04/03/2007

Vengeance


Après avoir vu Munich de Steven Spielberg, j'étais sorti du cinéma en étant abasourdi par l'amateurisme de ces contre-terroristes. En plus de montrer la réciprocité des méthodes et des idéologies, le film démontrait que la motivation des intervenants est sans doute aussi importante que leurs compétences. Dans le générique, Spielberg indiquait clairement que son scénario était inspiré de Vengeance, le livre de George Jonas. Je m'étais promis de le lire, et la sortie de ce titre au format poche a été l'occasion de combler ce voeu.

Or donc, pas de surprise, le livre raconte lui-aussi la chasse que le Mossad a mis en place contre les membres de Septembre Noir à la suite du massacre des sportifs juifs aux jeux olympiques de Munich. Onze noms arabes d'importants rouages du terrorisme pro-palestinien figurent sur une liste et une équipe est envoyée en toute indépendance, avec des fonds suffisants, pour les tuer dans n'importe quel ordre. Et ces membres du Mossad, qui sont tout, sauf des super agents, vont méthodiquement réaliser leur mission patriotique en illustrant la loi du Talion.

Qu'est-ce que le livre apporte de plus que le film ? Deux points essentiels à mes yeux. Primo, la première partie du livre explique la formation d'Avner (le chef d'équipe) au sein du Mossad et donne donc des exemples tangibles de ce qu'est la fonction véritable d'un agent qui débute. Ses premières missions sont tout sauf héroïques, nous sommes à des années-lumières d'un Jason Bourne, d'un Jack Ryan ou d'un Ethan Hunt. La réalité du terrain est sordide, c'est un travail de fonctionnaire. La seule qualité qui se dégage de ce personnage, ce n'est pas son aptitude à descendre une cible (avant de partir en mission, il demande d'ailleurs à son instructeur "Mais, sinon, vous allez quand même m'apprendre à tirer sur des cibles vivantes avant que je parte en mission ?" et son instructeur lui rétorque qu'il n'y a pas de cours pour enseigner le réel.) mais bien son entêtement à terminer ce qu'il commence. Secundo, le livre permet bien plus que le film de montrer les hésitations idéologiques qui se cachent derrière une telle mission. Le groupe d'anti-terroristes est obsédé par l'idée que leurs actions ne doivent faire aucune victime innocente. Ils se rendent compte qu'éliminer des terroristes ne diminue en rien le nombre des attentats mais permet seulement à d'autres terroristres (comme Carlos) de prendre la succession des anciens. Mais surtout, pour obtenir les renseignements et le matériel nécessaires à cette mission, le groupe donne des sommes folles à des réseaux clandestins qui, ironiquement, aident aussi les activistes arabes. Enfin, les liens entre l'URSS et le microcosme du terrorisme d'alors sont abordés : le KGB est clairement identifié comme un moteur de l'escalade de la violence politique. George Jonas ne livre pas une vérité ultime (son livre a d'ailleurs été remis en question par plusieurs intervenants et lui-même avoue les limites de l'exercice journalo-biographiste) mais 30 ans après les faits, cette mécanique pro et anti est encore tragiquement d'actualité, même si les acteurs ont changé, la pièce reste la même.

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