19/10/2010

Au bord de l'eau


Vous allez finir par croire que je suis atteint de sinophilite compulsive. Mais en discutant dans les commentaires d'un billet sur Le disque de jade, je me suis rendu compte que je n'avais pas dit assez de bien publiquement de l'adaptation BD d'Au bord de l'eau chez Delcourt. Au bord de l'eau est à l'origine un récit écrit par plusieurs auteurs mais fixé dans une forme plus ou moins définitive au XIVe siècle. C'est grosso merdo l'histoire de 108 brigands qui vivent des tribulations tandis qu'ils deviennent hors-la-loi pour échapper à des officiels corrompus ou mesquins. C'est une oeuvre furieusement authentique et aussi fondatrice que L'Odyssée, mais le texte n'est pas toujours d'une grande accessibilité. Les personnages changent de nom aussi souvent que de chemise et la narration prend des détours qui n'en finissent pas. Je suis personnellement aussi désarçonné devant ce texte ancien qu'un Chinois doit l'être devant Le morte d'Arthur. C'est un autre monde, un autre code, d'autres référentiels. Je ne dis pas que c'est inintéressant, c'est juste que je ne suis culturellement pas assez équipé pour apprécier le récit dans sa forme la plus historique. Tout comme je ne comprends pas l'Iliade à cause des mêmes carences historiques. Que voulez-vous, pour ma génération, Ulysse a un pistolet laser et son fils possède un robot qui mange des clous.

Et donc, Delcourt a lancé une adaptation BD d'Au bord de l'eau. Est-elle fidèle à l'oeuvre originale ? Je n'en sais rien. Ce que je sais, c'est que l'histoire telle qu'elle est redite via la BD, m'est accessible. Ça tient au découpage plus contemporain, au scénariste qui a taillé dans le gras, à la narration qui correspond plus à l'air du temps. Le graphisme est étrangement séduisant, à base de photo-montage. C'est chaleureux. Découpé en BD de 48 pages, l'histoire me semble moins écrasante de complexité. Les personnages virevoltent, se battent et s'apostrophent : j'en ai plein les mirettes, comme au cinéma. Car oui, c'est une BD qui lorgne plus du côté de HK Video que de la BD belge. Pourtant, elle ne verse pas dans la démesure du manga, elle reste sagement chinoise.

Un défaut ? Oh que oui. Je sais déjà que le cycle n'ira pas jusqu'au bout. Combien faudrait-il de tomes pour traduire tout le livre original ? Trop pour mon porte-feuille. Ça ne tient économiquement pas debout. Reste une belle adaptation graphique qui met de belles images en tête et me permet de mieux comprendre pourquoi Au bord de l'eau est aussi incontournable dès que l'on s'intéresse à la Chine.

2 commentaires:

  1. Faudra que je creuse...

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  2. J'ai commencé à lire Au bord de l'eau et c'est vrai que c'est déstabilisant. cela dit, j'ai eu exactement le même problème avec les sagas. C'est assez répétitif. Je crains quand même que la bd ne soit trop résumée à mon goût. Dilemme.

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