13/11/2009

Les Chronolithes - Robert Charles Wilson


Nouveau détournement de billet. Philippe avait signé celui-ci en décembre 2008. Je me permets de juxtaposer nos points de vue.

Je sortais d'une grosse déception avec Darwinia, aussi j'ai attaqué Les Chronolithes à reculons. J'avais très peur de retomber sur un pitch d'enfer mais une explication à des années-lumières de l'ambiance initiale. C'est sans doute parce que j'avais condamné à l'avance ce roman qu'il m'a autant agréablement surpris.

Quelque part en 2020, une énorme structure aussi étrange que démentielle sort du néant et vient décorer un décor asiatique qui n'en demandait pas tant. Tout semble indiquer qu'elle vient du futur et qu'elle célèbre la victoire en 2041 d'un certain Kuin. Sauf que de Kuin, le monde de 2020 n'en connait aucun. Et que ce monument de mégalomanie ressemble étrangement à une prophétie auto-réalisatrice. Dans ce merdier temporel qui cherche à savoir si le futur est tributaire du passé ou bien si le passé se modèle en fonction de son futur, un homme dépassé par les évènements suit sa vie. Il est indéniablement lié au phénomène, mais comment, c'est un mystère en soi.

Un évènement impossible, donc, qui bouleverse le monde. Mais étrangement, la narration ne s'intéresse pas toujours directement à ce mystère, elle s'occupe plutôt de la vie en marge, des hésitations d'un homme écrasé par ce qui se passe. Le monde part en sucette, et ça a un impact direct sur son petit univers. Oh, il y a bien une recherche de vérité dans certains chapitres, mais ce n'est pas le but du roman. Les conséquences sociales, politiques et humaines de ce phénomène sont les véritables héroïnes de cette histoire.

Bref, une vie humaine avec en toile de fond un mystère temporel riche et bien disséqué. J'ai avancé avidement, autant pour savoir ce qui se cachait derrière le pitch à sensation du début que pour accompagner ce héros qui comprend mal ce qui l'entoure. Une SF humaine qui est venue me chercher alors que j'avais décidé que je n'étais pas client.

Du coup, mes attentes sont très élevées pour Spin. Ce qui devrait immanquablement provoquer une déception à la hauteur de mes espérances...

Cédric

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J'ai déjà parlé de Robert Charles Wilson et de son excellentissime Spin, problablement ma meilleure lecture de 2007 (Hugin & Munin: "Spin" de Robert C. Wilson : un Hugo mérité). J'avais également lu Darwinia, qui m'avait moins emballé, mais rien d'autre jusqu'à aujourd'hui. Je me rattrape en ce moment puisque je suis en train de lire le Vaisseau des voyageurs et que j'ai achevé les Chronolithes.

Le style du roman est aussi proche de celui de Spin, que les deux couvertures de Manchu sont clairement du même artiste. On y retrouve ainsi les ingrédients suivants :
  • Une accroche en fanfare, qui me fait penser au gigantisme en Art contemporain : après les étoiles qui s'éteignent dans Spin, on a cette fois-ci des monuments gigantesques qui surgissent au milieu des villes pour célébrer les victoires d'un conquérant du futur.
  • Plutôt qu'une approche hard-science, on pourra parler de rigueur dans le traitement d'un postulat scientifique extraordinaire
  • Des personnages attachants, humains et vraisemblants, pour lesquels on se sent de l'empathie
  • Un thème doux-amer, fait de mélancolie et de passions éphémères, qui me fait assez penser à la saudade des lusophones.
  • Et surtout, un traitement d'une intrigue SF par le biais du ressenti des personnages : Wilson ne s'intéresse à son accorche initiale que dans l'effet que son intrigue a sur ses personnages. La grande réussite de l'auteur, c'est d'arriver à nous faire préférer de savoir la façon dont ses personnages affrontent la crise, et ses effets sur eux, que de connaître la clé du mystère.
Bien que réussi, les Chronolithes souffrent de la comparaison avec Spin, qui le surclasse sur tous les points : l'ambition du point de départ, la description des personnages, les rebondissements de l'intrigue, la construction du récit, et la résolution du mystère. Les Chronolithes est un bon roman, Spin est un chef-d'oeuvre. Mais je l'ai assez dit, je crois. :-)

Philippe

6 commentaires:

  1. Bien que ça ne soit pas ma littérature de prédilection, à force de lire tes billets je commence à croire que je dois lire Spin.

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  2. Attends mon billet sur le Vaisseau des voyageurs, ma lecture en cours :)
    http://www.amazon.fr/vaisseau-Voyageurs-Robert-Charles-Wilson/dp/2070306399

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  3. Le recueil Mysterium vaut aussi le détour, de même que Blindlake.

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  4. Blind Lake est sur ma liste, je n'avais pas repéré Mysterium. Merci Efelle !

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  5. J'ai bien failli acheter Les Chronolithes l'autre jour, mais je dois trouver et lire BIOS auparavant. Respect de la chronologie quand tu nous tiens.

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  6. Tu ne vas pas lire le Vaisseau des Voyageurs d'abord, Cédric, histoire d'être un poil déçu pour que tes espérances ne soient pas trop élevées ? ;)

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