24/03/2010

Les mémoires de Zeus


Merci les éditions Milady. Merci d'abord de donner sa chance à l'auteur débutant qu'est Maurice Druon. C'est vrai, il aurait été facile de republier deux anciens livres de 1962 et 1967 d'un vieil auteur mort pour en faire une nouvelle édition, mais non, ils ont pris un risque énorme et ont décidé de tendre la main à la relève. Chapeau bas.

Ensuite, merci d'avoir donner également sa chance à un illustrateur qui monte. Je connais mal ce jeune créateur, mais Istockphoto est un artiste en devenir que je vais suivre attentivement. Un autre éditeur, comme Bob, aurait pu choisir un clipart, mais Milady s'est fendu d'une compo originale, ça fait plaisir aux yeux.

(en plus, on voit sur l'image originale que la statue a un trident, c'est donc Poséidon et non Zeus)

Ceci étant dit, Les mémoires de Zeus, c'est quand même pas mal. Moi qui ne suis jamais foutu de me rappeler les noms des Muses (à part Clio, parce que c'est une voiture, fastoche) et qui connais aussi bien la culture grecque que l'histoire de la proctologie mongole du 16e siècle, je partais de loin. Et pourtant, cette fausse autobiographie de Zeus retrace tout le parcours du roi des dieux et du dieu des rois avec une maestra évidente. Maurice Druon s'amuse en érudit en racontant ces souvenirs divins. Quelque part, c'est un petit peu "L'Olympe pour les nuls" que ce roman : on apprend plein de choses (ou on se les fait rappeler) sans que ça soit pompeusement universitaire. On reconnait certaines obsessions des années 60 dans les commentaires de Zeus sur la maîtrise de l'atome et le nazisme, mais ça reste léger. Druon avait beau être gaulliste, ce n'est pas le général qui parle par l'entremise de la bouche de Zeus.

Et là, sans transition, je vais vous parler de cybernétique. Je sais, il n'y a pas de lien évident au premier regard. Et pourtant...

Le Collège de France propose des podcasts aussi gratuits que passionnants, je l'ai déjà maintes fois dit dans des billets précédents. Il y a entre autres un très intéressant colloque intitulé "L'homme artificiel" qui est disponible en 24 épisodes sur iTunes. Oui, le cyborg de demain, le nexus 6 que l'on fantasme si souvent dans notre littérature de gare. Ce colloque traite aussi bien des avancées technologiques actuelles en matière de sang artificiel, de la thérapie génique que des mythes reliés au concept d'homme artificiel dans nos différentes cultures (également, un passage très inspirant sur la greffe de testicules de singe sur des hommes). Or il se trouve que la mythologie grecque est bourrée de références à cette idée aussi vieille que le monde. Pandora la femme bionique, la première prothèse cyber que fut l'épaule en ivoire du roi Pélops, les automates créés par Héphaïstos... C'est passionnant de voir que les Anciens avaient déjà abordé tous ces thèmes il y a bien longtemps. Les mythes, ça voit loin, des fois.

Alors voilà. Les mémoires de Zeus, c'est très bien pour se donner un peu de matière en attendant la sortie du Clash des titans. C'est infiniment plus intéressant qu'Harry Potter et les Olympiens. Et pour bien fermer la boucle, on peut regarder le superbe Agora d'Alejandro Amenábar, parce qu'à un moment, les dieux sont morts et ont été remplacés. Ça fait cogiter sur nos panthéons medfan aussi plats que des limandes.

Et les podcasts du colloque sur l'homme artificiel, c'est génial pour aborder les problèmes de conception d'une simple main artificielle, les mythes de la vision artificielle ou l'idée fausse que le cerveau n'est qu'une sorte de machine de Turing.

5 commentaires:

  1. Uglah24/3/10

    Salut
    Un bon moment de lecture que ce roman. Je n'avais de Druon que l'image de l'académicien très désagréable des dernières années.
    J'ai particulièrement aimé le comparatif polythéisme / monothéisme.
    A propos de la couverture, je préfère celle-ci à celle de l'édition grand format particulièrement hideuse.
    Cordialement

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  2. J'ai du mal à déterminer si le texte vaut le détour ou non mais je me suis bien marré en te lisant.

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  3. Ah, Druon. C'est pour moi une de ces lectures de jeunesse qui marque définitivement, mais qu'on n'ose pas reprendre de peur que la réalité ne soutienne pas la comparaison avec le souvenir. Les Rois maudits, Mémoires de Zeus, mais aussi Alexandre le Grand.

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  4. Efelle, c'est un bon texte si tu as une connaissance limitée du soap opera à la grecque. Druon, c'est solide, ce n'est pas dénué d'humour, mais ça te taille une chronique divine à coups de burin avec facilité.

    J'imagine que pour des lecteurs déjà versés dans l'histoire familiale de ce que coureur de jupon de Zeus, c'est moins efficace.

    Pour Alexandre le gland, je n'ai jamais été attiré par le personnage. Sa légende me laisse de glace, c'est rédhibitoire. Mais j'ai l'intégrale des Rois maudits qui me fait de l'oeil dans la PAL, je vais devoir y passer pour combler ce trou culturel.

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  5. J'ai finalement vu Le clash des titans en 3D.
    La troisième dimension n'apporte aucune profondeur.
    J'ai rarement vu les dieux de l'Olympe aussi mal filmés.

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