19/02/2021

Dust Adventures

 
Je continue de déterrer quelques critiques que pour une mystérieuse raison je n'avais pas publiées. Curieux hasard, j'ai récemment vu réapparaître le jeu dont il est question ici comme "nouveauté" sur une boutique en ligne. Il s'agit pourtant bien d'une publication qui a déjà quelques années, ce qui ne va pas sans poser quelques problèmes aussi - j'y reviendrais.

1947. La seconde guerre mondiale dure toujours. Les Allemands ont découvert une source technologique extra-terrestre leur permettant de reconquérir la France lors d'une seconde bataille de France. Les Alliées et la Russie mettent la main sur une partie de cette technologie, plongeant la guerre dans un statu quo durable. Bon, écrit comme ça, il faut être honnête: le pitch de Dust ne fait pas forcément très envie. Ce n'est pas comme si une seconde guerre mondiale uchronique était une première (au hasard, le Maître du Haut Château) et surtout un sujet casse-gueule.

Mais l'univers de Paolo Parente, d'abord et surtout exploité dans le cadre d'un jeu de figurines, a tout de même pour lui une iconographie très travaillée - et très bien mise en valeur dans ce bouquin, d'ailleurs. Et puis le jeu, quoique créé par un studio tiers, est édité Modiphius, ce qui est plutôt un gage de qualité. C'est que si on aime bien Cubicle 7 par ici, Modiphius est un autre grand éditeur anglo-saxon qui s'est imposé au sommet ces dernières années.

Contrairement à la plupart des autres mastodontes de l'éditeur, Dust est un jeu avec une petite gamme et un livre de base qui tient en 200 pages. Les gros jeux, c'est bien aussi, mais pour le coup, c'est plutôt sympa de disposer de tout le nécessaire pour jouer en aussi peu de pages, y compris un premier scénario. D'autant que les auteurs maîtrisent bien l'objectif rôlistique du bouquin et que chaque paragraphe, chaque description contient son lot d'idées d'intrigue. Ce n'était pourtant pas gagné étant donné ses origines figurinistes. En dépit de son manque d'originalité, l'univers sévèrement décomplexé contient la promesse de belles aventures avec un (très) grand A.

En revanche, les développements sont eux aussi décomplexés, et là ce n'est pas un compliment. Ma suspension d'incrédulité a pris des coups bien trop souvent à mon gout par manque d'explications ou de soucis de cohérence. Les difficultés commencent même dès le pitch. Hitler est assassiné et les Nazis chassés par les Allemands... qui continuent pourtant la guerre sans que leurs motivations soient bien claires. Visiblement inspiré par Indiana Jones, Dust est un monde où les artefacts et les mystères paranormaux se retrouvent à tous les coins de rue, un phénomène de trop plein à la limite du digeste par moment.

Côté règles, le jeu repose sur un duo caractéristiques (Mobilité, Physique, Présence et Mental) - compétences qui détermine le nombre de dés à lancer à chaque test. Les dés utilisés sont des dés à 6 faces (2) comportant trois symboles différents, échec, réussite et un symbole particulier permettant de déclencher des effets particuliers. Un seul lancé permet ainsi de déterminer le résultat de l'action, ses conséquences (tel que les dégâts dans le cadre d’un combat) et ses effets particuliers. Simple et efficace. Et comme l'ambiance est pulp à fond, les joueurs disposent bien sûr de capacités spéciales (dont certaines tiennent du super-héroïsme), de gadgets en tout genre et de points d'héroïsme, histoire de se sortir des situations les plus périlleuses de manière spectaculaire.

(2) En théorie, il faut se procurer des dés spéciaux (les mêmes que ceux du jeu de figurines) mais en pratique, des d6 standards fonctionnent aussi, même si la lisibilité du résultat est moins directe.

Si Dust n'encourage pas les éloges, il fait tout de même correctement le boulot, comme on dit. Le livre de base seul est un peu léger à l'arrivée, mais heureusement, le seul autre bouquin de la gamme paru à ce jour est une campagne. Ne l'ayant pas lu, espérons qu'elle tienne la route, car depuis sa parution, le jeu a été très peu porté par ses créateurs et semble maintenant abandonné.
Ceci posé, pour peu que vous cherchiez un univers pas prise de tête et que vous soyez prêt à un peu de travail pour colmater les brèches, Dust devrait vous donner satisfaction, tout en donnant une destination à cette chouette et immersive iconographie qu'il aurait été dommage de voir perdue. Ce qui n'est déjà pas si mal.

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