13/08/2012

Armageddon Rag


Sandy Blair est un ancien hippie. Ancien rédac-chef d’un magazine sur la contre-culture, il végète en n’arrivant pas à écrire un nouveau roman qui stagne à la page 37 depuis des mois. Sa vie est une impasse à bien des égards. Or quand un célèbre producteur de musique est retrouvé mort, le cœur arraché, Sandy se retrouve à couvrir l’affaire pour son ancien magazine. Car le producteur en question était celui des Nazgûl, le plus meilleur des groupes de rock de tous les temps. Ce même groupe qui a cessé d’exister quand son chanteur charismatique s’est pris une balle en pleine tête en 1971 lors du concert de West Mesa. Alors Sandy part à la recherche des autres membres du groupe. Et tandis qu’il sillonne le pays en quête de ces vieilles gloires décrépies, il en profite pour rendre aussi visite à ses vieux amis hippies à qui la vie lui a fait tourner le dos. Et oui, disons-le franchement : c’était mieux avant.

GRR Martin parle de beaucoup de choses dans ce roman. L’écrivain qui peine à la tâche, la compromission de la vie petite-bourgeoise, la tentation de la normalité, les excès de la drogue, la fuite dans le new age, l’extrémisme révolutionnaire, la fureur juvénile, le cynisme… À mesure que Sandy Blair confronte son passé à la triste réalité, c’est le festival des renoncements. Musicien de génie bedonnant qui cachetonne dans des bars de seconde zone, exaltée qui vit dans sa bulle sans viande et sans télé, hippie devenu yuppie… Ces portraits font mal. La nostalgie en prend plein la gueule. Ils se donnent rendez-vous dans 10 ans sur la Place des grands hommes, mais le résultat n’est pas à la hauteur des espérances.

Martin évoque superbement cette époque de tous les possibles qui est retombée comme un soufflé au fromage. Il sait parler de la musique avec un enthousiasme communicatif qui donne envie d’aller sur Youtube pour voir jouer devant public tous les groupes qu’il convoque dans son roman. Il met également en scène les ratonnades d’antan, quand les droits civiques étaient incertains. Et il parle superbement des espoirs trahis. Des valeurs corrompues. De l’inévitable inertie. Ça forme un drôle de mélange, entre énergie rock et mollesse de l’échec. Une inconfortable langueur post-coïtale. L’auteur arrivant au final le tour de force de vous donner la nostalgie d’une époque que vous n’avez pas connue.

8 commentaires:

  1. Il y a une petite erreur : ce livre a été traduit dès parution, à La Découverte. Là, il ne s'agit que d'une nouvelle traduction.

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  2. Je l'avais lu aussi, en anglais à l'époque, il y a bien 20-25 ans. En fait, pour moi, GRR Martin est le mec qui a écrit "Armaggedon Rag", pas celui qui a écrit "A Game of Thrones" (que je n'ai d'ailleurs pas l'intention de lire).

    Une autre dimension de ce bouquin, au-delà de la galerie de portrait nostalgique, c'est aussi la dimension mystique et fantastique de l'intrigue principale: ce chanteur bizarre foudroyé en plein concert par un tireur qu'on a jamais retrouvé, une musique qui parle de fin du monde et l'histoire qui se répète, comme un vieux vinyle rayé...

    Purée, il faudrait que je me le relise...

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  3. Il était effectivement en rupture (comme la majorité des publications de Martin) mais bien disponible depuis un sacré bout de temps, avec une sortie en poche chez fleuve noire il me semble.

    Bon je suppose que c'était l'envie trop grande de basher tous les éditeurs qui ressortent du Martin à la pelle en ce moment :D

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  4. "L’auteur arrivant au final le tour de force de vous donner la nostalgie d’une époque que vous n’avez pas connue." C'est exactement ça.

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  5. Merci Gilles, comme il n'en ait pas fait mention dans les crédits de la présente traduction, je ne me doutais pas qu'il y avait eu une précédente édition française. La

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  6. Plus j'entends parler de ce livre, et plus ça me donne envie de le lire.

    "Une inconfortable langueur post-coïtale."

    Magnifique !

    A.C.

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  7. Un très chouette roman, par contre tu ne parles pas de l'aspect "surnaturel" pourtant très présent dans l'époque décrite :
    http://artemusdada.blogspot.fr/2011/10/absolute-directors.html
    comme d'ailleurs dans le roman :
    http://artemusdada.blogspot.fr/2011/05/armageddon-rag.html

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    1. J'avoue que le surnaturel ne m'a pas plus marqué que ça à la lecture. Je ne nie pas qu'il est présent, hein, mais à mes yeux c'était assez secondaire.

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