17/06/2009

Les Larmes du Diable


Le polar historique offre un large choix.
Nombreux sont les copieurs du Nom de la Rose, surtout en ce moment où les secrets templiers des derniers alchimistes cathares à propos du treizième apotre franc-maçon qui avait prédi la mort de Giscard d'Estaing bien avant tout le monde font la joie des tiroirs-caisses des libraires.

Ne me demandez pas pourquoi Les Larmes du Diable et pas un autre, le choix est irrationnel au possible. Disons juste que l'auteur, C. J. Sansom, était avocat avant de se lancer dans l'écriture à plein temps. Précisons aussi que ce volume est la suite d'une précédente enquête intitulée Dissolution (que je n'ai pas lue). De ce que j'ai compris des allusions au premier roman, le héros était le même et avait mené l'enquête dans un monastère. Quand je vous disais qu'ils copient tous Umberto Eco.

Les Larmes du Diable se déroule pendant le règne de la famille Tudor. Le roi Henry collectionne les épouses sans avoir de fils. Le papisme est une maladie mortelle. Londres sent la pisse. La Tamise charrie des cadavres. Bref, c'est la fête. Cromwell oblige un petit avocat bossu (c'est le héros) à partir à la poursuite de la formule du feu grégeois. Cromwell compte sur cette petite merveille alchimique pour sauver sa peau tandis que le roi est sur le point de le congédier. Quoi de mieux qu'une arme secrète capable de réduire en cendres les flottes françaises et espagnoles pour se faire bien voir d'Henry ? Et comme une intrigue ne suffit pas, le héros est aussi pris dans une affaire de meurtre dans laquelle il défend la présumée coupable qui refuse de parler.

La vision sombre et glauque du Londres du XVIIe de l'auteur est succulente. Ça magouille, ça conspire, ça fourberise : c'est un délice. Le regard du héros par le prisme juridique est appréciable : le droit de l'époque est un morceau de choix en matière de saloperie et de corruption. La quête du feu grégeois est une idée intéressante car c'est un secret historique crédible pour une fois. J'ai d'ailleurs appris depuis que la formule avait été redécouverte en 1759 mais que Louis XV avait trouvé cette arme trop monstrueuse et avait donc accordé une rente élevée à son redécouvreur pour qu'il se taise.

Là où j'ai un bémol, c'est sur le déroulement de l'histoire. Le héros (secondé par un personnage d'origine juive répondant au nom de Barak) passe beaucoup de temps à se promener entre deux rendez-vous, revient voir 3 ou 4 fois le même témoin, avance à saut de puce dans l'intrigue... Ça manque de dynamisme. De plus, le téléscopage des deux intrigues n'aide pas à rendre le récit très intense. On se moque un peu de la destinée d'une prisonnière muette quand l'idée d'armer la flotte anglaise de feu grégeois menace l'équilibre de l'Europe. De plus je trouve que le personnage de Cromwell est très décevant : c'est un donneur d'ordre sans relief, ça manque de grandeur. À noter aussi la scène d'empoisonnement la plus prévisible de l'histoire de la littérature : l'un des méchants propose gratuitement de dévoiler son plan machiavélique aux gentils tout en leur offrant du vin, qu'il ne peut malheureusement pas boire, lui. Consternant.

Mais au final, un héros faible, pas spécialement intelligent, ça fait du bien. Londres est un cloaque très riche qui fourmille de décors et de situations intéressantes. Dommage que l'auteur ne brosse pas un portrait plus appuyé de la cité et de ses habitants, c'est frustrant.

Par contre, l'éternel moine apothicaire qui sait tout : je n'en peux plus. Depuis frère Severinius dans le NdlR ("Frère Béranger est inversé dans biens des domaines..."), je trouve que ses clones sont insupportables. Je déteste quand on fait du CSI: Dark Ages systématique.

2 commentaires:

  1. Oui, ce bouquin ne vaut pas grand'chose, l'intrigue secondaire n'apporte rien hormis du volume, mais j'ai trouvé que l'intrigue principale pouvait faire un bon point de départ pour un petit scénario.

    Projet qui n'aboutira jamais : adapter cette intrigue en remplaçant Cromwell par Gilles de Rais, le feu grégeois par la fabrication de l'or (un des thèmes de sorcellerie sur lequel se sont penchés Gilles et les charlatans qui l'entourent), les ennemis de Cromwell par la famille de Gilles de Rais (notamment sa soeur) cherchant à le discréditer pour récupérer son héritage (on sait comment Gilles de Rais a terminé), et une once de démons pour faire bonne mesure. Tout ça pour Mage the Sorcerer's Crusade, avec des PJ se retrouvant au service de Gilles de Rais ou d'un de ses acolytes, malgré eux ou au service de ses ennemis.

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  2. En revanche, le premier roman avec le même personnage, "Dissolution", t'apprendra tout ce qu'il y a à savoir (ou presque) sur la période du règne de Cromwell dans laquelle eut lieu la dissolution des monastères catholiques. Celui-là je l'ai beaucoup apprécié mais c'est vrai que le second est bien en dessous.

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