31/03/09

Greg Keyes - le Prince charnel

J'ai triché, je n'ai pas lu que de la sociologie.

Note du 3 mai 2009 : ce billet a introduit pour la 1e fois le personnage fictif de Bob. Ayant eu l'heur de plaire aux visiteurs du blog, l'agent littéraire anonyme de l'interview a eu l'honneur de recevoir un nom et un avatar.
Nous sommes donc heureux de vous présenter Bob, que vous pourrez suivre via son tag : Bob.








Dialogue imaginaire entre l'auteur et Bob, son agent


- Alors, Greg, ce premier tome, là, c'était génial ! Tu nous as pondu un super truc : des chevaliers, des prophéties, le Mal personnifié qui sort de sa torpeur millénaire, des princesses, de la magie. J'ai adoré tes nonnes-ninja ! Je suis impatient : qu'as-tu prévu, pour la suite ?
- Hé bien, après le climax de la fin de la première partie, la seconde va aller crescendo jusqu'à la conclusion...
- De quoi ? Quelle conclusion ?
- Ben... du diptyque, tu sais, comme mon premier cycle...
- Allons, allons, Greg. Tu es un auteur de Fantasy. Tu peux faire quand même mieux que deux tomes, non ? Regarde un peu la concurrence : Goodkind, Jordan, Martin, Hobb : tu crois qu'ils font des diptyques ridicules, eux ? Non, quand ils pissent de la copie, c'est par mètre cube ! Tu sais pourquoi on appelle ça de la Big Commercial Fantasy ? Parce qu'elle est Big ! Et comme je n'ai pas envie d'être le premier à lancer la Small Commercial Fantasy, tu vas faire plus que deux tomes.
- On pourrait peut-être faire une trilogie ?
- Bordel, non ! Y'en a marre des trilogies ! Tout vient en trilogie, maintenant ! Les films, les livres, les BD, bientôt même la lessive se vendra en trilogie ! On dit plus "ils viennent toujours par deux, comme les couilles", mais "ils viennent toujours par trois, comme une trilogie".
- Même en appelant ça un triptyque ? J'aime bien le Triptyque des Royaumes d'Epines et d'Os...
- Non ! Une trilogie, c'est un diptyque avec une béquille. Laisse tomber.
- Ben, j'imagine que quatre, alors, comme l'Age de la Déraison ?
- Ah ouais, une quadralogie...
- Tétralogie.
- Pinaille pas. Une tétralogie, c'est mieux, ça. Plus carré. Une quincalogie aurait été pas mal, il y en jamais eu, je crois ?
- Je connais au moins le Guide du routard galactique de Douglas Adams.
- C'est pas une trilogie, justement ?
- Oui, mais en cinq tomes.
- ... On laisse tomber l'idée de cinq. Fais quatre. C'est bien, quatre. La Tétralogie des Royaumes d'Epines et d'Os, ça claque.
- Oui mais...
- Quoi ?
- Je sais pas bien quoi dire, dans le deuxième tome, du coup.
- Allons, allons, Greg. Tu écris de la Fantasy, un genre qui recycle les clichés les plus éculés plus efficacement qu'un politique sur un plateau télé. Je vais te donner quelques ficelles, tu as de quoi noter ?
- Oui, je t'écoute.
- D'abord, tu continues dans le mode choral, comme le premier. Mais tu ajoutes un personnage passif, qui te permet d'ajouter des scènes où tu fais plus de descriptions, sans faire beaucoup avancer les choses. Genre quelqu'un à la cour, mais pas un noble ou un chevalier, c'est déjà fait et eux seraient impliqués dans l'histoire. Non, un observateur, comme un bouffon ou un musicien de cour. Ouais, un musicien de cour, c'est bien. Un type naïf qui débarque, comme ça tu peux présenter comme neufs de son point de vue, des éléments déjà exposés dans le premier tome.
- OK.
- Pour les autres, tu me mets plein de combats et de scènes d'action sans véritable enjeu. Ca va vite ajouter des pages, ça, et ça donnera l'impression d'un rythme trépidant. Tu me suis ?
- Oui, oui.
- Des chapitres courts, qui se finissent toujours par un cliffhanger. Tu t'en fous si c'est complètement artificiel. Il faut un cliffhanger. Du genre, à la fin du chapitre, "soudain, il sentit une main s'abattre sur son épaule ! C'en était fait de lui !'", et quand on retrouve le bonhomme, "Heureusement, il ne s'agissait que de son meilleur copain qui lui faisait une farce !". Ca donne envie au lecteur de tourner les pages, et de toutes façons le temps qu'il retrouve le personnage qu'il a laissé en suspend, avec tous les autres personnages dans l'intervalle qui ont chacun leur chapitre, il a oublié ce qui lui était arrivé. Ca, c'est une recette imparable, c'est l'agent de Martin qui m'a l'a donnée.
- Elle n'est pas de lui, les feuilletonnistes ne faisaient pas différemment.
- Oui, maix eux, ils faisaient pas du choral. Bon, on continue. Pour l'intrigue générale, il ne faut pas que tu en dises trop. Il faut en garder pour les tomes suivants. Donc, tu te calmes question révélations, tu n'introduis qu'un ou deux nouveaux éléments, pas plus.
- Comment je fais ça ? Les personnages devraient bien découvrir quelque chose, si je continue ce que j'ai commencé dans le premier tome ?
- Non, laisse-les patauger, tu laisses planer le doute. Du genre, ils surprennent une conversation mystérieuse entre les conspirateurs, mais ils ne peuvent pas voir leur visage, ou ils interceptent un message codé énigmatique. Comme ça tu ne dis que très peu de choses.
- Bon, d'accord...
- Et puis un gros final où tous les personnages se rencontrent, avec une grosse baston !!!
- Comment je les réunis ? Ils sont chacun à un bout différent du continent ?
- La prophétie, coco. La prophétie, c'est l'anti-page blanche. Chaque fois que tu coinces en essayant de résoudre une contradiction ou un noeud de l'intrigue, tu utilises la prophétie ! Et hop ! C'est le destin. Facile, non ?
- Oui, mais... Tout ça, ça va pas faire un bouquin bien original, je le crains.
- Allons, Greg, à quoi ça sert qu'on mette que tu as été anthropologue sur tous les 4e de couverture ? Tu vas bien nous mettre un peu de langues anciennes, de coutumes tribales ou de trucs comme ça, non ? Garde le côté proto-européen, avec les proto-vikings, les proto-italiens, etc. Ca donnera l'impression au lecteur qu'il se cultive, ça le décomplexera un peu de lire de la Fantasy.
- Ouais, super. Je fais ça.
- Et puis une création originale. Comme tes nonnes-ninja, là. Tu mélanges deux trucs ensemble. Tu vas mettre... des chevaliers-zombies. Ouais. Bonne idée. Des zombies en armure, qui continuent à bouger même après avoir été découpés. Super idée. Ca permettra aussi de garder le côté un peu gore, un peu gritty, comme pour le Trône de fer ou la Compagnie noire. Et puis comme ça, ça fait un chouette contraste avec les jolies princesses qui courent pieds nus sur les paquerettes. Faut plaire à tous les publics, Greg.
- Je mets aussi du sexe, alors ?
- Non, faut pas déconner, non plus. Vaut mieux mettre des enfants éventrés qu'un bout de sein, ça choque moins. On fait de la fantasy gritty, pas de la porn-fantasy.
- Et de la porn-fantasy-gritty ?
- Tu te fous de moi ?
- Non, non...
- OK, si t'as tout noté alors, mets-toi tout de suite au boulot. Je voudrais le manuscrit pour le mois prochain.
- QUOI ???
- Oui, ça serait bien, rapport aux salons, à la promo, tout ça.
- Mais comment je fais, pour écrire un bouquin en si peu de temps.
- Facile. Moins de dialogues ! Ils sont très bons, tes dialogues, mais c'est long à écrire. Va au plus facile à écrire. Des descriptions verbeuses, des scènes d'action qui s'étirent au longueur, voilà la clef. Et puis, ne cherche pas la cohérence : tu as une prophétie, sers-t'en ! Ca permet de justifier toutes les incohérences, de faire intervenir des femmes mystérieuses qui poussent les personnages vers leurs destins avec des propos sybillins.
- D'accord. Je m'y mets.
- Et puis fais-moi confiance : si tu fais tout ce que j'ai dit, même le plus con des blogueurs lira quand même la suite, rien que pour savoir ce qui va se passer.

30/03/09

Barbababor


On va sortir un peu des trucs de geeks et études sociologiques sur les zombies, pour parler de contes musicaux. Si vous avez auprès de vous des enfants, les vôtres ou ceux des proches, ça vous intéressera sûrement. Chez nous, tourne en boucle pratiquement en permanence depuis plusieurs mois, le CD de Barbababor. Il s'agit de l'histoire d'un jeune garçon qui se retrouve entraîné dans une bouteille, sur le pont du bateau l'Alcatraz, commandé par Barbababor. Barbababor est chasseur de trésor, et Léo devient son mousse. Accompagnés de la baleine à bosse (myope) Babalina, ils sillonnent les mers, et rencontrent bien des personnages : les gars des tankers, les rebouteux de la marine, ou le terrible frère de Barbababor, le pirate Barbatribor. L'histoire est amusante, jamais mièvre et sans parti-pris simpliste : si les tankers polluent, on a besoin d'eux, par exemple. Le texte est en vers, plein de jeux de mots, et les acteurs très agréales à écouter. Mais, et surtout, ce sont les chansons qui sont très réussies et variées : des thèmes brésiliens de la baleine Babalina aux accords rocks de la colère de Neptune, toutes sont agréables et aucune n'est lassante. Ce qui vaut mieux quand vous avez comme moi deux petits gars qui reprennent à plein poumons "Hourra ! Hourra ! Hourra pour les gars des tankers !" ou "En route en route en route en avant toute !" à longueur de trajet en voiture.
A acheter les yeux fermés, dès 3 ans et jusque bien plus âgé.

(CD + Livre de 46 pages, ISBN 2844202705)

Ajout - 31/03
Un extrait du spectacle tiré du livre est visible ici.

28/03/09

The Outbreak


Un film de zombies dont vous êtes le héros, ça vous dit ?

The Outbreak est un film en ligne qui débute par un court chapitre d'une minute. À la fin de ce chapitre, un choix vous est proposé. L'histoire avance d'une minute de plus, puis rebelotte, un autre choix à faire. Comme dans les Livres Dont Vous Êtes le Héros de notre enfance, certains choix mènent à la mort. Le but est de trouver l'enchaînement de décisions qui va vous permettre d'échapper aux mangeurs de cervooo...

Une très bonne idée, bien réalisée. Une manière très agréable de perdre son temps sur Internet avec élégance et suspens.

26/03/09

Le Club des policiers yiddish


Le Club des policiers yiddish est un polar uchronique juif. Oui, les trois mots collés ensemble, ça semble un peu étrange, j'en conviens. Et pourtant...

Meyer Landsman est flic. Dépressif, alcoolique, hanté par la mort de différents proches, il est l'incarnation du héros de polar. Jusqu'au-boutiste, récalcitrant à l'autorité, son chef direct n'est autre que son ex-femme. C'est un flic issu d'une famille juive intimement liée au malheur. Heureusement, son partenaire est son cousin, un métisse juif-autochtone ni juif ni autochtone. Tout commence avec un mort dans une chambre d'hôtel, un junkie qui joue aux échecs. La routine, en apparence. L'enquête va les obliger à mettre le nez dans une communauté juive orthodoxe très particulière.

Uchronie donc. Tout juste après la seconde guerre mondiale, les israéliens se sont fait expulser de la Terre promise par les palestiniens. Les USA ont donc proposé une solution de replis à la diaspora : l'Alaska. Certes, le climat n'est pas le même que sur le plateau du Golan, mais au moins il y a de la place pour vivre paisiblement. Mais l'hébergement ne devra pas durer plus de 60 ans. Et justement, le roman commence à la veille de la rétrocession du territoire. Une fois de plus, les juifs sont obligés de partir, trouver asile ailleurs. C'est pas que l'Alaska soit le paradis sur Terre, mais les immigrants avaient fini par s'y faire, malgré quelques bisbilles avec les autochtones. Étranger chez soi.

Un décor juif tout en relief, avec des personnages pétris de tradition, des orthodoxes sortis tout droit d'une autre époque. Il y a comme une addiction au malheur chez les protagonistes, cette sourde angoisse de la perpétuelle tragédie juive. On se lamente, on ironise, on tente de trouver des raisons d'y croire encore. Le texte est saupoudré d'argot yiddish qui ne gène en rien la compréhension, bien au contraire. Au début, on va systématiquement voir dans le lexique à la fin du livre, mais rapidement, on se laisse volontiers déborder par les expressions.

C'est mon premier contact avec Michael Chabon (enfin non, il parait qu'il a co-scénarisé Spiderman 2, ce dont je ne le félicite pas) et je dois avouer que son écriture est très plaisante. L'humour et le cynisme qu'il développe collent parfaitement avec l'ambiance du polar. Son uchronie est originale, même si je trouve dommage que la sphère politique de cet Alaska yiddish soit occultée. Il y aurait bien des choses à raconter sur ce bout de terre donné puis repris. Peut être Chabon y reviendra-t-il avec une suite ?

Du coup, je passe directement aux Extraordinaires aventures de Kavalier et Clay du même auteur car ça fait des mois que Munin m'en fait l'éloge.

Je termine avec une phrase leitmotiv du Club des policiers yiddish : "Drôle d'époque pour être juif."

23/03/09

Les Scarifiés


Attention, ce billet ne contient aucun sens critique et transpire l'admiration béate.

C'est Munin qui a un jour insisté pour que je lise Perdido Street Station de China Miéville. Munin sait que j'ai une relation d'amour/haine avec la fantasy et que je suis très difficile à contenter. Je dois pourtant avouer que Perdido Street Station a été une claque littéraire. Un monde riche, un style puissant, des idées à la pelle. China Miéville est devenu pour moi en un auteur de référence. Pas juste un bon auteur, non, un type dont l'écriture me rend humble quand je joue les plumitifs.

Alors quand a enfin débarqué Les Scarifiés chez mon dealer, j'ai foncé. Déjà, la couverture de Marc Simonetti est magnifique. Celles des deux livres de poche de PSS m'avaient hanté pendant des jours, mais ces deux visages scarifiés m'ont accompagné tout au long des 850 pages de ma traversée des Scarifiés. Je parle volontairement de traversée au long cours car la densité des romans de Miéville est réelle. Il m'arrive de bouffer un polar en une nuit, mais lire la prose de cet auteur me demande beaucoup plus de temps. Ça tient à ses descriptions, très imagées, aux ambiances qu'il arrive à créer. Miéville bombarde le lecteur de références, de noms, de concepts... Son univers est foisonnant, il faudrait presque dédier un Wikipédia à part entière pour documenter les races, les pays, les villes, les quartiers, les pratiques, les guerres de Bas-Lag. Pourtant, on est jamais perdu dans cet univers. Il a beau faire allusion au débarquement ancien d'une race ou à un royaume de femmes-moustiques qui a failli dominer autrefois le monde, il n'y a pas besoin d'explication savante pour savourer ces concepts. De même, la coexistence de la thaumaturgie, de la chymie, de l'électrycité ne donne pas l'impression d'être un mélange commerciale destiné à plaire à un maximum de lecteurs : ça fonctionne.

L'histoire ? Elle est la conséquence directe de Perdido Street Station puisqu'une ancienne petite-amie du héros de PSS fuit Nouvelle Crobruzon en bateau suite au merdier provoqué par les personnages du premier roman. Sauf que son exil se complique fortement quand elle est faite prisonnière par une étrange nation flottante : Armada. Ne comptez pas sur moi pour vous spoiler le scénario, mais à l'instar de PSS, des choses importantes se préparent en coulisse.

Que dire pour vous convaincre de lire China Miéville en général et Les Scarifiés en particulier ? Un inventaire à la Prévert peut être ? Des hommes-cactus aux muscles fibreux, des hommes-moustiques à la bouche en forme d'anus, des vampères qui font payer un impôt de sang, des hommes modifiés corporellement en guise de punition judiciaire, de la magie sordide qui a toujours un prix, des créatures d'un autre plan à l'appétit insatiable, du sexe réellement sado-masochiste...

Difficile d'apposer une étiquette sur les écrits de Miéville. C'est de la SF, oui, mais mâtinée de politique. d'horreur, de fantasy. C'est par moment un joyeux foutoir, une sorte d'auberge espagnole de l'imaginaire. Mais tous ces thèmes s'emboitent adroitement.

Je tiens au passage à tirer mon chapeau à Nathalie Mège, la traductrice de Miéville. Elle fait un travail admirable de création de néologismes et de toponymie en plus de rendre toute la subtilité linguistique du texte original.

Un autre roman est déjà disponible dans l'univers de Bas-Lang : Le Concile de Fer. J'attends sa sortie en poche (fin 2009) pour m'y atteler. Je salive d'avance.

Note de Munin : si le début des Scarifiés est peut-être un peu moins accessible que celui de Perdido Street Station,  il faut reconnaître que Miéville est très fort pour poser l'ambiance, dépayser le lecteur, et placer tous ses personnages : la démesure de l'univers ne prend jamais le pas sur les personnalités complexes de ses héros. Le rythme augmente ensuite graduellement, jusqu'au climax apocalyptique. Au final, les flashs visuels nés de la lecture restent en tête longtemps après qu'on l'ait fini, comme des images rémanentes. Quant au Concile de Fer... On en parlera dans un prochain billet !

21/03/09

Dr Horrible's Sing-Along Blog


Je suis à la ramasse niveau geekitude, j'étais complêtement passé à côté de Dr Horrible's Sing-Along Blog. À croire que la vie réelle est parfois plus intéressante que la procrastination sur Internet. Bref, nos lecteurs doivent déjà connaître, mais je me permets d'en parler car j'ai énormément rigolé en regardant ces 42 minutes d'humour potache.

Le principe ? Un super méchant (Dr Horrible) qui désire intégrer la ligue des supers méchants poste sur son blog des vidéos où il raconte sa misérable vie : la création d'une arme bien vicelarde, la fois où il est presque devenu millionnaire en volant une banque, ses corvées de linge, son colocataire, la fille dont il est secrètement amoureux, les raclées qu'il prend quand le super gentil du coin (Captain Hammer) lui tombe dessus. Ces vidéos sont l'occasion pour pousser la chansonnette.

Dr Horrible est incarné par Neil Patrick Harris, l'excellent acteur qui joue Barney dans How I met your mother, la série qui aime se moquer des canadiens. Le grand et bon Captain Hammer est lui incarné par Nathan Fillion, qui était magnifique dans Firefly/Serenity. L'écriture et la réalisation sont assurées par Joss Whedon que l'on ne présente plus. Le tout a été tourné à très petit budget pendant la grêve des scénaristes de 2008 et se vend depuis en DVD sur Amazon. C'est bien évidemment disponible sur Youtube.

Je regrette presque que le projet n'ai pas débouché sur un film car c'est réellement bien foutu pour un produit à très petit budget.

18/03/09

[Scénario] Orpheus : Marchés publics, services privés

Bien que nous ayons tenté de le cacher en migrant 2 ou 3 fois de plate-forme de blog et en laissant derrière nous les billets compromettants, Cédric et moi avons signé, ensemble et séparément, une vingtaine de scénarios dans Casus Belli. Après la disparition prématurée du magazine, nous envisagions, avec quelques autres pigistes, de faire un gros PDF de ces textes, revus et enrichis des parties coupées au montage pour cause de taille de l'article, et de le mettre à disposition gratuitement. Juste pour se faire plaisir.

Le dernier numéro de Casus datant de l'automne 2006, il était temps de faire un bilan de ce projet : soit on faisait quelque chose de moins ambitieux, soit on léguait à nos héritiers le soin de collecter nos écrits, après notre belle mort au terme d'une retraite paisible passée à jouer aux JdR, siroter des caïpirinhas et regarder la 87e saison de Lost. Afin de ne pas surcharger de travail nos enfants et petits-enfants à naître, nous avons décidé de mettre progressivement en ligne nos scénarios, après le plus léger des dépoussiérages. Nous avons choisi comme formule la page générée par Google Docs liée depuis un billet sur le blog.

  • Le billet permet, par les commentaires, de recevoir vos avis, critiques, commentaires, suggestions
  • La page générée à partir du doc sur Google permet d'être toujours à jour, au fur et à mesure que les feedbacks seront intégrés au texte.

Je commence avec le scénario pour Orpheus "Marchés publics, services privés". Ce scénario est donc à votre disposition, n'hésitez pas à faire circuler le lien du billet autour du vous (plutôt que l'adresse du document lui-même, pour permettre aux gens de laisser des commentaires) et à laisser votre marque en bas de la page.

16/03/09

Being Human


Il est l'heure de faire un peu de publicité pour une série de la BBC. Non, pas Doctor Who (que je déteste) mais Being human. Je vous pitche :

Un vampire et un loup-garou, qui travaillent comme agent d'entretien/brancardier dans un hôpital de Bristol, décident de louer ensemble un appartement. Les lieux sont hantés par un fantôme qui va devenir leur troisième colocataire. Ensemble, ils vont tenter l'impossible : devenir humain.

Quelle belle réussite que cette mini-série de 7 épisodes de 57 minutes. Primo, le décor anglais apporte un réel décalage aux thèmes principaux de la série. C'est con, mais ça fait du bien de sortir du décor américain à la Moonlight, True Blood, Blood Ties, Supernatural... Bristol n'est pas une ville sexy, et c'est tant mieux. Deuxio, des clichés mais pas trop. Pas besoin de réinventer l'eau chaude : tout le monde sait quoi attendre d'un vampire (sucer le sang, immortalité, damnation...), d'un loup-garou (transformation à la pleine lune, malédiction, l'ultime prédateur...) et d'un fantôme (poltergeist, invisibilité, solitude...). Les personnages sont donc faciles d'accès, sans pour autant être caricaturaux dans le traitement du mythe : le vampire peut sortir au soleil sans problème, le loup-garou n'est jamais confronté à de l'argent, le fantôme ne traverse pas les murs. Tertio, la motivation des trois colocataires est porteuse d'un immense moteur narratif : ils veulent accéder à la normalité. Le vampire veut se sevrer du sang, le loup-garou ne pas mettre en danger son entourage quand il se transforme et le fantôme en a assez de hanter un appartement sans avoir de contact humain.

Regarder le vampire tenter de renoncer au sang est aussi jouissif que d'admirer le loup-garou tenter d'avoir une vie amoureuse. Et le fantôme est dramatiquement drôle, piégée qu'elle est dans les automatismes de son ancienne vie et son amour éternel pour son fiancé. Bien évidemment, si la cohabitation de cette ménagerie sert d'arc narratif, il y a d'autres pistes exploitées :
- la société vampirique de Bristol est très présente et notre ami le vampire a un lien assez ambigüe avec ses congénères. Peut-il rompre sa dépendance au sang si ses petits camarades en ont décidé autrement ?
- comment faire pour ne pas massacrer des innocents à chaque pleine lune ? Deux personnalités peuvent-elles cohabiter dans le même corps sans que l'une écrase l'autre ?
- qu'est-ce qui force un mort à devenir un fantôme ? Qui y a-t-il après la mort ?

Le tout est tourné sans beaucoup d'effets spéciaux (ce qui est tant mieux) à l'exception des transformations du loup-garou. Il y a quelques plans très intéressants lors de la mue, mais je trouve que le résultat final est assez râté. Ma déception ne vient pas tellement de la série que de la créature : je trouve que les loup-garous sont assez inintéressants. Les films de loup-garou veulent toujours montrer la bête à grand renfort d'effets visuels et de maquillage (quand ce n'est pas de l'infographie) alors que je trouve plus efficace de ne rien montrer et de suggérer la bestialité à travers les dégâts et les témoignages. Ce que l'on ne voit pas fait bien plus peur.

Cette première mini-saison se termine par une petite conclusion qui laisse la porte grande ouverte pour une suite. Ça serait une bonne idée, surtout si le format court est gardé. Car j'en ai soupé des saisons de 22 épisodes qui diluent le propos.

Un grand merci à Patrice L. pour m'avoir poussé à regarder cette série, je lui pardonne publiquement le fait d'être devenu fan de Legend of the Seeker.

13/03/09

Millénium


J'ai tardé à lire la trilogie Millénium.
D'une part le succès unanime de ces bouquins les rendait particulièrement louches à mes yeux, d'autre part, je pensais que le titre de la saga (Millénium) faisait référence à une inspirition new-age et que les romans allaient mélanger polar et fantastique genre le-retour-des-évangiles-interdits-du-testament-secret-de-Galilée.
Bien évidemment, je me trompais lourdement.

Or donc, comment vous parler de ces trois livres sans dévoiler l'intrigue ? Disons que Millénium débute comme un roman classique : quelque part en Suède, un vieux et riche homme d'affaires à la retraite demande à Mikael Blomkvist, un journaliste, de raconter l'histoire de sa famille. Mais la biographie est un prétexte : le véritable but de la recherche est d'élucider une disparition qui s'est déroulée il y a plus de 30 ans sur une île. Le journaliste se met donc à fouiller dans les placards des membres de cette famille puissante et curieuse pour y trouver quelques remarquables squelettes.

Raconté comme ça, le premier tome de Millénium est aussi bandant que du cassoulet en conserve servi froid avec un verre de bière très chaude. Le talent de l'auteur Stieg Larsson est de complexifier l'affaire en racontant aussi la vie de Millénium, le journal dans lequel le journaliste travaille habituellement. Millénium est une sorte de Canard Enchaîné suédois (sans l'humour), un mensuel d'investigation économique qui dénonce. Et quand l'action débute, le journal est handicapé par un scandale puisque son journaliste vedette (Mikael Blomkvist) est condamné pour diffamation par un important homme d'affaires. Dès lors, non seulement le lecteur est entraîné par l'enquête sur la disparition, mais en plus il est très intrigué par les raisons qui ont amené Blomkvist à accepter sa condamnation sans se défendre.

Autre grande idée de Larsson : ses personnages. Le récit est construit essentiellement sur deux protagonistes : Mikael Blomkvist le journaliste qui plait aux femmes et Lisbeth Salander, une gotho-geek de 24 ans complètement azimutée qui trimbale un lourd passif. On est loin du cliché du polar avec un flic divorcé dépressif qui veut se racheter en trouvant le coupable d'un meurtre sordide. Ces deux personnages hauts en couleurs ont des secrets, une vie bien remplie et un grand réalisme dans la description. Impossible de rester insensible à Lisbeth, qui incarne l'anti-James-Bond-girl à merveille.

L'intrigue en elle-même n'est pas transcendante : pour tout dire, j'ai connu des polars plus marquants du point de vue de l'enquête. On est loin de la noirceur indélébile d'Ellroy, c'est certain, mais Larsson sait raconter une histoire et prendre le temps de développer les ramifications d'une enquête. Le réalisme avec lequel il décrit le monde journalistique n'est pas le fruit du hasard : avant de devenir un auteur acclamé, c'était un journaliste travaillant très fort contre le fascisme, le nazisme et le racisme en général (et, détail rigolo pour les gens comme nous, il a également été président d'une grosse association scandinave de SF). Du coup son Mikael Bromkvist prend vie avec facilité.

Le décor suédois est étrange. Certes, les noms sont écrits dans un drôle d'alphabet qui fait ressembler plusieurs personnages à des meubles Ikea, mais je n'ai pas été dépaysé par ce décor. L'histoire pourrait se passer en Allemagne ou en Italie sans bouleverser le récit. Je n'ai pas trouvé de parfum particulièrement suédois. Ah si : un long passage se déroulant lors d'un procès montre une justice suédoise où tout le monde se tutoie et où la confrontation des preuves se fait à la bonne franquette. Aucune objection de la partie adverse, le juge n'intervient pas, les preuves sont amenées à la dernière minute, et vas-y que je fais témoigner qui je veux... Je ne connais pas le degré de réalité de cette scène, mais la justice suédoise telle qu'elle est présentée est... légère.

Bref, on termine le premier volume en se disant "C'est excellent, mais que va-t-il pouvoir raconter dans la suite ?" Et là, on se rend compte que Stief Larsson est fort.


Au lieu de refaire ce qu'il a fait dans le premier volume, l'auteur va fouiller dans le passé de ses personnages. Tout ce qui était allusif dans le portrait de Lisbeth Salander dans le premier volume va trouver une explication. Et au lieu de resté centré sur deux personnages principaux, Larsson intègre d'autres personnages à son histoire, pour briser le rythme. Des flics débarquent, les points de vue change, les personnages ont chacun leur agenda. Ça enfle, ça devient énorme, on avale de nouveau 650 pages sans s'en rendre compte et PAF, le bouquin ne se termine pas réellement. On se rend compte qu'il est obligatoire de lire le troisième et dernier ouvrage pour avoir le fin mot de l'histoire. Et là encore, Larsson rajoute de la complexité en augmentant le nombre de personnages : ce n'est plus seulement l'enquête d'un journaliste, c'est une sorte de mille-feuille avec des motards, des hackers, la police, des enquêteurs privés, la vie interne de Millénium, le changement de rédacteur en chef d'un autre pilier du journalisme suédois, des hommes politiques, le monde judiciaire... Bref, en commençant tranquillement avec une histoire assez intimiste sur une disparition sur une île, Stieg Larsson élargit progressivement l'angle d'attaque en laissant le temps au lecteur de glisser dans un complot à l'échelle d'un pays en 2 000 pages.


Des défauts ? Oui, il y en a. Pas mal de répétition, car la multiplicité des points de vue entraîne beaucoup de redites. Je trouve également que Larsson a une vision très romantique des hackers.. Le piratage des systèmes informatiques est un brin simpliste à mon goût. Je trouve également que ses méchants sont un poil caricaturaux par moment : les riches sont systématiquement mauvais, les seconds couteaux sont racistes et bêtes quand ils ne sont pas des pervers sexuels. Le personnage de Mikael Blomkvist est aussi agaçant de perfection : journaliste intègre et droit, il plait aux femmes, n'abandonne jamais... On frise le Mary-Sue. Je ne connais pas la part d'autobiographie de Larsson dans ce personnage, mais c'est par moment abusif. Autre point pénible : la traduction est assez bancale. Je ne parle pas le Suédois, mais certaines tournures dans la traduction française sont faibles ou même erronnées (je ne suis pas le seul à m'en plaindre). J'imagine que les traducteurs ont travaillé dans l'urgence, mais ça ne pardonne pas tout.

Pour finir, Stief Larsson a un gros défaut : il est mort d'une crise cardiaque. Quelque part, ça nous épargne une suite à rallonge, mais c'est bien dommage car il était doué pour raconter la vie sociale suédoise et ses histoires sordides. Évidemment, un film est déjà prêt à débarquer dans tous les cinémas du monde et une série télé de 6 épisodes va elle aussi raconter la même histoire. Il ne manque plus que la BD et le jeu de plateau.

Donc, si vous devez lire un polar nordique avec du journalisme dedans et des lesbiennes satanistes sadomasochistes, c'est Millénium qu'il vous faut. Surtout si vous avez aimé le Wallander de Kenneth Branagh comme moi.

Millénium, de Stieg Larsson
Tome 1 : Les hommes qui n'aimaient pas les femmes
Tome 2 : La fille qui rêvait d'un bidon d'essence et d'une allumette
Tome 3 : La Reine dans le palais des courants d'air

09/03/09

Greg Keyes - Le Roi de bruyère


Après Saramyr, je ne voulais pas rester, pour mon seul bouquin de fantasy du trimestre*, sur une expérience de lecture médiocre. J'ai donc pris le suivant dans la pile, toujours de la Fantasy mainstream - c'est plus facile à lire que les trucs expérimentaux qui donnent mal à la tête que Martlet se laisse refiler par de jolies libraires. Ici, on lit des trucs de geeks, des machins de para-rôliste comme dit Cédric (qui doit en être à son 45e roman dans l'univers de Warhammer 40.000, le petit veinard).

Le suivant, donc, c'était le 1er tome de la tétralogie Les Royaumes d'Epine et d'Os. Comme je ne vais pas lire tout de suite les autres (en raison de mon rationnement), j'en fais tout de suite un billet. Car j'ai été emballé, ce qui me donne l'impression d'être assez rare en ce moment, surtout en Fantasy (depuis ma déception après Toll the Hounds, je me demandais même si je n'étais pas saturé et revenu du genre).

Keyes, rappelons-le, est l'auteur d'un diptyque de fantasy chamaniste qui doit beaucoup à sa formation d'anthropologue, Chosen of the Changeling, très rafraîchissant (un copain me l'avait conseillé en me disant que c'était ce qu'il avait lu de plus gloranthien en Fantasy), et de l'uchronie en 4 tomes l'Age de la Déraison, dans laquelle Newton est un alchimiste. J'avais apprécié la première oeuvre bien plus que la seconde, que j'avais trouvé bien trop fantastique pour mériter le terme d'uchronie, et qui du coup ne tenait pas les promesses annoncées.

Le Roi de bruyère revient à une conception bien plus classique de la Fantasy : un univers figé à l'époque médiévale, un continent para-européen (les gens du sud ont des noms en "o", les gens du nord des noms à consonnance germanique, etc.), un récit "choral" avec plusieurs protagonistes (tous dans le même camp, ceci dit, contrairement au Trône de fer de Martin), le retour d'une entité maléfique, une prophétie, ... A croire que cela faisait justement partie du pari initial de rassembler autant de recettes du genre. Et, arrivés à ce passage du billet, vous devez vous demander pourquoi j'ai aimé ? (ou alors vous vous dites : "ces gars lisent des romans Warhammer ou D&D, ils sont irrécupérables. Si ça continue ils vont finir par nous chroniquer des BD de chez Soleil"**.) Ceci dit, la Fantasy a-t-elle vraiment besoin d'innover ? C'est pour certains une littérature conservatrice, voire régressive, elle dépeint un moyen-âge fantasmé figé dans un immobilisme social et scientifique multi-millénaire, et peut-être que ça ne sert à rien de vouloir tuer Tolkien une fois de plus ?

Revenons au Roi de bruyère. Si la recette est classique, les ingrédients sont soigneusement sélectionnés :
- Des personnages typés, intéressants, et variés : un forestier bourru, une princesse adolescente au caractère trempé, un moinillon linguiste, un jeune chevalier des marches débarquant à la cour...
- Des dialogues enlevés, sonnant vrai, et souvent spirituels.
- Une intrigue menée tambour battant, sans temps morts.
- Des méchants vraiment méchants, qu'on se plait à détester comme dans Robin Hobb.
- Une exposition à l'univers tout en douceur, sans description ou digression fastidieuse.
- Une utilisation intelligente des clichés susmentionnés (la figure du mal, la prophétie, ...)
- Une utilisation restreinte du fantastique, comme dans le Trône de fer ou l'Assassin royal.

Ces ingrédients sont incorporés de main de maître par l'auteur, qui réussit un quasi sans fautes. On pourra, si on veut vraiment pinailler, reprocher quelques rebondissements se succédant un peu trop rapidement alors que le lecteur aurait aimé traîner un peu sur une scène ou une situation, ou une ou deux morts de personnages donnant l'impression de survenir plus pour avoir l'étiquette gritty que vraiment justifiés par l'intérêt dramatique, mais ce sont des reproches fallacieux. Le Roi de bruyère ne m'a pas surpris, ce n'est pas son propos, mais il m'a plu. J'espère que la suite est du même tonneau, mais un survol des revues sur le web me laisse penser que oui.

*J'ai été condamné à une sentence de 2 ans et demi de livres de sociologie...
**Ce que nous avons déjà fait.


Ajout du 31/03 :

04/03/09

Chris Wooding - Trilogie de Saramyr

Cela faisait un petit moment que je n'avais pas lu de fantasy, je commençais à être en manque de cycles. J'ai donc pioché dans ma pile (le mot pilier conviendrait mieux, en fait, vu sa hauteur) un bouquin qui attendait d'être lu, dont j'avais lu une critique sympa dans Le Monde. Bon, le même article de Baudou encensait dans la foulée Scott Lynch, à propos duquel Cédric et moi sommes unanimes*. Ce premier tome d'une trilogie aurait pu être un autre "bijou de la Fantasy", comme le disait le titre de l'article du Monde.

Le livre décrit le monde de Saramyr, un univers loin d'être aussi orientalisant que la couverture de Sorel et le 4e de couverture ne le laissent croire. A part un culte des esprits, un empire bâti sur un système clanique et quelques détails vestimentaires, on n'est pas très éloigné des repères habituels. N'espérez ni dépaysement, ni inspiration pour vos parties de Légendes des Cinq Anneaux. Dans cet univers, donc, l'autorité de l'empereur repose sur l'utilisation de magiciens corrompus par leur sorcellerie comme outils de communication, espions, assassins et contre-assassins. Ces magiciens, les Tisserands, ont ainsi noyauté le noblesse et fomentent un terrible complot dont on devine les tenants et les aboutissants avant le premier tiers du livre. N'exagérons pas cependant, il tient un tout petit mieux la route que celui de la Couronne des Sept Royaumes. Bref, ces Tisserands pratiquent l'eugénisme en éliminant tous ceux qui pourraient posséder un talent naturel pour la magie, que des siècles de conditionnement culturel font haïr de tous sous le nom anglicisant d'Aberrants. Or deux Aberrants particulièrement importants sont les protagonistes du livre : une jeune fille marquée du sceau du Destin (comme on dit dans les auberges à mission) et l'impératrice héritière.

L'intrigue, très classique, est vaguement prenante, mais on a du mal à s'y accrocher en raison d'une tendance mal maîtrisée à verser dans la mode du choral, une traduction particulièrement sabotée par Fleuve Noir, avec des bouts d'anglais dedans (Seigneur Blood, Aberrant, Aberrance), des phrases sans queue ni tête et des expressions bizarre ("coins enténébrés", "prendre en fuit"...). On pourrait passer outre, si la psychologie des personnages était cohérente et/ou étoffée, les dialogues réussis, ou les descriptions indigestes mieux disséminées au milieu du reste du texte. Au final, l'accumulation des petits défauts du livre fait oublier les quelques réussites mineures (l'action qui s'accélère un peu sur le dernier tiers, le final enlevé, et les Tisserands eux-mêmes), et le bouquin a rejoint le stock des livres que j'enverrai sans moi sur une île déserte.
Pour un avis divergent (entre plein d'autres, Elbakin a comme d'habitude un son de cloche différent) :
*Bon, il sort quand, Republic of Thieves ? (Avec une couv de Benjamin Carré de préférence)