25/02/10

Vidocq


Attention, ce billet ne parle ni du film de Pitof où Depardieu fait de la capoeira contre un alchimiste ni des séries télévisées avec ou sans Pierre Brasseur.

Vidocq, le bagnard devenu chef de la Brigade de Sûreté. Un mythe. Il a été aussi le précurseur des Pinkerton américains en montant une organisation d'agents privés plus efficace que la police française. Et à l'époque de Vidocq, on raconte tellement d'énormités sur ce personnage qu'il s'attèle à ses mémoires à la fin de sa carrière pour dire ses quatre vérités à l'opinion publique. Sauf que plusieurs teinturiers (le mot de l'époque pour notre "nègre" si détestable) vont mousser la biographie du monsieur pour la rendre plus vendable.

Qu'on se le dise, Vidocq est un bagnard, certes, mais c'est un homme épris de liberté. Jeune homme un peu impulsif ayant le duel un peu facile, il fait une brève carrière dans l'armée puis tombe entre les mains de la justice pour des petits délits qui vont entacher durablement sa réputation. Et quand en plus on l'accuse d'un crime imaginaire, il voit rouge et n'a plus qu'une idée en tête : s'évader coûte que coûte. Aussi durant les 300 premières pages de ces mémoires, le lecteur va-t-il enchaîner les évasions rocambolesques de Vidocq. Cent fois il prend la clef des champs mais cent fois les gendarmes lui remettent le grappin dessus. Il a beau multiplier les astuces, reprendre une vie honnête sous un faux-nom, se tenir éloigner des escarpes, rien n'y fait : on finit toujours par le rattraper et le remettre au violon pour purger une peine qu'il ne mérite pas.

La description des évasions est par moment très aventureuse tant Vidocq a de la suite dans les idées quand il s'agit de prendre la poudre d'escampette, mais le lecteur se fatigue de 300 pages où l'homme fait le va-et-vient entre la prison et l'errance. Car à part raconter ses échappées (parfois très audacieuses), l'homme passe le reste du texte à expliquer au lecteur à quel point il est un honnête homme obligé de côtoyer des crapules par la force des choses. Ça en devient même risible de lire Vidocq se justifier à longueur de pages sur sa vie de banditisme forcé. Pour un peu, on plaindrait cet homme obligé de vivre de larcins et d'entourloupes.

Et puis au bout de 300 pages, il trahit son monde et devient une balance pour la police. Il faut lui reconnaître un certain doigté dans l'arrivisme et le retournage de veste. À partir de là, sa connaissance du milieu et de méthodes de travail des turbineurs de l'arnaque et du crime vont lui permettre une ascension fulgurante dans les rangs des condés. Puis il fondera une compagnie de renseignements commerciaux (qui a dit espionnage industriel ?). Mais ça, le lecteur que je suis n'a pas eu le courage de le lire jusqu'au bout tant la moralité du personnage m'a débecté.

Qu'on s'entende bien, je me méfie autant des argousins que des coupe-jarrets. Aucun des deux camps ne peut prétendre pour moi avoir plus d'honneur que l'autre. Mais lire les justifications morales de Vidocq à la lourdeur pataude est assez agaçant pour l'intelligence. Car on ne me fera pas croire qu'il est aussi innocent qu'il le prétend. J'ai eu l'impression (peut être erronée) qu'il réécrivait sans cesse sa biographie pour justifier son parcours cahoteux. Vidocq a tellement été un précurseur à son époque que j'ai eu l'impression de lire le travail d'un relationniste. Et disons que je ne porte pas ce genre d'artifice dans mon coeur.

Reste un livre qui parle de la dure vie du mitard, de l'incertitude de la vie du malandrin. Vidocq et les plumes qui améliorent sa biographie racontent des choses épatantes sur des méfaits et des arnaques que ne renierait pas un Locke Lamora. D'ailleurs, le livre se termine sur un très intéressant dictionnaire du monde des malfrats. Mais de là à glorifier un Judas et à en faire le parangon d'une justice aussi crapoteuse que la lie de la rue qu'elle combat, c'est quelque chose que je me refuse à faire.

Au final, ce Vidocq par Vidocq ne me convainc pas. La France a tendance à faire de ses crapules des héros à révérer comme quand elle glorifie Mesrine. Et je n'aime pas quand on cherche à me faire poser un genou en terre devant un salaud lumineux (pour reprendre l'expression de Vergès).

19/02/10

À Vau-l'eau


De la même manière que Laurent Kloetzer offre gratuitement des nouvelles sous la forme de podcast, je débute ici une expérience d'auto-édition en proposant en téléchargement gratuit une première nouvelle intitulée À Vau-l'eau. Les lecteurs du magazine Casus auront une impression de déjà-lu, et c'est normale car cette nouvelle avait connu une première incarnation dans les pages de ce défunt bimensuel que les moins de 20 ans ne doivent pas connaître.

Mon objectif est de rendre ce texte accessible à un maximum de lecteurs. J'ai donc opté pour un format A6 au format PDF en me disant que le résultat serait ainsi lisible sur un écran d'ordinateur et via un lecteur numérique de type Kindle, Sony Reader et autre joujou Apple. Alors un petit retour autant sur le fond que sur la forme serait le bienvenu de manière à ce que je m'adapte à ce mode de diffusion qui est tout nouveau pour moi. Par exemple, est-ce que la mise en page sobre en Times New Roman taille 11 est agréable à lire ou bien préférez vous que j'écrive en jaune sur fond noir pour bien vous bousiller les yeux ?

Au passage, un grand merci à mon complice Patrice Larcenet qui a travaillé comme d'habitude pro bono sur la couverture et m'a botté le cul pour que j'ose rendre public mes élucubrations.

Je ne promets aucune régularité dans mes publications, c'est pour le moment une expérience pour voir ce qu'il est possible de réaliser en numérique depuis son petit chez soi.

Bonne lecture aux curieuses et aux curieux.

14/02/10

Le complot contre l'Amérique


Rien de tel qu'une bonne tranche de littérature blanche pour se changer les idées après de la SF ou de la fantasy. Mais une fois débuté Le complot contre l'Amérique, surprise, ce n'est pas tout à fait de la littérature blanche puisque derrière ce timbre svastiké se cache une uchronie. Ah ben mince alors, s'ils se mettent à cacher de la SF dans le rayon général, où va le monde ?

Le livre se construit sur l'hypothèse suivante : et si l'aviateur Charles Lindbergh avait battu Franklin Delano Roosevelt aux élections en 1940 ? Énoncée de la sorte, cette hypothèse de travail ne me disait rien, mais 500 pages plus tard, j'ai compris que l'Amérique aurait pu prendre un sacré coup de pied au cul avec un tel président. Car si je connaissais le Lindbergh tragique en père à qui l'on a arraché un bébé et le Lindbergh héroïque du Spirit of Saint Louis, j'ignorais que le bonhomme avait reçu la médaille de l'ordre de l'Aigle en 1938 des propres mains d'Hermann Göring, qu'il avait quelques déclarations dieudonnesques sur le peuple juif et qu'il trouvait que tonton Adolph était un grand homme.

Philip Roth va plus loin en faisant de son Lindbergh un antisémite avançant caché qui signe des accords avec l'Allemagne nazie et s'engage progressivement dans une politique intérieure d'assimilation des Américains d'origines juives. Et pour raconter les 4 ans du mandat présidentiel de Lindbergh, l'auteur use de l'auto-fiction puisqu'il raconte sa propre enfance à Newark durant cette période qui n'a jamais existé. C'est à travers cette chronique familiale de la famille Roth que l'on sent progressivement poindre comme une odeur de pourriture. Il n'y a pas de camps de concentration, ils ne doivent pas porter d'étoiles jaunes, et pourtant, cette Amérique lindberghienne glisse lentement dans un antisémitisme de complaisance.

Philip Roth y raconte donc autant comment l'Histoire fait un pas de côté avec cette hypothèse Lindbergh (que Robert Harris avait déjà en partie explorée dans son excellent Fatherland puisque son Lindbergh devenait alors ambassadeur américain à Berlin) qu'il raconte de l'intérieur les affres d'une famille qui se définit comme "juive par hasard". Sa propre communauté est divisée, sa famille s'affronte face à la politique de Lindbergh, et le jeune Philip grandit dans cette drôle d'époque où l'Amérique ne veut pas faire la guerre pour cette Europe trop lointaine.

Je ne connais pas le degré de vérité pour ce qui est de la part autobiographique du roman, mais à la fin du livre, Roth résume la vraie vie des personnages historiques qu'il a détournés pour le bien de sa fiction. Les idées d'Henry Ford en matière d'hygiène politique et d'internationale juive sont brièvement exposées : on ne m'avait pas parler du monsieur sous cet angle dans mes cours d'économie...

Le livre m'a aussi fait beaucoup penser à La séparation de Christopher Priest mais également à Les extraordinaires aventures de Kavalier et Clay de Michael Chabon.

Le complot contre l'Amérique est un bon moyen de mettre un pied dans le principe de l'uchronie si l'on est allergique à la SF. C'est une uchronie blanche, une belle manière de rendre hommage à la famille et au quartier. Et si au passage ça sert de piqûre de rappel contre les dérives du fascisme, c'est tant mieux.

Note pour la traductrice (qui lit certainement ce blog, c'est bien connu) : pour faire la différence entre la ville de New Brunswick dans le New Jersey et le New Brunswick canadien (qui sont tous les deux utilisés dans le roman), il y a un moyen simple : la province canadienne s'appelle en français le Nouveau Brunswick. C'est d'ailleurs la seule province canadienne qui est officiellement bilingue. C'était la minute de culture générale canadienne à l'occasion des JO.

08/02/10

Ils suivent tous Ao le fou


Notre voisin virtuel Laurent Kloetzer offre sur son blog un texte lu. Le MP3 fait 7 minutes et quelques et s'intitule "Ils suivent tous Ao le fou". Une belle initiative que je souhaite encourager par ce billet de copinage éhonté.

06/02/10

Les pyramides de Napoléon


Je suis furax.
Les pyramides de Napoléon, ça sentait le nanard rien qu'au titre.
Mais avec la mention "Prix Pulitzer" en gros sur la couverture, je me suis dit "Waow, pour qu'un roman gagne le prix Pulitzer, c'est que c'est pas de la merde. La Route, Les extraordinaires aventures de Kavalier et Clay (pour ne citer que ceux que j'ai lus dans la catégorie Roman), si ce bouquin ne fait que les approcher dans la qualité, ça va être une bonne lecture."

500 pages plus tard, quelque chose m'échappe, c'est pas possible. C'est impensable que ce libre ait reçu le prix Pulitzer. Ou alors, il y a une faute de frappe et c'est le prix Sulitzer qu'il a gagné. Je m'en vais donc sur le site officiel de la fameuse récompense et je fais une recherche avec le nom de William Dietrich. Inconnu au bataillon. J'insiste et je finis par trouver une demi-réponse sous le nom de Bill Dietrich pour un reportage dans le Seattle Times en 1990, dossier co-signé avec trois autres confrères et traitant de la catastrophe de l'Exxon Valdez.

C'est donc ça. Un type gagne il y a 20 ans un prix journalistique avec des collègues et donc on a le droit d'écrire "Prix Pulitzer" sur tout ce qu'il écrit par la suite. La vache, quand je vous disais que les Mad Men me débectent...

Donc, en cette année 1798, Ethan Gage, ancien secrétaire de Benjamin Franklin, est à Paris et gagne au cours d'une partie de cartes un étrange médaillon égyptien. Après le meurtre d'une prostituée dont il est injustement accusé, Gage file rejoindre l'expédition du jeune Bonaparte qui a décidé de libérer l'Égypte de l'oppression des mamelouks (le beau mensonge d'État que voilà). Mais bien évidemment, le curieux médaillon n'est rien de moins que la clé du plus grand des mystères : celui des pyramides. Gage va donc tenter de décrypter le message codé que contient le bijou pour découvrir le plus merveilleux des trésors.

Dans le genre collection de clichés, ce livre bat des records. Évidemment, son héros est un franc-maçon, ce qui permet de faire du sous-Dan Brown avec tout un étalage de mystères à deux balles à propos de cette société secrète. Le héros fait des rencontres fortuites hallucinantes :
- un espion anglais que personne n'est capable de capturer mais que lui croise par hasard,
- des Roms qui l'aident comme ça, pour le plaisir, gratuitement, parce que bon, un Américain en vadrouille dans le sud de la France, qui ne l'aiderait pas ?
- comme Napoléon, ça ne suffit pas, on y va aussi avec une entrevue avec l'amiral Nelson, parce que sinon, le who's who de l'époque ne serait pas complet,
- Cagliostro n'était pas disponible pour ce roman alors on a droit à un de ses successeurs en la personne d'un comte issu d'une branche noire de la Franc-Maçonnerie,
- le héros étant seul, on lui adjoint une mystérieuse mais belle esclave qui est en fait une prêtresse qui parle trois langues, fait la cuisine et tombe dans les bras du beau ténébreux américain,
- pour bien faire, il faut un érudit arabe, car ça fait bien mystérieux. Plutôt qu'il s'appelle Mustapha ou Ibrahim, l'auteur préfère le nommer Énoch et lui donner un surnom pas mégalo : Hermès Trismégiste.

L'intrigue ? La traditionnelle chasse au trésor, avec une équipe adverse qui essaye de doubler le gentil héros. Le but n'est rien de moins que de trouver la raison d'être des pyramides. Le tout à grand renfort de symbolique, de mathématiques (ces passages me font toujours penser au Pendule de Foucault quand Eco explique qu'on peut relier n'importe quel objet ou fait aux pyramides ou aux Aztèques dès qu'on tripatouille suffisamment des chiffres) et d'Histoire. On suit en plus la campagne d'Égypte de Nabulio, ce qui permet à l'auteur de faire péter sa science puisqu'il est historien. On croise donc les grands noms du moment et l'auteur se permet un procédé littéraire que je déteste : faire des prophéties historiques à rebours. Ainsi, regardant le général Dumas, un franc-maçon y va de sa prédiction : cet homme aura un fils qui fera de grandes choses... Au secours. Et je vous passe le recyclage de la suite de Fibonacci et du nombre d'or, ingrédients obligatoires de ce genre de livres.

Parce que vous m'êtes chers, je vais vous donner le fin mot de l'histoire afin de vous éviter de lire ce truc : la secret des pyramides, c'est que l'une d'elles cachait en son sein le livre de Thot qui donne les clefs de la maîtrise de l'univers. Je dis bien cachait, car quand le héros déboule dans la salle du trésor, le livre a disparu puisque Moïse l'a volé et est parti avec pour pouvoir traverser le désert pendant 40 ans et retrouver sa terre promise. Oui, le grand secret a été volé par des Juifs.

Détail de traduction rigolo, ce passage relevé par ma femme :
- Égyptien ? dit-il en roulant les r.

Bref, notre époque restera à jamais gravée dans l'histoire littéraire comme celle où les vampires mormons et le mystère du 13e évangile perdu des Cathares issus de la famille Romanov étaient nos seuls centres d'intérêt.

Ah oui, le livre se termine sur un suspens insoutenable puisque la belle esclave polyglotte fait semblant de mourir. La table est mise pour une suite, ça se voit gros comme le nez. Et un petit tour sur la page de l'auteur me le confirme puisque les aventures d'Ethan Gage ont à ce jour 4 tomes.

Je suis encore furieux du coup de marketing des éditions du Cherche midi, c'est vraiment du maquignonnage de bas étage que cette allusion au prix Pulitzer sur la couverture. En même temps, quand c'est Sterve Berry qui recommande la lecture de ce livre sur cette même couverture, je ne peux que m'en prendre à moi-même...

03/02/10

Dreamericana


Oh l'autre, hé. Il demande des titres steampunk dans un autre billet et il en lit un qui n'était même pas cité dans les propositions.

Ce n'est pas ma faute. Ou si peu. J'ai acheté le livre à cause de l'auteur sans en lire le 4e de couv'. J'étais pas au courant que c'était du steampunk. Bon, en même temps, avec un ballon dirigeable en couverture, il fallait faire fort pour ne pas s'en douter.

Hades Shufflin est auteur. C'est une sorte de Dan Brown qui a pondu une interminable saga steampunk qui rencontre un immense succès auprès des lecteurs. Tout le monde (y compris les critiques) trouvent son univers si riche, si immergeant, si... réel. Son cycle, intitulé Antiterra, raconte une partie d'échecs temporelle entre les Gardiens et les Voyageurs, deux camps qui s'affrontent sur une Terre uchronique. Stanley Kubrick veut adapter le prochain roman en film, c'est dire si c'est pas de la gnognotte. Et comme Hades Shufflin est un auteur sérieux, il pond un volume par an. Plouf. C'est rodé, comme affaire. Sauf que Hades Shufflin, cette fois-ci, il a le syndrome de la page blanche. Pas la moindre idée d'un début de commencement d'intrigue. Dans sa villa de millionnaire, il pète un fusible. Il envoie chier son éditeur. Il ment à Kubrick. Ça sent la fin. Mais heureusement, son éditeur (qui mériterait de s'appeler Bob) a une idée géniale pour forcer l'inspiration de son poulain : une plongée hypnotique dans l'univers mental de l'auteur. Hades Shufflin débarque dans l'univers qu'il pensait avoir créé.

Avec ses 100 premières pages qui décrivent la dérive d'un auteur blasé, Dreamericana m'a beaucoup fait penser à du Beigdeider (encore lui ?) : du cul, de la provoc', beaucoup de souffrance. On assiste à la chute d'un grand. Et on s'attend à ce que sa fiction imprègne lentement le réel de l'auteur, mais finalement tout se précipite avec cet improbable transfert hypnotique qui fait débouler l'écrivain dans l'univers qui lui a permis d'exister depuis des années. Et là, on retombe dans une ambiance connue : une uchronie avec des inventions folles, des scènes d'action, des complots, mais aussi l'amouuuur. Le héros est secondé d'un Indien et d'un chien qui parle ? Pourquoi pas.

Sauf que l'intrigue d'espionnage m'a totalement dépassée. Tout comme dans Les puissances de l'invisible de Tim Powers, ça trahissait plus vite que ça retournait sa veste. "Aha, tu pensais que je travaillais pour les Gardiens, mais en fait j'étais un agent des Voyageurs qui travaillait pour ce taoïste de Marx en se faisant passer pour un agent double..." Le héros voyage, embrasse et fuit à tirelarigot, mais je ne comprenais pas pourquoi. Oh, j'ai bien compris tout la demonstration de Fabrice Colin sur l'acte de création et la mise en abîme, et son univers steampunk avait l'air bien sympa, mais il n'avait pas le temps de le développer, il fallait mettre un point final à un combat millénaire. Sauf que moi, contrairement aux lecteurs de Hades Shufflin, je n'ai pas lu le cycle d'Antiterra, donc au lieu de savourer un univers en 20 volumes, j'ai 400 pages pour appréhender un univers. C'est peu, surtout quand on ajoute un combat symbolique entre deux races de voyageurs temporels.

C'est dommage, parce que je voulais en savoir plus sur Hades Shufflin et sa crise existentielle que je m'intéressais à la fin possible d'un univers parallèle. Or une fois que l'auteur a sauté dans sa bulle, sa vie n'a plus de place narrativement parlant.

Je me suis senti con à ne pas comprendre qui fait quoi. Éric est-il le fils d'Hades ? Kubrick est-il un Gardien ou un Voyageur ? Pourquoi ce chien parlant qui ne sert à rien ? Pourquoi Hades pénètre dans son univers mais ne se souvient pas des épisodes précédents ? Et surtout, en quoi la fin de ce monde est la fin de la partie ? Ça n'a aucune consistance pour moi. Pourtant, dans Colombo, je trouve toujours qui est le coupable avant la fin de l'épisode.

Bref, j'ai vu du steampunk en accéléré, une sorte de best of. C'est un peu dommage de commencer par ce livre pour découvrir le genre car j'ai bien senti que Fabrice Colin faisait des clins d'oeil à tout un style et que du coup je loupais une partie du plaisir de lecture. Mais par contre, ça m'a donné très envie de lire autre chose de Colin, parce qu'il a des bonnes idées et une sacrée plume. C'était juste pas le bon livre pour faire sa connaissance.

02/02/10

Mourir de rire avec Pratchett


Une petite vite (en anglais seulement) en provenance de la BBC : Terry Pratchett a parlé aujourd'hui publiquement du suicide assisté.

Je sais pas vous, mais avec son Alzheimer, Terry Pratchett est devenu pour moi une sorte de grand oncle dont je n'ai pas envie d'apprendre le décès. Je fais souvent une indigestion de Pratchett quand j'en lis, mais c'est quand même un grand monsieur de la fantasy qu'il me fera chier de perdre le moment venu.

Alors qu'il prenne publiquement position pour la légalisation du suicide assisté et que sa petite notoriété fasse avancer une cause juste, je trouve ça bien.

Voilà, voilà.

C'était le billet "Il n'y pas que la critique de roman/série télé dans la vie".
Sinon, la femme, les enfants, tout le monde va bien ?

01/02/10

Mad Men


Mad Men : une expression inventée à la fin des années 50 pour décrire les publicitaires de Madison Avenue, à New York. Inventée par qui ? Par ces mêmes publicitaires, évidemment.

Ça fait trois saisons que Mad Men caracole en tête des récompenses. Après Les Soprano et The Wire, c'est cette série qui attire à elle tous les éloges de la critique. Elle raconte la vie d'une agence de pub de Manhattan en 1960. Ses secrétaires un brin potiches aux ongles parfaitement manucurés qui tapent à la machine à écrire avec rapidité. Ses créatifs qui passent leur temps à déterminer qui pisse le plus loin en attendant LA bonne idée qui permettra de justifier leur salaire. Ses jeunes loups aux dents qui rayent le parquet et qui veulent se tailler la part du lion dans un monde des affaires qui semble infini et éternel. Ses cadres assommés par une vie familiale parfaite qui rêvent secrètement de mettre le feu à la banlieue proprette où leur famille grandit tranquillement pendant qu'ils vivent en accéléré à la ville. Ses femmes à la maison qui vivent un rêve figé où elles ont bradé leur liberté contre une sécurité factice. Ses clients qui veulent vendre, vendre, vendre, parce que c'est seulement en grossissant constamment que l'illusion de la réussite se maintient en place.

À la vérité, j'ai autant d'amour pour les publicitaires que pour les évêques pédophiles. J'ai découvert une des réalités de ce milieu avec le 99 francs de Beigbeider, mais chacun de leur slogan, de leur placement et de leur stratégie me fait gerber. Comme tout le monde, je me pense naïvement trop lucide pour tomber dans leurs magouilles de maquignons, alors que je bêle tout aussi bien que le reste du troupeau. Pourtant, Mad Men me fascine. La série décrit précisément le moment où la publicité envahit notre espace. On peut les voir travailler pour conserver à Lucky Strike son image socialement acceptable. Ils sont en train de créer du mensonge de masse, de donner son rythme de croisière à la consommation de masse, et pourtant, malgré ma colère face à cette invasion, je suis séduit par ses hommes qui, l'éternelle cigarette et le sempiternel verre de whisky à la main, rivalisent d'astuce pour faire avaler des couleuvres à leurs contemporains. C'est jouissif de les voir bosser sur la campagne Nixon vs Kennedy. Quand ils arrivent à trouver le slogan parfait, je suis admiratif de cette créativité.

Bien évidemment, Mad Men parle de la publicité mais déborde de cette vie de bureau décalée. C'est la vie familiale de ces gens qui donnent le véritable sel à la série. Ils aiment mal, ils baisent tout, ils racontent surtout des mensonges à leur femme et à eux-même. L'age d'or des 60's en prend plein les dents. Soyez les bienvenus dans un monde idéal où les femmes sont seules à la maison et n'ont personne à qui parler. Où le mari appelle le psy de sa femme pour savoir comment ça avance, cette histoire de psychanalyse. Où la femme divorcée du quartier est à peine mieux considérée qu'un Noir. Où les femmes enceintes fument et boivent.

L'accroche de la série est magnifique "Where the truth lies". Elle l'est même tellement qu'elle a dû être pondue par un de ces vendeurs de lessive.

J'avais peur que la série soit comme House M.D. et propose un produit par épisode, avec une épiphanie systématique 5 minutes avant la fin. Que nenni. C'est la vie de ces gens, le véritable arc narratif de la série. On suit en particulier Don Drapper, l'incarnation parfaite de cet homme des 60's qui a toujours une chemise propre dans un tiroir de son bureau. Sa femme, un ex-mannequin qui est en train de faisander à la maison avec son fils, sa fille et le chien, est aussi un moteur narratif important. Ma seule critique, c'est le rôle de la secrétaire de Don, une fille moche qui prend peu à peu de la place dans cet univers d'hommes. On sent qu'elle va briser des tabous et vaincre les réticences conservatrices de son monde, mais je n'arrive pas à me laisser atteindre par ce cliché de la jeune-fille-naïve-qui-débarque-de-sa-province-et-qui-apprend-la-vie-de-la-grande-ville-à-la-dure.

Est-ce parce qu'elle met en scène une époque idéalisée chère au coeur de tous les Nord-Américains et l'une des professions les plus magiques de prime abord que cette série cartonne chez les snobs comme moi ? Oui, il faudrait être encore plus menteur que les publicitaires pour affirmer le contraire. C'est un passé glorieux pour toute une génération. On y fabriquait des voitures de rêves, la musique était légèrement plus intéressante que de la dance italienne, les USA produisaient des grands hommes à la chaîne... Mad Men dynamite ce mythe de l'intérieur en montrant à quel point c'était un univers anxiogène, mais reste que le décor est enchanteur. C'est beau comme une vieille pub pour Coca Cola. Et si les babyboomers sont attirés par cet écho du passé, c'est uniquement parce que ces années parfaites étaient celles de leur enfance, où ils ne percevaient rien de la dureté de l'époque. C'est certain que c'est une époque bien plus enchanteresse pour un enfant que les années Giscard/Mitterand qui ont été celles de ma génération.

HBO est tellement furieux de ne pas être à l'origine de Mad Men qu'ils travaillent en ce moment sur un mélange entre Mad Men et les Soprano. Comment ça, Les Affranchis ? Ah ouais. Justement, ca s'appelle Boardwalk Empire et s'est produit par Martin Scorcese, qui a réalisé le pilote. Steve Buscemi y incarne un politicien gangster qui domine Atlantic City. Miam, miam.