30/04/2007

Chronicles of the Necromancer : the Summoner


En voilà une belle couverture de Michael Komarck (qui a donné vie à une superbe vision du Trône de Fer, à mon goût) qui a provoqué chez moi un achat compulsif. En lisant le titre, je me suis dit "Chouette, enfin de la fantasy qui va aborder son scénario en mettant en scène un nécromant au lieu d'en faire le Grand Méchant. Cool, ça va me faire plaisir de suivre un héros Chaotique Mauvais pour une fois." Hélas, comme souvent en fantasy, le ramage et le plumage ne correspondent pas. Gail Z. Martin accouche d'une histoire banale, dans un univers banal avec des personnages banals.

Or donc Matris Drayke est le prince en second d'un royaume nommé Margolan. Il est le petit-fils de la plus puissante sorcière de tous les temps, qui est morte non sans lui avoir d'abord appris tout ce qu'elle savait pour ensuite tout lui faire oublier "pour sa sécurité". Car le demi-frère ainé de Matris, Jared, est méchant : il est impulsif, violent et violeur. Alors un jour, paf, il tue le roi pour prendre sa place plus tôt. Du coup Matris s'enfuit du château avec ses amis pour éviter d'y passer lui aussi et jure, un peu tard, qu'il reviendra un jour avec une armée pour bouter le régicide hors du trône. Mais bon, Matris est niveau 1, il se doute bien qu'il n'est pas à la hauteur du cette quête, alors il part à l'aventure pour ramasser des XP et trouver un moyen de monter une armée capable de renverser le roi félon.

Martris est le magicien le plus puissant de son monde, mais il ne sait pas comment la magie fonctionne, car il a "oublié" les leçons prodiguées par sa grand-mère. Alors on a le droit à l'inévitable apprentissage de ses dons, les interminables séances d'entraînement à l'épée, la recherche d'un moyen de débloquer sa mémoire (expédiée à la fin de ce premier tome par un coup d'hypnotisme qu'aurait pu être réalisé dès le début par le premier charlatan de marché venu)... C'est poussif ("Olala, que la vie loin du château est bien différente de ma vie douillette de prince, hop je prends des muscles et de la corde aux doigts après 15 jours de vadrouille dans une caravane marchandes."), les compagnons du héros sont sans relief et l'auteur enfile les lieux communs comme des perles : Martris est un gentil nécromant qui ne veut pas faire de mal aux esprits, Jared est plus méchant que l'Orangina Rouge, la Gentille (qui est promise à Jared mais qui va succomber aux charmes de Martris) a un dragon comme familier, les deux personnages qui passent leur temps à s'engueuler finissent par tomber amoureux, le groupe de héros contient quand même un prince et deux princesses de trois royaumes différents, même pas foutu de se reconnaître au premier coup d'oeil, Martris met la main sur son épée magique en passant un test ridicule, le Grand Méchant est en fait un vampire qui manipule Jared mais heureusement il y a de gentils vampires (sic) qui vont aider le héros à sauver son royaume... J'arrête là, mais ces 640 premières pages fleurent bon le manque d'inspiration. Pour ne pas aider le lecteur, la carte qui ouvre le livre est illisible, mais de tout de façon, le lecteur s'en fout car les royaumes de l'hiver sont aussi intéressants que Lamotte-Beuvron un jour férié.

Bref, à moins d'adorer les récits téléphonés qui collectionnent les clichés du genre, passez votre chemin. Gail Z. Martin ne vend son livre que pour une raison : son livre est placé à côté de ceux de G.R.R Martin, ce qui fait que le flâneur de librairie peut se laisser prendre au piège de la belle couverture en allant chercher sa dose de Trône de Fer. Je me suis fait avoir à votre place, pas besoin de tomber vous aussi dans ce piège marketing.

8 commentaires:

  1. 640 pages ? Tu as tenu bon sur toute la longueur ?
    Bravo ! Ceci dit, tu me copieras 200 fois, les voyelles en rouge, les consonnes en bleu : "je ne dois pas acheter un livre sur la foi de la couverture." :)

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  2. Quand je fais une connerie, je l'assume jusqu'au bout.

    J'ai le plus profond mépris pour les gens dont l'activité est de masquer la médiocrité d'un livre sous une couverture enjoleuse.

    Ceci dit, je viens de lire le 4ème de couverture et j'avoue à ma grande honte qu'il était annonciateur d'une grosse bouse.

    Promis, je vais m'attaquer aux Malazan Books au lieu de faire de la prospection hasardeuse en espérant découvrir avant tout le monde le prochain Tolkien.

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  3. Je dois dire que j'ai eu la chance (entre 1ers et 4e de couvertures, quitte à lire quelques pages) de ne jamais tomber sur une bouse en Fantasy "par erreur de couverture". Par contre, j'ai eu l'inverse, The Council wars de John Ringo, la couverture du premier volume en Paperback est ... à faire peur, alors que le livre est bien...

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  4. Effectivement, la laideur d'une couv' peut facilement me pousser à passer à côté d'une perle de la littérature.

    C'est difficile de faire abstraction de la couv', qu'elle soit réussie ou non.

    C'est comme les commentaires élogieux tirés d'une critique dans un journal ou bien signés par un auteur du même éditeur : plus y'en a, plus je me dis qu'on me prend pour un con.

    Dans ce cas précis, David Drake (auteur de la série Lord of the Isles) disait : "Attractive characters and an imaginative setting combine in an excellent, fast-moving quest novel." La conclusion que je tire, c'est qu'étant donné la qualité de son jugement, je vais me permettre d'éviter les livres de David Drake.

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  5. Parlant d'un roman où un nécroman est le héros, qu'as-tu pensé d'Abyme?

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  6. Ah Gaborit, c'est tout à fait différent. Je suis chauvin, mais j'avoue que j'aime beaucoup le peu que j'ai lu dans l'univers d'Agone.

    Mais je rêve de lire de la fantasy où le héros est une vraie ordure, un type sans foi ni loi qui pense d'abord à lui au lieu de partir dans des quêtes stupides pour des idéaux enfantins. Je ne parle pas d'un tueur psychopathe mais bien d'un opportuniste filou capable de sacrifier la destinée de ses proches pour réussir. C'est ce que j'attendais de l'Assassin royal, mais en guise d'un tueur, j'ai eu droit à un faux méchant.

    Ceci dit, Vlad Taltos correspond bien à ce que je cherche, en fait.

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  7. Un héros opportuniste, égoïste, qui ne pense qu'à ses intérêts ? Thomas Covenant, de Stephen Donaldson. Hop ! :)

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  8. Merci du renseignement, je vais m'intéresser à cette série un jour ou l'autre.

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