31/03/10

Le quatuor algérien


Je suis loin, mais le vent mutin m'apporte parfois des odeurs chargés de souvenirs, des échos du vieux pays. Des fois, ce sont des mots qui sentent mauvais :

Vous faites partie de ces harkis qui ont vocation à être cocus jusqu'à la fin des temps (...). Vous êtes des sous-hommes, vous êtes sans honneur.

Ah, le socialisme du Languedoc-Roussillon...

L'Algérie, c'est un grand oncle/beau-père qui a fait son service militaire là-bas et qui n'en parle jamais. C'est une génération pour qui le mot "bicot" n'est pas péjoratif. Ils ont "fait l'Algérie" comme d'autres "font un cancer". Autant de bombes à retardement dans les réunions de famille prêtes à exploser dès que l'on évoque cette zone interdite de la mémoire nationale.

Alors quand un auteur algérien évoque dans ses polars cette période que tout le monde veut oublier, ça fait mal. Et encore, à la colonisation et la révolution, il faut ajouter la tentation de l'Islam radical, la cruauté militaire et la lente agonie d'une guerre civile. Alors, quand en plus l'auteur met en scène des enquêtes criminelles dans cette Algérie, ça fesse. C'est pas vraiment du Éric-Emmanuel Schmitt. FLN, GIA, Raïs, harkis, fellagas... Les ingrédients sont difficiles à avaler et font également mal quand ils ressortent de l'autre côté. Les filles suédoises tatouées qui se vengent de leur violeur, à côté c'est "Oui-Oui à la campagne".

D'autant que l'auteur sait de quoi il parle. Car derrière le pseudonyme de Yasmina Khadra se cachait autrefois Mohammed Moulessehoul, un officier algérien ayant connu l'école militaire dès l'âge de 9 ans. Alors son commissaire Brahim Llob, ce n'est pas une création artistique née sur la terrasse du café de Flore. Il pue le réalisme. Il suinte de contradictions.

Il ne correspond pas du tout au prototype. Il en faut toujours un. Quand il y en a un, ça va. C'est quand il y en a beaucoup qu'il y a des problèmes

Ah, l'humour auvergnat...

N'attendez pas du commissaire Llob une visite touristique d'Alger : ses enquêtes ne font nullement la promotion de l'exotisme sauce Club Med. Urbainement parlant, l'action pourrait avoir lieu dans n'importe quelle ville nord-africaine. Mais ce qui fait la saveur si spéciale de Yasmina Khadra, c'est les soubresauts de la conscience algérienne. Le colon chassé, les emmerdes ne font que commencer. L'idée même de réconciliation nationale est impensable. Le parti unique n'y fonctionne pas, alors place au multipartisme qui va ouvrir la brèche au radicalisme religieux. D'autres tortures, d'autres attentats.

Llob est croyant, écrit des polars et envoie chier tout le monde, qu'il soit bistrotier ou ministre. Son passé de maquisard teinte clairement sa vision de la nation, mais il assiste impuissant à la débandade nationale. Il ne mène pas tant des enquêtes qu'il se fait mener par elles. Il fait son travail tandis que dans la rue, des barbus assassinent des intellectuels. Ambiance délétère. Goût métallique dans la gorge à chaque chapitre.

Le corps français traditionnel.

Ah, les anciens d'Occident et du GUD qui deviennent de respectables ministrables...

Il y a peu d'espoir dans cette ambiance qui oscille entre stigmates de la guerre d'indépendance et atrocités de la guerre civile. Mais ce n'est pas l'horreur lointaine d'une planète de SF, c'est l'Algérie que l'on connait depuis toujours. Celle des Mourad et Azziza qui ont maintenant le cul entre deux chaises entre une Algérie qu'ils ne connaissent pas et un France qui ne les reconnait pas.

Yasmina Khadra décrit très bien ce monde qui part en déliquescence. Des politiques véreux. Des algériens moyens coincés. Des salopards à tous les coins de rue. Le livre pèse lourd dans les mains, et ce n'est pas uniquement à cause du fait qu'il regroupe 4 romans.

Les Français issus de l'immigration sont plus contrôlés que les autres parce que la plupart des trafiquants sont noirs et arabes... C'est un fait.

Ah, les raccourcis sociologiques... Pourtant, maître Eolas le dit : on ne voit que ce qu'on regarde.

Dans mon billet sur The city & the city, j'évoquais notre don pour ne pas voir les choses qui nous entourrent. Cette Algérie meurtrie, je l'ai découverte avec L'ennemi intime, un peu. Mais c'est finalement le commissaire Llob qui m'a ouvert les portes sur ce purgatoire algérien. Je me doutais bien que c'était pas joli-joli, une guerre civile, mais après ce quatuor, pas moyen de prétendre que je n'étais pas au courant. C'est marrant comme je n'en ai pas entendu parler pendant toute ma scolarité. L'Algérie, c'est le cousin dont on a honte et dont il est interdit de parler à table.

Au passage, la couverture indique "Thriller". Je trouve ça incroyablement déplacé. C'est même insultant pour les millions de morts. Aurait-on l'idée d'apposer le même tag publicitaire sur la couverture du Journal d'Anne Franck ? Même si ce n'est qu'un polar, ce quatuor algérien a pour cadre un pays en charpies.

Ceci dit, j'avoue que lire ces 4 romans à la queue leu leu, c'est lourd. Ça pèse sur l'estomac et sur la conscience. Je sais qu'il existe un film tiré du roman Morituri, mais rien qu'à regarder la bande-annonce, je sais que ça va m'enfoncer encore plus dans la sinistrose. Et j'ai besoin de légèreté après ce voyage en apnée dans la vie de Brahim Llob.

Quand on ajoute à ça, le bruit et l'odeur...

Tu vois, contrairement à Polnareff, je n'ai pas le mal de toi, ma petite France.

PS : dans un tout autre registe (encore que), les rôlistes se souviendront sans doute de Jean-Hugues Matelly, auteur en 1997 d'un bouquin sur le JdR aux Presses du Midi. C'est un gendarme de conviction, mais également un sociologue qui cogite ailleurs qu'au café du commerce. La hiérarchie du monsieur lui reproche depuis quelques temps d'avoir dit tout haut quelques vérités sur la gendarmerie et veut lui fermer son clapet de bidasse. La grande Muette, quoi. Monde de merde, comme dirait Georges Abitbol...

29/03/10

Jacobius, mémoire d'un inquisiteur (verset 4)

Patrice Larcenet est insatiable.
Lors de la publication des 3 premiers versets de Jacobius, mémoire d'un inquisiteur, il vous a réclamé 5 commentaires lui demandant la suite. Et vous l'avez fait. Alors il tient parole et nous livre le verset 4.

Mais voilà, pour publier le verset 5, Patrice exige maintenant 6 commentaires. Et oui, ma bonne dame, tout augmente, c'est l'inflation.

Je l'ai prévenu, je lui ai dit : "Patrice, tu vises trop haut, 6 commentaires, les gens ne peuvent pas se le permettre en ce moment, à cause de la crise et tout ça." Mais Patrice est intraitable : si on ne lui livre pas 6 commentaires en petites coupures, il efface le verset 5 de son disque-dure.

Alors bonne lecture, et n'oubliez pas de commenter. Sinon...

26/03/10

Robin Hobb - The Tawny Man / l'Assassin royal 2 le Retour





- Mme Hobb, Bob à l'appareil.
- Bonjour M. Bob. J'attendais votre appel.
- Oui, c'est à propos de votre manuscrit. Je viens de le finir.
- Ah... Et ?...
- J'ai bien aimé. Très chouette. Bien, prenant, et tout. Mais...
- Mais ?
- Non, il n'y a pas de mais; c'est bien. On rentre facilement dedans, c'est sympa, ce mélange de Dallas et de Fantasy, ces bateaux qui parlent. Vos personnages sont bien campés : on a envie de cogner les méchants, et de baffer les gentils. Au début, un manuscrit de choral-fantasy, de vous, j'y croyais pas. Mais au final vous vous défendez bien. Je publie.
- Oh, merci, M. Bob.
- Mais...
- Mais ?...
- Mais en fait, ce que j'aimerais vraiment, c'est une autre série sur FitzChevalerie. Vous pourriez pas me mettre une petite trilogie sur le sujet, là, vite fait ?
- Ben... C'est que...
- C'est que quoi ? C'est une question d'argent, c'est ça ? Vous en faites pas. Ca se vendra comme des petits pains, et je suis prêt à mettre le prix.
- Non, c'est pas ça. C'est que je sais plus trop quoi dire, avec Fitz. Et j'aimerais bien passer à autre chose que les Six-Duchés.
- Bon, faisons un deal. Vous me faites une trilogie sur Fitz, et je publie ce que vous voulez derrière. Même de la chick-lit. OK ?
- Bon, d'accord. Mais je raconte quoi, dans cette nouvelle trilogie ?
- Facile. A la fin de la précédente, Fitz vivait en ermite. Vous embrayez là-dessus, et vous me tartinez environ 300 pages sur Fitz qui boude dans sa cabane, histoire qu'on comprenne bien qu'il est misanthrope, aigri, amer, rejeté et oublié de tous. Non, allez, vous m'en mettez 400. Pas trop de dialogue, hein, insistez bien sur les monologues intérieurs, les regrets, tout ça. Vos lecteurs aiment bien qu'il chougne, alors vous mettez le paquet.
- Bon, d'accord. Mais ensuite ?
- Ben, ensuite, il faut un complot. Il faut que Fitz revienne au palais, donc on en remet une couche avec la loyauté familiale. Faut du pathos, hein, du mensonge et de la dissimulation. Si Fitz décide tout à coup que la solution à tous ses problèmes, c'est le dialogue et la franchise, tout tombe à l'eau. Donc il reste méfiant et paranoïaque, et fait foirer toutes ses relations.
- Et le complot ?
- Ah oui. Euh... Bon, à ce stade, vous pouvez le laisser tomber, c'est surtout pour faire retourner Fitz au château et lui donner des ennemis. En fait, on s'en fout un peu, ce qu'il faut, c'est une quête un peu mystique autour des dragons, comme à la fin de la 1e trilogie. Là-dessus, vous pouvez faire durer tout le troisième tome.
- Ca va pas faire un peu redite ?
- Qui s'en soucie ? Et puis, les lecteurs ne remarqueront même pas, la plupart lisent tellement vite et tout ce qu'il leur tombe sous la main que deux semaines après avoir refermé un bouquin, ils ne savent plus de quoi il parlait. Et vu que rien ne ressemble plus à une trilogie de Fantasy qu'une autre trilogie de Fantasy, ils tiqueront pas.
- D'accord.
- Evitez juste les dialogues. Les dialogues, ça donne du rythme, du sens, du dynamisme. Evitez ça. Vous, vous êtes bonne dans les dilemmes un peu puérils, la moralité simplette, et les conflits d'allégeances tranchés : qui je dois sauver ? Mon meilleur ami, ou mon roi ? Qui je préfère ? Mon loup ou ma femme ? Ca, ça plaît, chez vos lecteurs, et vous pouvez facile faire 30 pages chaque fois que Fitz se demande si il prend fromage ou dessert ou les deux.
- C'est noté.
- La seule chose que je vous demande, c'est un Happy End. La première fois, les gens étaient un peu énervés, il y a eu des courriers de protestation. Ce coup-ci, je voudrais un truc bien dégoulinant de bons sentiments, où tous les gentils de la série se retrouvent pour le final, et dansent autour de Fitz et de son amoureuse en leur lançant des pétales de fleurs.
- Euh... Vous êtes sur ? Vous voulez vraiment ça ?
- Laissez tomber les pétales de fleurs, vous avez raison. Ca ferait too much. Mais pour le reste, allez-y.
- D'accord.
- Super. Vous pouvez me faire ça pour quand ?
- En fait, tout de suite. J'ai tapé en même temps qu'on parlait, et les 3000 pages sont prêtes. Je vous les envoie à l'instant.
- Mme Hobb, vous êtes géniale. Ca va faire un tabac, vous allez voir.

24/03/10

Les mémoires de Zeus


Merci les éditions Milady. Merci d'abord de donner sa chance à l'auteur débutant qu'est Maurice Druon. C'est vrai, il aurait été facile de republier deux anciens livres de 1962 et 1967 d'un vieil auteur mort pour en faire une nouvelle édition, mais non, ils ont pris un risque énorme et ont décidé de tendre la main à la relève. Chapeau bas.

Ensuite, merci d'avoir donner également sa chance à un illustrateur qui monte. Je connais mal ce jeune créateur, mais Istockphoto est un artiste en devenir que je vais suivre attentivement. Un autre éditeur, comme Bob, aurait pu choisir un clipart, mais Milady s'est fendu d'une compo originale, ça fait plaisir aux yeux.

(en plus, on voit sur l'image originale que la statue a un trident, c'est donc Poséidon et non Zeus)

Ceci étant dit, Les mémoires de Zeus, c'est quand même pas mal. Moi qui ne suis jamais foutu de me rappeler les noms des Muses (à part Clio, parce que c'est une voiture, fastoche) et qui connais aussi bien la culture grecque que l'histoire de la proctologie mongole du 16e siècle, je partais de loin. Et pourtant, cette fausse autobiographie de Zeus retrace tout le parcours du roi des dieux et du dieu des rois avec une maestra évidente. Maurice Druon s'amuse en érudit en racontant ces souvenirs divins. Quelque part, c'est un petit peu "L'Olympe pour les nuls" que ce roman : on apprend plein de choses (ou on se les fait rappeler) sans que ça soit pompeusement universitaire. On reconnait certaines obsessions des années 60 dans les commentaires de Zeus sur la maîtrise de l'atome et le nazisme, mais ça reste léger. Druon avait beau être gaulliste, ce n'est pas le général qui parle par l'entremise de la bouche de Zeus.

Et là, sans transition, je vais vous parler de cybernétique. Je sais, il n'y a pas de lien évident au premier regard. Et pourtant...

Le Collège de France propose des podcasts aussi gratuits que passionnants, je l'ai déjà maintes fois dit dans des billets précédents. Il y a entre autres un très intéressant colloque intitulé "L'homme artificiel" qui est disponible en 24 épisodes sur iTunes. Oui, le cyborg de demain, le nexus 6 que l'on fantasme si souvent dans notre littérature de gare. Ce colloque traite aussi bien des avancées technologiques actuelles en matière de sang artificiel, de la thérapie génique que des mythes reliés au concept d'homme artificiel dans nos différentes cultures (également, un passage très inspirant sur la greffe de testicules de singe sur des hommes). Or il se trouve que la mythologie grecque est bourrée de références à cette idée aussi vieille que le monde. Pandora la femme bionique, la première prothèse cyber que fut l'épaule en ivoire du roi Pélops, les automates créés par Héphaïstos... C'est passionnant de voir que les Anciens avaient déjà abordé tous ces thèmes il y a bien longtemps. Les mythes, ça voit loin, des fois.

Alors voilà. Les mémoires de Zeus, c'est très bien pour se donner un peu de matière en attendant la sortie du Clash des titans. C'est infiniment plus intéressant qu'Harry Potter et les Olympiens. Et pour bien fermer la boucle, on peut regarder le superbe Agora d'Alejandro Amenábar, parce qu'à un moment, les dieux sont morts et ont été remplacés. Ça fait cogiter sur nos panthéons medfan aussi plats que des limandes.

Et les podcasts du colloque sur l'homme artificiel, c'est génial pour aborder les problèmes de conception d'une simple main artificielle, les mythes de la vision artificielle ou l'idée fausse que le cerveau n'est qu'une sorte de machine de Turing.

22/03/10

Jacobius, mémoires d'un inquisiteur


Tel qu'annoncé, c'est maintenant au tour de mon ami Patrice Larcenet de proposer une série à suivre. Elle s'intitule Jacobius, mémoire d'un inquisiteur. Mais contrairement aux Enfants de Cayenne, Jacobius n'est pas juste une nouvelle, c'est un roman plein et entier. Non, ça ne raconte pas comment un évêque a joué à touche-pipi avec des enfants de choeur, c'est une histoire plus... moins... Le mieux est de lire les 3 premiers chapitres pour comprendre de quoi il en retourne.

Toutefois, Patrice a une exigence, et vous allez voir qu'elle est légitime : pour publier la suite, il attend de vous le chiffre astronomique de 5 commentaires lui demandant de continuer. Cinq messages, même aussi simples que "kikou lol, j'ai kiffé ton truc, j'veux trop savoir ce qu'il se passe après". Vous conviendrez que c'est la moindre des choses.

Jacobius, mémoire d'un inquisiteur

20/03/10

Les re-cycles de Fantasy (Brent Week - l'Ange de la Nuit)



- Bob ?
- Hmm ?
- Je peux te déranger un instant ?
- Grmmbl... Qu'est-ce qu'il y a encore ?
- Ben, tu sais, je suis à la page 1297 du 13e tome de mon heptakaidecalogie, et je sèche un peu. J'arrive pas à trouver des idées originales...
- Originales ? Pourquoi cherches-tu des idées originales ?
- Ben, pour que le lecteur, il s'ennuie pas, qu'il ait pas un sentiment de déjà-lu, et puis pour le surprendre...
- Mais bon sang ! Qui t'a foutu ces idées saugrenues dans le crâne ? Combien de fois il faudra que je le répète ! Le lecteur, des idées originales, il en veut pas ! Il ne veut pas de surprises non plus ! A ton avis, pourquoi il lit de la Fantasy, ton lecteur ? La Fantasy, on l'aime parce qu'elle ne change pas !
- Heuuu... Mais c'est pas un peu ennuyeux, que ça change jamais ?
- Si ça l'emmerdait, le lecteur, il lirait de la SF à la place.
- Pas faux...
- Evidemment !!! C'est ça la différence : le progrès ! Le changement ! Les innovations ! Tu me fous des idées originales dans un univers de Fantasy, et en moins de temps qu'il n'en faut pour lire un Gemmell, on se retrouve avec des machines à vapeur, des imprimeries, et des revendications pour l'égalité des hobbits et des hommes. Tu te prends pour Miéville ou quoi ? La dernière chose que veut un lecteur de Fantasy, c'est retrouver dans son univers régressif les préoccupations qu'il cherche à fuir dans la réalité quotidienne.
- Mais, Bob, pourtant, on pourrait en mettre des critiques sociales, non ?
- De quoi ? Du système féodal ? Tu veux te faire interdire de librairie à Monaco ? La seule réflexion que supporte la Fantasy, c'est le conte moral. Et ça, c'est un genre bien codifié, ça s'appelle la fable, et on fait pas ça ici. Si ça te branche, je peux te filer les coordonnées de Paulo Coelho, un bon dans sa partie. Il a qu'à mélanger deux proverbes et une connerie new-age pour faire un nouveau best-seller.
- Euh, nan, en fait, ce qui me botte, c'est les paladins, les batailles, les prophéties, tout ça, quoi.
- OK. Je te rassure, tu n'as pas besoin d'être original pour avoir du succès. De toutes façons, tout a déjà été écrit. Ce qui compte, si tu veux réussir ta tambouille, c'est pas les ingrédients, c'est la sauce. Et c'est encore plus vrai en Fantasy qu'ailleurs. Il ne faut pas créer, il faut recycler. Et les meilleurs, ils n'écrivent pas des cycles, mais des re-cycles. Tiens, je vais te prendre un exemple.

Brent Weeks - la trilogie de l'Ange de la nuit - La Voie des ombres (t.1)


Ce mec, il a tout capté. Il sait que le lectorat d'aujourd'hui, il se divise entre lecteurs de Fantasy-vanille et amateurs de gritty-fantasy, alors il marche autant dans les traces de Robert Jordan que de GRR Martin. Pour l'univers, il fait du classique : un continent, des peuples exclusivement humains dans les cultures desquels on reconnaît les traditionnels emprunts à l'Europe médiévale avec les touches d'exotisme habituelles (samurai, vikings, pictes, ...), histoire qu'on soit pas trop dépaysé et qu'on entre rapidement dans le vif du sujet. Il y a plein de conflits politiques et des forces en présence dont certaines semblent sorties de la Roue du Temps (Aes Sedai, Whitecloaks, ...).

Il ne commet pas l'erreur de Tolkien : un univers comme ça, plus cliché que classique, il ne risque pas de voler la vedette aux protagonistes. Et justement, qui est le héros ? Le summum de la coolitude des univers de Fantasy : un assassin. Pas n'importe quel assassin : rien de moins qu'un super-ninja aux pouvoirs mystiques, avec un code de conduite ultra-rigoureux, et moins de remords et de conscience qu'un trafiquant de diamants en train de négocier une concession à vie. Enfin, un auteur qui ose ! Du sang, des tripes, du sordide, du macabre, de la violence !

Ca commence par l'enfance du héros, quand il faisait partie d'une guilde de mendiants, dont le meneur utilise le viol pour mater les récalcitrants. On pourrait difficilement faire plus sordide, mais en fait, Brent Week est à Bret Easton Ellis ce que Silent Hill est à Saw : chaque fois que ça risque de tourner vraiement ignoble, hop, fondu au noir, et le lecteur comme les personnages sont intouchés par les conséquences morales des événements. Massacres, cannibalismes, mutilations, tortures, viols : finalement, ce ne sont que des mauvais moments à passer. Parfois, il en sort même du bien : l'ami d'enfance du héros, qui se fait violer à sa place (parce que bon, dans le CV d'un super-ninja, ça aurait fait tâche), se découvrira homosexuel, deviendra prostistué de luxe, et fera une très belle carrière dans la pègre locale.

Brent Week navigue ainsi très habilement entre gritty-fantasy et littérature adulescente fleur bleue. Son super-ninja est puceau à 20 balais car il soupire encore après son amour d'enfance. Mais, évidemment, il y a quand même plein de donzelles sexy qui lui courent après. Et histoire de plaire vraiment à tout le monde, Brent Week recycle aussi des thèmes "high fantasy", avec une prophétie (Ouais !!!), des duels de magiciens, des artefacts millénaires, des dieux vraiment méchants libérés de leur prison. Tout ça est aussi maîtrisé qu'un balrog avec une muselière de caniche, mais qui s'en soucie vraiment ? Et puis, ça détourne l'attention des accélérations et ralentissements brutaux de l'intrigue, des personnages oubliés à un détour de l'histoire, ou des retournements de situation improbables.

En tant qu'agent, ce livre me réjouit pour trois raisons :
Je suis content de voir qu'un roman peut être publié dès son premier jet, sans relecture : ça accélère le processus d'édition.
Je suis ravi de voir que le cliché de la guilde criminelle a encore de beaux jours devant lui.
Je suis rassuré de voir qu'en Fantasy, la relève des auteurs est nombreuse, puisque la visible absence de talent n'empêche pas de se lancer dans la carrière.

Une excellente trilogie inintéressante d'un trilogiste avec plus d'ambitions que de moyens. Je recommande.

Autres critiques :

18/03/10

The city and the city


On aurait tort de réduire China Miéville a un anti-tolkieniste primaire tout juste bon à pisser de la fantasy socialo-bizarre. Perdido Street Station démontrait déjà que c'était un urbaniste imaginaire bourré de talent. Les Scarifiés enfonçait le clou avec une communauté flottante plus riche que le repas de la soirée "Boudin et purée" de l'association des boulimiques qui s'assument. Et bien The city and the city vient confirmer, comme si c'était nécessaire, que Miéville est génial.

C'est un polar, puisque l'on suit une enquête de l'inspecteur Tyador Borlu. Une affaire de meurtre tout ce qu'il y a de plus classique dans son approche : le corps d'une jeune femme retrouvé dans un parc où zonent skaters et dealers. Du 1 000 fois lu. Sauf que... Miéville se sert du prétexte du polar pour décrire un décor imaginaire ancré pourtant dans notre réalité. L'enquête ne se déroule pas à New York ou à Londres, non, il prend place dans la plus incroyable des constructions ubaines : dans la double ville de Beszel/Ul Qoma. Plantées en plein milieu des Balkans, ces deux villes partagent le même territoire tout en s'ignorant totalement. C'est difficile à décrire sans dévoiler tout l'intérêt du bouquin, aussi je ne vais pas en dire plus. Mais c'est diaboliquement intelligent.

L'enquête est bourrée de réflexions sur cette cohabitation étrange entre deux mondes. La logique de scotomisation des habitants des deux cités teintent progressivement l'esprit du lecteur qui plonge dans une situation volontiers kafkaïenne. Ce n'est pas seulement une coexistence territoriale, c'est une vue de l'esprit, un mécanisme de défense pour ménager la chèvre et le chou, la chèvre étant Beszel l'occidentale et le chou Ul Qoma l'arabisante. Ces deux cités forment un pont entre deux mondes, à l'instar d'une Istambul qui a le cul entre deux chaises. Mais la dualité Beszel/Ul Qoma trouve des résonances dans d'autres pays, comme dans une danse lascive entre Wallons et Flamands, l'impasse québéco-canadienne, une Irlande artificiellement scindée, une Palestine amputée au scalpel...

Ce n'est clairement pas le meilleur polar du monde. L'enquête s'amuse même à faussement flirter avec la mode des complots et des mystères archéologiques. En fait, la construction du décor est si intelligente qu'elle éclipse l'intrigue. Par moment, j'avais presque envie que Miéville arrête son récit et transforme son livre en un guide de voyage tellement ce qu'il avait à dire sur ces deux villes qui se tournent le dos était passionnant.

Alors voilà. The city and the city. Une enquête, oui, mais surtout la découverte de deux populations enchevêtrées qui se font la gueule comme un vieux couple qui fait chambre à part mais qui ne peut pas divorcer à cause des enfants. Et surtout, la brillante démonstration que l'on peut écrire des oeuvres de fiction en insufflant un contenu politique et sociale. Parce que pour chaque habitant de Beszel qui fait semblant de ne pas voir son voisin d'Ul Qoma (et réciproquement), je me vois dans mon petit théâtre urbain en train de ne pas regarder le SDF du coin de la rue, inconsciemment ignorer le juif orthodoxe qui attend pourtant sur le même passage clouté que moi, snober la femme voilée du regard... Beszel/Ul Qoma, c'est partout autour de nous, si on regarde bien. Mais on ne fait que percevoir, justement.

Le livre refermé, je jette un autre regard sur ma ville. Pas à la Amélie Poulain, je ne fais pas chier les aveugles qui ne m'ont rien demandé, mais je cherche les détails que mes yeux croisent et que pourtant je refoule, par habitude, par étroitesse d'esprit ou par choix. La société s'attend à ce que je reste dans mon territoire, je fais bien attention à ne pas franchir tout un tas de frontières invisibles.

Quand je serai grand, je veux être China Miéville.

L'avis de Gromovar

15/03/10

Les enfants de Cayenne (3eme et dernière partie)


Bon, ben voici le point final des Enfants de Cayenne. Comme promis, voici la version intégrale.

Il devient dès lors évident que cette nouvelle était surtout un hommage appuyé au maître de Providence, une tentative pour franciser un peu le Mythe tout en s'éloignant de Paris et de ses années folles.

Vous ai-je dit que Patrice Larcenet a travaillé aux frais de la princesse tout au long du projet ?

Maintenant, pour les celles et les ceux qui ont aimé ou détesté cette lecture, il y a moyen bien simple pour me rendre la monnaie de ma pièce (en plus de laisser des commentaires) : faire un petit billet pour parler des Enfants de Cayenne sur votre blog et ainsi faire connaître cette nouvelle. Parlez en bien, parlez en mal, mais surtout, parlez en. C'est ça qui me ferait le plus plaisir, en vérité, car ça permettrait au texte d'élargir son lectorat et de "trouver son public", comme dirait Bob. Et pas de favoritisme : dites franchement ce que vous en avez pensé, nous ne sommes pas à l'École des fans.

10/03/10

MacGyver


Je crois qu'on a les mythologies que l'on mérite.
Celle de ma génération est assez vaste, entre Marc et Sophie et StarWars. Mais dans l'éventail des icônes qui forment les repères d'une vie, il y a un cap inébranlable, une valeur refuge plus sûre que l'or, un mètre-étalon de la cool attitude : MacGyver.
Je me suis donc payé un voyage dans le temps en revisionnant toute la première saison de la série, soit 22 épisodes d'aventure.
Parce que des fois, il faut savoir revenir aux sources.

C'était une époque étrange, ces années 80. La chemise de bucheron était alors légale. Le port de la moustache était tendance. Les femmes portaient d'improbables épaulettes. Brrr.

J'avais le souvenir d'un MacGyver proche de la nature, travaillant pour une fondation Phoenix qui en faisait une sorte d'espion écolo. Il haïssait les armes à feu, voyait toujours le bon côté des choses, trouvait toujours un mot d'encouragement pour redonner le moral aux autres... C'était le grand frère idéalisé, celui dans les pas duquel on cherche à marcher toute sa vie.

J'avais tort.
La mémoire est très sélective.

Dès le pilote de l'émission, MacGyver se trouve en Asie pour secourir un pilote américain en perdition. Et bien quand les méchants Chinois lui tombent dessus, MacGyver n'hésite pas et leur tire dessus à l'arme automatique. Où qu'il est mon héros pacifiste ? Ce ne sera que plus tard que les scénaristes lui trouveront un sombre passé pour justifier une phobie des armes qui n'était pas prévue au départ.

Ok, je suis de mauvaise foi. Alors que dire de cette épisode où, déguisé en ninja, il place des bombes dans une centrale nucléaire au Moyen-Orient et fait exploser toute une installation ? Est-ce digne d'un héros, ce genre de sabotage meurtrier ? Ce qui m'amène à cette autre chose que ma naïveté d'enfant avait occulté : MacGyver n'est qu'un vulgaire agent de la CIA. Bon, un agent spécial, car il peut refuser ses missions. Mais un agent quand même, un qui bosse pour les intérêts US et qui apporte le bonheur dans des pays qui n'ont rien demandé. Au cours des 22 premiers épisodes, c'est un véritable festival des petits totalitarismes étrangers : Chinois aussi communistes que fourbes, les incontournables Russes avec des agents improbables, un régime d'Amérique centrale bien militariste, un seigneur de la drogue asiatique...

Et MacGyver ne se contente pas de sauver les gens : les opprimés, les adorateurs de la démocratie, il leur fait la promesse de les faire venir aux USA pour vivre en liberté. Jamais un pépin avec les services d'immigration, le Mac. "Non, non, c'est bon les gars, c'est une famille d'Afghans que j'ai pris sous mon aile, vous emmerdez pas avec des papiers..." Tiens, au passage, un autre truc que je n'avais pas remarqué, mais tout le monde parle anglais dans MacGyver. Quand il débarque dans une vallée perdue au fin fonds du trou du cul de la Mongolie, tout le village lui cause anglais. Mêmes les infâmes agents d'Allemagne de l'Est, quand ils se parlent entre eux, c'est dans la langue de Chuck Norris, pas moins.

MacGyver et les femmes. Vaste sujet. Quand il y a de la romance dans l'air, c'est toujours avec un morceau de saxophone en arrière fond, comme dans un film érotique italien (enfin, il parait. C'est ce qu'on m'a raconté. Moi, vous savez...) Ça ne va jamais plus loin qu'une scène de baiser et on n'entend plus jamais parlé de la greluche par la suite. Mais il faut voir les mises en plis !

Reste le gros point fort de la série : le système D à Tonton Mac. On caricature souvent en disant qu'avec un trombone et un chewing-gum, il te fabriquait un deltaplane, mais c'est pas faux. Scénaristiquement, ce n'est pas toujours super bien amené. Des fois, il trouve un objet en début d'épisode, sans raison, et pouf, plus tard il s'en sert. Mais la plupart du temps, c'est quand même la classe.

Certains épisodes commencent par ce qu'ils appellaient un "opening gambit", une sorte de mini-aventure qui n'avait aucun rapport avec l'épisode mais qui mettait MacGyver à son avantage dans une situation exotique à souhait. C'est rigolo, car c'était sensé se passer à l'autre bout du monde, mais c'était toujours tourné dans le même studio de Los Angeles. Que ça soit la jungle birmane ou le pays basque, c'était toujours pareil. Et les figurants aussi. C'est dingue comme les dangereux terroristes basques (sic) ressemblent étrangement à des mexicains mal déguisés. Pour ce qui est des décors, quelques clichés suffisent à poser une ambiance. Un train indien ? On prend un wagon et on fout une mauvaise peinture de Vishnu pour faire genre. Un QG russe ? Hop, un tableau de Lénine (qu'on prendra le soin de filmer en gros plan trois ou quatre fois dans l'épisode) et c'est bouclé.

Et les scénarios. Il y a des bonnes trouvailles, mais la plupart du temps, c'est capilotracté comme ce n'est pas permis. Le pire est cette épisode où MacGyver doit sauver un intellectuel russe prisonnier dans un hôpital psychiatrique de Moscou. Il débarque donc avec son pote Pete et se font passer pour un couple de médecin/patient. Et ça fonctionne, puisque, rappelez-vous, dans MacGyver, tout le monde parle anglais. Et que dire de cet épisode où Mac traverse la frontière allemande dans un cercueil. Ce dernier est jeté à l'eau et... se transforme en jet-ski en bois (si, si !). Les scénaristes n'avaient pas honte, à l'époque. Et je ne vous raconte pas les séquences de hacking sur des ordinateurs à écran bicolore, c'est le summum du kitsch.

Vais-je aller au-delà de cette première saison ? Certainement pas. C'était rigolo de se replonger dans la douce ambiance de l'enfance, mais je n'ai plus la patience d'antan. Il me faut plus qu'une mauvaise moustache posée sur un figurant pour me faire croire que c'est un chef de tribu arabe. Mais malgré tous les défauts de la série, je dois avouer que le concept de base était fortiche. Un type positif, qui ne réglait pas ses problèmes à coup de pistolet, c'était quand même une maudite bonne idée.

Je crois qu'on a les mythologies que l'on mérite.
Et les 22 travaux de MacGyver, tout compte fait, c'était pas si mal.

Mention spéciale à ma femme qui se souvenait de tous les détails. Elle se rappelait même de trucs triviaux comme le mot de passe d'un ordinateur, le nom de la nana de l'épisode ou comment tel accessoire allait servir plus tard... Elle m'énerve, ma femme.

08/03/10

Les enfants de Cayenne (2eme partie)


Suite mais pas encore fin des tribulations d'un maquereau de la rue St-Denis qui goûte au bagne de Cayenne. Pour celles et ceux qui prennent le train en route, la présentation du projet a eu lieu sur ce billet.

Patrice Larcenet a bossé pour des prunes sur la couverture, qu'il en soit remercié.


Merci pour les messages d'encouragement, je suis très sensible à ce genre de délicatesse.

05/03/10

Gods behaving badly


Je...
Il semble que...
J'ai l'impression que je me suis taillé une réputation de chroniqueur un poil aigri. Hugin le Tristus et Munin le Rigolus. Le clown blanc et l'Auguste. N'y-a-t-il pas un coeur qui bat sous cette armure du chroniqueur qui aime détester ?
Ce billet va vous démontrer que moi aussi, je peux dire du bien de mon prochain, comme ça, par altruisme. C'est mon petit côté Hugin-les-bons-tuyaux.

Gods behaving badly est la rencontre improbable en Neil Gaiman et le roman Harlequin. L'action prend place de nos jours, à Londres. Dans une vieille maison délabrée vivent les membres de la famille la plus dysfonctionnelle de l'Histoire. Il y a Aphrodite, qui travaille comme animatrice sur une ligne téléphonique porno. Il y a Apollon, qui tourne en ce moment le pilote d'une émission de voyance pour la télévision. Il y a Artémis, qui promène les chiens du quartier. Il y a Dionysos, qui gère une boite de nuit plus sordide que branchée en buvant son fonds de commerce. Il y a...

Tout ce petit monde survit parmi les humains sans comprendre réellement comment les mortels fonctionnent. Ils radotent sans arrêt sur le bon vieux temps, quand ils s'habillaient en toge et qu'ils étaient révérés par la multitude. Ils se déchirent, comme au temps de l'Olympe, en multipliant les crises de jalousie et les bassesses pour oublier l'espace d'une colère qu'ils se meurent doucement comme des petits vieux sur la Croisette. Sauf qu'un jour, Artémis a l'idée folle d'engager une femme de ménage pour s'occuper de la maison. Et l'arrivée de cette mortelle va chambouler le traintrain divin de la maisonnée.

Des entités mythologiques plongées dans le marasme de notre modernité, ça pitchait fort. Et je dois avouer que la rencontre avec ces Olympiens fanés a bien fonctionné... jusqu'au chapitre 4, où Marie Phillips, l'auteur, incorpore une romance entre deux nigauds pour justifier le drame qui va se nouer. Et le ton romantique tendance roman-photo à la Nous Deux ne cadre pas bien avec le décor décadent d'une mythologie en perdition. Quand on évoque en arrière fond la pensante beauté d'Hélène de Troie, les amourettes d'un ingénieur puceau et d'une femme de ménage prennent un méchant coup dans le bec. Et la bonne idée de départ vient s'empêtrer dans un récit que je qualifierai de "naïf" parce que j'ai promis de rester gentil dans ce billet.

Au final, l'auteur ne fait qu'effleurer son univers. La cohorte d'Olympe pourrait fournir quantité de personnages truculents dans cette confrontation avec notre réalité, mais Marie Phillips se contente de quelques dieux et ne prend pas le temps d'aller plus loin que la simple modernisation d'un vieux symbole. Arès provoque des guerres ? Ah, ah, très bien, mais encore ? Hermès est le dieu de l'argent omniprésent ? Alors pourquoi croupit-il avec sa vieille parenté déracinée ? Seul Eros, qui est devenu chrétien, offre un début de réflexion qui va plus loin que la simple transposition moderne d'un panthéon.

Pour le reste, ces sont 276 pages très légères. La description des enfers manque de bonnes idées. Le cataclysme qui menace le monde n'a aucune dimension. Et l'écriture n'a pas assez d'humour pour faire oublier les problèmes structurels. Chaque bonne idée qui est évoquée est systématiquement mal employée et tourne au pétard mouillé. À croire que les Muses faisaient le piquet de grève.

Qu'apprends-je en flânant sur la Toile ? Ben Stiller a mis une option pour adapter ce premier roman à la télévision ? Finalement, les Dieux ont le plus terrifiant des sens de l'humour...

04/03/10

Ratcatcher


Hawkwood n'est pas un simple flic, c'est un Runner, une sorte d'agent spécial de la police londonienne. Tandis que Bonaparte fait des siennes en France, Hawkwood, lui, mène l'enquête dans les rues sordides de Londres. Et c'est pas un tendre : il envoie chier les riches, il expédie les criminels en prison, il couche avec les jolies femmes, il se méfie de sa hiérarchie... C'est un dur, un vrai, un tatoué. Dans son sillage, il y a cette odeur persistante de testostérone. S'il avait un nom indien, ça serait Castagne-avec-les-poings (ou plutôt Boum-avec-le-fusil car c'est un ex-fusilier qui en a bouffé de la guerre, oui monsieur).

Une enquête ? Oh oui. Une affaire de meurtre dans une diligence. Bien évidemment, ce n'est que la partie émergée d'un gros iceberg conspirationniste, et Hawkwood va remonter cette piste et mettre sa truffe dans un complot avec d'ignobles français républicains (oooooh) prêts à tout pour saccager Londres. Il y aura même une invention diabolique digne du docteur Miguelito Loveless dans Les Mystères de l'Ouest. Ah oui, Hawkwood, c'est James West en plus mieux.

Sauf que... En fait, Hawkwood n'a pas plus d'épaisseur qu'un timbre passé sous un rouleau compresseur. L'auteur, James McGee, a beau lui filer un passé mystérieux et sombre comme un après-midi d'orage, Hawkwood n'est qu'une sorte de costume qui se promène d'une scène à l'autre, sans rien dedans. Et surtout, l'auteur ne sait pas trop comment impliquer son héros dans une scène. Alors les méchants trimbalent avec eux Hawkwood dans un endroit improbable pour des raisons débiles, juste pour que le héros soit au bon endroit au bon moment. Et par deux fois l'auteur nous fait le coup du "héros-qui-se-fait-assommer-et-qui-se-réveille-ailleurs". Quand au côté daaark du personnage, c'est juste qu'il fricote avec des malfrats et qu'il se fait justice lui-même comme Charles Bronson quand on viole sa fille dans ses pires navets.

Je m'attendais au moins à avoir droit à des répliques qui claquent, mais même pas. Par moment, j'ai cru que c'était une parodie tellement c'était de la grosse ficelle (comme l'incontournable scène de duel, la Française lascive, le coup du vieux copain de régiment...), mais en fait, non, c'est du premier degré. Évidemment, comme tout roman historique dans le vent, les évènements du roman sont basés sur des faits réels romancés. Mais ça ne veut pas dire que c'est une bonne intrigue pour autant.

Je n'aime pas dire du mal, vous me connaissez, mais ce Ratcatcher est aussi branlant qu'une tour de Jenga en fin de partie. Comme c'est une trilogie, je vais me permettre d'aller voir ailleurs si j'y suis.

01/03/10

Les enfants de Cayenne (1ere partie)


Après À Vau-l'eau, voici une nouvelle plus ambitieuse (elle frise les 100 000 caractères) qui sera publiée en trois parties dans les semaines à venir.


Pour ceux qui n'aiment pas l'idée du saucissonnage de la nouvelle en trois morceaux, elle sera également disponible en version intégrale le 15 mars. Comme d'habitude, la couverture est de Patrice Larcenet, qui bosse gratis.

Un pitch ? Les Enfants de Cayenne est basée sur une vieille chanson populaire que l'on attribue parfois à Aristide Bruant. Il est possible d'en écouter une version par le groupe Les amis d'ta femme sur Youtube. Disons pour faire simple que c'est l'histoire d'un marlou de Paname qui débarque au bagne autour de 1920. Je n'en dis volontairement pas plus.

C'est une chanson qui a toujours nourri ma fascination pour la gouaille, les complaintes de Fréhel et la vie de patachon des mauvais garçons. J'en ai tiré une longue nouvelle qui se voulait une sorte de répétition générale avant l'écriture d'un roman vaguement cousin des Enfants de Cayenne. Comme je n'arrive pas à la placer chez un éditeur, je trouve logique qu'elle fasse sa place ici.

Dès le 22 mars débutera la publication d'un roman inédit avec un chapitre tous les lundis. Je tais pour le moment le nom de l'auteur, mais ceux qui ont connu dans les années 90 un lieu magique nommé le Campigne des flots bleus retrouveront cette plume dans un registre tout à fait différent