portrait peu flatteur des autres nations et relativise beaucoup l'ignominie en en faisant un trait de caractère plus européen qu'allemand.

Bref, le roman noir berlinois d'avant et d'après guerre, c'est profond et intense. C'est solennel comme un film de Claude Lanzmann, mais ludique comme un roman de Chandler. Une lecture de plus de 800 pages qui laisse un drôle de goût en bouche, entre amertume berlinoise et plaisir du polar. L'auteur, Philip Kerr, est Écossais. En plus d'écrire des romans noirs avec des tickets de rationnements et des pogroms, il écrit des histoires pour enfants (Les enfants de la lampe magique). Quelque part, je comprends qu'il ait besoin de cette double écriture, entre horreur adulte et magie de l'enfance.

Les enquêtes de Bernie continuent dans La mort, entre autres.

17/06/09

Les Larmes du Diable


Le polar historique offre un large choix.
Nombreux sont les copieurs du Nom de la Rose, surtout en ce moment où les secrets templiers des derniers alchimistes cathares à propos du treizième apotre franc-maçon qui avait prédi la mort de Giscard d'Estaing bien avant tout le monde font la joie des tiroirs-caisses des libraires.

Ne me demandez pas pourquoi Les Larmes du Diable et pas un autre, le choix est irrationnel au possible. Disons juste que l'auteur, C. J. Sansom, était avocat avant de se lancer dans l'écriture à plein temps. Précisons aussi que ce volume est la suite d'une précédente enquête intitulée Dissolution (que je n'ai pas lue). De ce que j'ai compris des allusions au premier roman, le héros était le même et avait mené l'enquête dans un monastère. Quand je vous disais qu'ils copient tous Umberto Eco.

Les Larmes du Diable se déroule pendant le règne de la famille Tudor. Le roi Henry collectionne les épouses sans avoir de fils. Le papisme est une maladie mortelle. Londres sent la pisse. La Tamise charrie des cadavres. Bref, c'est la fête. Cromwell oblige un petit avocat bossu (c'est le héros) à partir à la poursuite de la formule du feu grégeois. Cromwell compte sur cette petite merveille alchimique pour sauver sa peau tandis que le roi est sur le point de le congédier. Quoi de mieux qu'une arme secrète capable de réduire en cendres les flottes françaises et espagnoles pour se faire bien voir d'Henry ? Et comme une intrigue ne suffit pas, le héros est aussi pris dans une affaire de meurtre dans laquelle il défend la présumée coupable qui refuse de parler.

La vision sombre et glauque du Londres du XVIIe de l'auteur est succulente. Ça magouille, ça conspire, ça fourberise : c'est un délice. Le regard du héros par le prisme juridique est appréciable : le droit de l'époque est un morceau de choix en matière de saloperie et de corruption. La quête du feu grégeois est une idée intéressante car c'est un secret historique crédible pour une fois. J'ai d'ailleurs appris depuis que la formule avait été redécouverte en 1759 mais que Louis XV avait trouvé cette arme trop monstrueuse et avait donc accordé une rente élevée à son redécouvreur pour qu'il se taise.

Là où j'ai un bémol, c'est sur le déroulement de l'histoire. Le héros (secondé par un personnage d'origine juive répondant au nom de Barak) passe beaucoup de temps à se promener entre deux rendez-vous, revient voir 3 ou 4 fois le même témoin, avance à saut de puce dans l'intrigue... Ça manque de dynamisme. De plus, le téléscopage des deux intrigues n'aide pas à rendre le récit très intense. On se moque un peu de la destinée d'une prisonnière muette quand l'idée d'armer la flotte anglaise de feu grégeois menace l'équilibre de l'Europe. De plus je trouve que le personnage de Cromwell est très décevant : c'est un donneur d'ordre sans relief, ça manque de grandeur. À noter aussi la scène d'empoisonnement la plus prévisible de l'histoire de la littérature : l'un des méchants propose gratuitement de dévoiler son plan machiavélique aux gentils tout en leur offrant du vin, qu'il ne peut malheureusement pas boire, lui. Consternant.

Mais au final, un héros faible, pas spécialement intelligent, ça fait du bien. Londres est un cloaque très riche qui fourmille de décors et de situations intéressantes. Dommage que l'auteur ne brosse pas un portrait plus appuyé de la cité et de ses habitants, c'est frustrant.

Par contre, l'éternel moine apothicaire qui sait tout : je n'en peux plus. Depuis frère Severinius dans le NdlR ("Frère Béranger est inversé dans biens des domaines..."), je trouve que ses clones sont insupportables. Je déteste quand on fait du CSI: Dark Ages systématique.

10/06/09

Dieu et nous seuls pouvons


C'est mon premier Michel Folco.
Ses bouquins m'ont toujours fait une drôle d'impression en librairie entre des couvertures et des titres pas très inspirants.
Mais bon, Madame avait acheté ce livre, et en lisant le 4ème de couv', je découvre que c'est une histoire de bourreau. Et j'aime les histoires de bourreau. Le pain qu'on retourne dans la boulangerie. Les hautes et les basses oeuvres... Miam.

Or donc, il y a bien longtemps (XVIIème sicèle), un patelin dirigé par un noble (comme il se doit) est à la recherche d'un bourrel pour tuer proprement un horrible assassin. Et comme personne ne veut faire la sale besogne, on choisit de gracier un pauvre condamné à la galère s'il accepte de massacrer son prochain. Mais ce bourreau d'occasion est un jeune homme un brin incapable qui a le don de se fourrer dans des ennuis pas possibles. Sans le savoir, il va donner naissance à une lignée de bourreaux portant son nom.

Dès le départ, j'ai eu comme une impression de déjà-vu. Le héros a eu le nez croqué et se fabrique donc un faux nez en bois. Ça faisait résonner en moi quelque chose. Et puis quand au bout de 100 pages, il a donné son nom complet (Justinien Trouvé), un déclic c'est fait dans ma petite tête : je connaissais bien cette histoire, puisque c'est celle de Justien Trouvé ou le bâtard de Dieu, un film de 1993 que Michel Folco à co-scénariser. Je me souvenais même des images du film qui étaient parues dans un reportage spécial dans un numéro d'Okapi (aaaaah, souvenir...). Un film qui met en scène le très grand acteur qu'est Bernard-Pierre Donnadieu dans le rôle de papa Martin et Ticky Holgado dans celui du geôlier avaricieux.


L'histoire est délicieusement sordide. C'est une vision du monde médiéval qui pue la boue, le bran et la vilénie. Les personnages sont mesquins, roublards et le destin de Justinien Trouvé est un drôle de drame. Il trouve à la fois le moyen de se perdre et de se retrouver en devenant bourreau, c'est délicieux. Le seul hic, c'est que la vie narrée de Justinien ne dure que 150 pages. Ensuite, on parle de ses descendants au début du XXème siècle. C'est dommage, car le personnage de Justinien Trouvé est tellement intéressant qu'on voudrait que le récit ne se contente pas de raconter sa première journée de bourreau. On a envie de le voir estourbir d'autres brigons, de pendre des voleurs ou d'écarteler des meurtriers tout en abusant de ses privilèges de fonctionnaire pour diminuer la solitude de paria de la vie de bourreau. Mais la lignée des bourreaux est haute en couleurs et très agréable à suivre dans les 150 dernières pages. Un roman par bourreau aurait été une bonne idée, une sorte de fresque historique à travers les yeux des bourreaux.

Une très bonne surprise, donc. Une madeleine de Proust de plus.
Pas par nostalgie de Guillotin, hein.

05/06/09

La danseuse de Mao


J'avais déjà parlé des enquêtes de l'inspecteur Chen dans un billet précédent. Un nouveau roman de Qiu Xiaolong est disponible au format poche. Lire La danseuse de Mao a été ma manière à moi de fêter les 20 ans de Tien'anmen.

Chaque enquête de l'inspecteur Chen suit le même canevas : pression politique, aide désintéressée des proches de Chen, agonie d'une histoire d'amour impossible, repas détaillé sdans les gargottes de Shangaï, citations de poésie, vie quotidienne réaliste... Et ce volume est scrupuleusement identique aux précédents. Chez bien des auteurs, cette reproduction à l'identique me ferait hurler de colère. Pourtant, je n'arrive pas à faire ce reproche à Qiu Xialong. Sans doute parce qu'il nous dépeint un univers trop méconnu. Sa Chine des années 90 est d'une richesse incroyable, il a le don de faire à la fois du polar et une coupe transversale de la société chinoise.

Cette enquête se concentre sur une lignée de femmes au destin tragique. La grand-mère a dansé avec le président Mao. La fille a été persécuté. La petite-fille hante un vieux manoir. C'est l'occasion pour l'auteur de parler du maoïsme et de l'obsession que Mao avait pour les femmes. Car si l'intrigue principale se déroule dans les 90's, les fantômes du communisme d'antan sont toujours là. À un moment, j'ai eu peur qu'il verse dans la facilité de faire un Da Vinci Code à la chinoise avec un secret renversant, une révélation fracassante. Mais Qiu Xialong est trop fin lettré pour jouer la surenchère. Il construit patiemment son petit théâtre des âmes dans un Shangaï en mutation.


L'inconnu de Tien'anmen