06/09/2011

Le Vaisseau des voyageurs - Robert Charles Wilson

Une fois de plus, je fais remonter un vieux billet de Philippe pour y juxtaposer mon avis.

Or donc, Robert Charles Wilson ne raconte pas ici une histoire d'invasion extraterrestre mais au contraire une histoire d'évasion extraterrestre. Et ça fait toute la différence. Il se désintéresse pratiquement de ses Voyageurs pour suivre une poignée de gens qui refusent la proposition de cette race avancée. C'est comme si on venait ouvrir les portes d'une prison et que quelques rares prisonniers refusaient de sortir de leur cellule pour continuer à expier ou ne pas à avoir à affronter la société. Au lieu d'impressionner le lecteur avec des grands concepts et du spectacle intersidéral, Wilson raconte l'hommerie.
Bon, c'est parfois maladroit (un militaire schizophrène et assassin, vraiment ?) et c'est parfois long comme toutes les histoires de survie où l'on décrit en détail comment les hommes trouvent du matériel et de quoi manger. Il est difficile de se sentir concerné par ces adeptes du refus aux motivations parfois défaillantes. Ils refusent le cadeau des Voyageurs, et une part de moi n'avait tout simplement aucune empathie pour eux. C'est comme si quelqu'un de malade refusait les médicaments à cause de ses croyances religieuses : y'a des limites à ma compassion. Et là, ces gens se montent le bourrichon entre eux, nient la réalité, s'enferment dans une paranoïa typiquement américaine où la cohésion de la petite ville du fin fond du trou du cul du monde doit être plus forte que les épreuves. Alors leur survie m'indiffère, surtout quand ils font des choix collectifs incohérents.
Ça reste un roman très intéressant qui préfigure les livres suivants de Wilson où il sera arrivé à maturation de son écriture.

Cédric



Après les Chronolithes, Spin et Darwinia, j'entame 2009 avec la suite de mon exploration de l'oeuvre de cet auteur canadien, qui est en fait relativement prolifique si j'en juge par sa bibliographie sur Noosfere.
Ce qui est drôle, à lire son oeuvre à rebours en partant de Spin, c'est de discerner dans chaque roman ce qui fait la permanence de son style, et les scories dont l'auteur se débarrassera pour aboutir à l'équilibre qui est celui de Spin.
Le pitch, tout d'abord : un jour, un vaisseau extra-terrestre grand comme une petite lune arrive et se met en orbite autour de la Terre. Tout le monde s'interroge sur les motivations de ces visiteurs, qui n'émettent pas un signal vers la surface. Jusqu'à ce que tous les habitants de la Terre fassent simultanément le même rêve, qui leur propose un choix. Ils ne seront que 1 sur 10.000 à refuser la proposition des visiteurs, et le roman va suivre des représentants de cette minorité, dans une petite bourgade de l'Oregon, et détailler leurs doutes, leurs peurs, leurs espoirs et leurs conflits. 
On retrouve là ce qui fait l'intérêt des romans de Wilson : l'opposition entre une situation totalement incroyable et des personnages ordinaires dont la psychologie est détaillée avec une attention naturaliste qui parfois, comme c'est le cas ici, surpasse la cohérence de l'intrigue générale. Ce gros roman est en effet très bavard, et les personnages, bien que très détaillés, n'échappent pas tous aux stéréotypes. Au fil des discussions pour savoir qui dirigera le groupe de "survivants", on perd un peu de vue les Voyageurs qui donnent leur nom au roman, au point qu'on se demande si leur présence est autre chose q'un prétexte pour placer des hommes devant un choix cornelien. Ca pleurniche en outre beaucoup, et j'avoue ne pas avoir éprouvé beaucoup de sympathie pour les protagonistes un peu geignards.
Au final, le roman est loin d'être mauvais : même dans ses mauvais moments, Wilson, par son ambition et sa plume, tient la dragée haute à beaucoup d'écrivaillons. Mais, encore une fois, ce roman fait pâle figure auprès de son magnum opus, Spin
Bon, vous savez quoi ? Je vais arrêter de vous bassiner avec Spin, au moins tant que je n'aurai pas lu Axis, qui constitue sa suite et qui permettra de vérifier si la qualité de ses livres continue d'aller crescendo.


Philippe

7 commentaires:

  1. Marrant depuis le boulot pas moyen de laisser un commentaire...

    Dans les premiers Wilson, j'ai bien aimé la Cabane de l'aiguilleur (dans le recueil Mysterium en VF), sinon je trouve que c'est à partir des Chronolithes qu'il semble avoir trouvé son ton définitif.

    Le synopsis d'Axis est alléchant, le même univers mais une problématique et une intrigue différente... Miam !

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  2. Oui, Axis a l'air très alléchant. Je pense que ce sera le prochain Wilson que je lirai, je vais faire une pause. Mysterium, la Cabane de l'Aiguilleur et BIOS attendront un peu, je voudrai éviter l'overdose. :)

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  3. En fait, je n'ai rien à dire sur ce roman... mais cela fait partie de mes bonnes résolutions 2009 de dire aux auteurs de blogs que je fréquente assidûment que j'aime dans le silence ce qu'ils font et j'espère qu'ils continueront de nous régaler de leurs critiques et chroniques au moins toute l'année.

    Merci d'exister !

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  4. Merci pour ces voeux, Narbeuh.
    Nous avons prévu plus ou moins le même menu pour 2009.

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  5. Nous prévoyons comme seuls changements d'écouter chacun les conseils de l'autre : Cédric va lire autre chose que du polar russe (de la hard-science et des romans de fantasy dans les univers de Donjons & Dragons), et moi du polar russe.
    ;)

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  6. "On retrouve là ce qui fait l'intérêt des romans de Wilson : l'opposition entre une situation totalement incroyable et des personnages ordinaires dont la psychologie est détaillée avec une attention naturaliste qui parfois, comme c'est le cas ici, surpasse la cohérence de l'intrigue générale." Complètement d'accord c'est la marque de fabrique de Wilson. Je vais donc essayer "Le vaisseau...". Concernant Axis, c'est moins fort que Spin mais Spin est à un tel niveau qu'il sera difficile à égaler.
    PS : J'ai vu Wilson aux Utopiales en 2008 et il était venu avec sa femme. Un auteur qui vient avec sa femme est forcément un homme sympathique. Il donnait par ailleurs sa carte à tous les gens à qui il dédicaçait. Joli geste.

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  7. L'anecdote est tout à fait conforme à l'image que j'ai de l'auteur : on ne peut pas être à ce point attaché à ses personnages, sans être ouvert et abordable.

    A propos d'Axis : merci pour l'avis, Gromovar, qui m'évitera de trop anticiper le plaisir de lecture. ;)

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